Zoom sur le rôle du correcteur en langue arabe dans les médias

Le rôle du correcteur en langue arabe est mis en avant lors du 1e colloque sur la langue arabe dans les médias, organisé les 22 et 23 juillet à Alger.
Ce colloque, à l’initiative de l’association Al Kalima pour la culture et les médias à l’hôtel El Aurassi , voit la tenue de plusieurs master classes autour de différentes thématiques. La session dédiée aux «techniques de correction linguistique des contenus médiatiques» permet aux journalistes et correcteurs qui y ont pris part d’améliorer leurs compétences professionnelles.
La correction linguistique tient en compte la nature des médias
Ceci implique, selon le formateur Mahmud Abderrazek Djamâa d’Égypte, la maîtrise du texte linguistique, comme substrat essentiel pour le contenu médiatique, et la nécessité d’utiliser les nouvelles techniques et technologies afin d’atteindre les meilleures performances linguistiques dans le journalisme. À ce propos, Djamaâ souligne que le travail de correction linguistique tient en compte la nature des médias, précisant que le texte de la presse écrite diffère de celui adopté dans les médias audiovisuels et la presse électronique.
Dans ce sens, le formateur estime que les émissions diffusées en direct requièrent plus de vigilance dans la formulation des phrases. «Dans l’audiovisuel, le mot est comme une balle. Une fois prononcé, son effet est irréversible», appuie-t-il. Selon lui, la presse électronique nécessite le même degré de vigilance, d’autant que ce type de média repose sur la rapidité et l’exclusivité dans la diffusion des informations.
Pour ce qui est de la presse écrite, le conférencier estime que les correcteurs ont une plus large marge de manœuvre pour revoir les articles en les passant au crible. Sur la formation académique des correcteurs, le formateur tient à préciser qu’il n’y a pas de formation spécialisée en la matière, mais la plupart des chargés de cette mission au sein des rédactions sont soit issus d’une formation académique en langues, soit ils ont appris sur le tas le métier de correcteur.
Et pour être un bon correcteur, il est impératif de se départir du cumul cognitif existant dans sa mémoire et d’être à l’écoute de tous les facteurs extérieurs afin de développer la capacité de détecter l’erreur et avec le réflexe de la corriger.
Adapter le travail de correction au contenu médiatique
Par ailleurs, le spécialiste considère que la correction linguistique dans la presse doit être adaptée aux différents genres journalistes. «La correction d’une simple brève ou information diffère de celle d’un article d’analyse et d’une enquête. Aussi, les articles scientifiques ou un contenu médiatique thématique doivent être soumis à un autre degré de correction confiée à des professionnels spécialisés», juge-t-il.
Sur le plan technique, Djamaâ recommande vivement l’usage de toutes les techniques disponibles sur les appareils et outils de travail (ordinateurs, smartphones…) visant à gagner du temps et en performance en termes de correction. De même qu’il appelle les correcteurs à être en contact permanent avec le rédacteur de l’article ou autre texte, car il ne lui appartient pas d’agir, à sa guise, sur le texte et que toute modification de ce dernier implique la rédaction.
Concernant le recours aux outils de l’intelligence artificielle, le formateur estime qu’ils peuvent assister les correcteurs et journalistes à être plus performants dans la formulation du contenu médiatique, à condition que l’usager de cette technologie maîtrise, de façon parfaite, son travail de correction de base. Aussi, l’usager est censé maîtriser ces outils pour bien les exploiter dans son travail de correction.
Repérer les erreurs courantes
À ce titre, Ahmed Hafaf, journaliste correspondant et participant aux master classes, considère que cette formation a permis d’attirer l’attention des participants sur les erreurs fréquentes et les techniques qui aident le correcteur à mieux faire son travail.
«Je me suis intéressé à ce colloque sur la langue arabe dans les médias en raison de l’importance que j’accorde personnellement à cette langue dans mon métier de journaliste. Et j’ai toujours veillé à perfectionner mes connaissances en la matière. Cela, d’autant que la formation académique nécessite d’entretenir la langue en enrichissant son vocabulaire et en maîtrisant les règles grammaticales et autres aspects relatifs à l’écriture», indique-t-il. Le journaliste fait remarquer que cette formation a énormément éclairé les apprenants sur certaines erreurs courantes dans le contenu médiatique.
En somme, Hafaf considère que le texte, comme support, demeure la base du métier de journaliste, d’où la nécessité d’une bonne maîtrise de la langue écrite, appelant les professionnels de ce domaine à éviter le sensationnalisme qui altère l’objectivité et le professionnalisme du journaliste.
Différence entre la langue utilisée par le journaliste et celle d’un écrivain
Pour sa part, l’enseignante universitaire et spécialiste en langue arabe, Nadira Lamali, met l’accent sur «les problèmes fréquents et les erreurs courantes auxquels sont confrontés les correcteurs en proposant les recommandations et formulations correctes».
Elle souligne également «la différence entre la langue utilisée par le journaliste et celle d’un écrivain dans la mesure où le langage journalistique doit être simple et intelligible pour le récepteur lambda», commente-t-elle. L’interlocutrice souligne dans ce sens l’importance de la précision tout en évitant les redondances. Pour l’universitaire, l’Algérie a démontré qu’elle recèle de bons correcteurs qui maîtrisent leur travail souhaitant que ce colloque devienne un rendez-vous annuel au service de la langue arabe.
A. Mehdid