Épisodes caniculaires, une période difficile pour les personnes fragiles

Les épisodes caniculaires mettent à rude épreuve la santé des plus vulnérables : les personnes âgées et les malades chroniques sont en première ligne face à un risque majeur.
Les pics de chaleur se succèdent et les températures ont atteint des niveaux alarmants au mois de juin en Algérie et partout dans le monde. «Cet état de fait est dû au réchauffement climatique, qui représente l’un des plus grands défis de notre époque. Phénomène désormais incontestable, il bouleverse notre planète à un rythme inquiétant. Entre élévation des températures, catastrophes naturelles à répétition, crises alimentaires et déplacements de populations, les signaux d’alerte se multiplient», a estimé le météorologue Bouzid Saadi.
Selon lui, il est urgent que des mesures à grande échelle soient prises par les gouvernements vu que ces phénomènes ont une origine humaine et que cela est largement prouvé. «Le réchauffement climatique résulte essentiellement des activités humaines. L’utilisation massive des énergies fossiles, la déforestation, l’agriculture intensive ou encore l’urbanisation non maîtrisée sont les principales sources des émissions de gaz à effet de serre. Ces gaz – notamment le dioxyde de carbone (CO₂), le méthane (CH₄) et le protoxyde d’azote (N₂O) – piègent la chaleur dans l’atmosphère, provoquant un déséquilibre climatique», a-t-il expliqué.
Des conséquences mondiales alarmantes
Depuis l’ère préindustrielle, la température moyenne mondiale a augmenté d’environ 1,2°C, selon les données du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Des conséquences graves et visibles sont constatées. «Les effets du réchauffement climatique sont déjà perceptibles, à savoir la fonte accélérée des glaciers, la montée du niveau des mers, les vagues de chaleur, les sécheresses, les inondations, les incendies, les ouragans, les pertes agricoles et l’érosion de la biodiversité. Ces dérèglements touchent toutes les régions du monde, mais de manière inégale», a-t-il encore ajouté.
Ces effets néfastes ne sont pas sans conséquences sur la santé, et la majorité de la population planétaire en ressent les répercussions. «Ils affectent la santé humaine, favorisent l’émergence de maladies tropicales dans des zones auparavant épargnées, et provoquent l’exode de millions de personnes qui deviennent malgré elles des réfugiées climatiques. L’enjeu est aussi géopolitique», a souligné l’expert.
Canicules extrêmes et impact sur la santé humaine
Depuis le début du mois de juin, plusieurs régions du nord et du sud ont enregistré des températures dépassant les 4O degrés, notamment à Ouargla, Biskra. «Les vagues de chaleur sont de plus en plus fréquentes, plus longues et plus intenses, affectant la santé des populations fragiles, entre autres les personnes âgées, les enfants et les malades chroniques. L’Algérie, comme de nombreux pays du bassin méditerranéen, est de plus en plus exposée à des vagues de chaleur intenses et prolongées. Ces épisodes de canicule ont des conséquences graves sur la santé humaine, particulièrement dans les régions du Nord densément peuplées, mais aussi dans les Hauts-Plateaux et le Sud saharien», a affirmé le professeur Idir Bitam, spécialiste en maladies infectieuses.
Les canicules provoquent une hausse significative de risque de mortalité, surtout chez les personnes âgées, les enfants en bas âge, les personnes atteintes de maladies chroniques, telles que les maladies cardio-vasculaires, respiratoires, rénales alors que les personnes vivant seules courent le risque d’être oubliées. «Pour les personnes isolées, j’en appelle à la solidarité et à l’entraide entre voisins. Je saisis l’occasion pour rappeler à nos concitoyens d’aller prendre des nouvelles des personnes âgées vivant seules pour leur faire les courses, les aider à prendre une douche… Parmi les risques encourus en cette canicule, il y a la déshydratation et les coups de chaleur. Les températures extrêmes entraînent une perte excessive d’eau et de sels minéraux, causant des déshydratations parfois sévères. Le coup de chaleur peut survenir lorsque le corps n’arrive plus à réguler sa température interne, dépassant 40°C. Ce phénomène touche notamment les travailleurs en extérieur et les personnes âgées», a soutenu le praticien spécialiste.
Autres dangers, l’aggravation des maladies respiratoires à cause de nombreux facteurs. «La chaleur accentue les effets de la pollution de l’air et de la poussière, très présente dans certaines villes comme Alger, Oran ou Biskra. Les personnes souffrant d’asthme ou de bronchite chronique voient souvent leurs symptômes s’aggraver durant les pics de chaleur.Les efforts que doit fournir l’organisme pour maintenir sa température peuvent accentuer la charge de travail du cœur. Ceci expose davantage les personnes souffrant de pathologies cardiaques à des complications telles que les infarctus ou les accidents vasculaires cérébraux (AVC)», a-t-il souligné.
Selon lui, les épisodes de forte chaleur sont également liés à des troubles du sommeil, de la concentration, à une hausse de l’irritabilité, voire à des désorientations chez les personnes âgées. Dans certains cas extrêmes, des troubles neurologiques graves peuvent survenir.
«Les plus jeunes sont particulièrement vulnérables car leur système de régulation thermique est encore immature. Les nourrissons, en particulier, risquent la déshydratation rapide et doivent être surveillés de très près durant les vagues de chaleur», a-t-il relevé.
Mesures préventives et appel à la vigilance
Face à ces risques croissants, le Pr Bitam a fait savoir que les autorités sanitaires sont tenues de renforcer les équipes médicales et paramédicales et mobiliser toutes les structures sanitaires.
«Pour éviter l’impact des hausses des températures, il faut boire régulièrement, même sans avoir soif, éviter les sorties entre 11h et 17h et maintenir les logements frais, fermer les volets, ventiler la nuit. Il est question de veiller sur les personnes âgées et isolées et les enfants en bas âge», a-t-il conseillé.
Les canicules ne sont plus des événements exceptionnels en Algérie. Leur intensité et leur fréquence augmentent sous l’effet du changement climatique et leurs conséquences sur la santé sont alarmantes. Une bonne préparation, une prise de conscience collective et des infrastructures adaptées sont essentielles pour y faire face.
Karima Dehiles