Exportation du raisin de table: Les producteurs en quête de marchés africains

Pour l’exportation du raisin de table, les producteurs algériens sont en quête de marchés africains, suite à la hausse sensible de la production à Boumerdès.

La production de raisin de table pour la saison 2025, dans la wilaya de Boumerdès, devrait dépasser les 5 mil­lions de quintaux (q). C’est l’une des meilleures campagnes enregistrées grâce à plusieurs facteurs, notamment l’élargissement de la superficie consacrée à la filière, avec une augmentation annuelle d’environ 1.000 hectares et la maîtrise par les agriculteurs des techniques de production, en particulier celle de la treille.

Plus de 20.900 hectares de vignes

Cheffe du service organisation de la production et de l’appui tech­nique à la direction des services agricoles (DSA), Yamina Boussoussa explique que la récolte prévue «sera en hausse par rap­port à la campagne agricole précédente» qui avait enregistré en­viron 4,6 millions de quintaux, avec un rendement oscillant entre 250 et 260 quintaux à l’hectare. «Les premiers indicateurs de la cam­pagne de récolte prévoient une production abon­dante de variétés de raisin dont la wilaya est le premier producteur à l’échelle nationale, avec 56% de la production nationale au cours des 3 dernières années», ajoute-t-elle. Elle at­tribue cette hausse à une augmentation de la superficie plantée en vignes d’environ 1.200 hectares cette saison.

La superficie totale atteint plus de 20.900 hectares, dont environ 18.200 productifs. Elle évoque également le rendement accru des vignes, une propagation réduite des insectes et des maladies et une utilisation efficace des en­grais. À en croire la responsable, depuis l’entame de la récolte début juillet, plus de 21.000 quintaux de la variété Cardinal ont été récoltés sur une superficie de 1.113 hectares, soit 31% de la superficie totale plantée estimée à 3.908 hectares.

La production des différentes variétés de raisins

La production de la variété Victoria a atteint 1.760 quintaux sur une superficie de 130 hectares, celle du Muscat a dépassé les 400 quintaux sur une superficie de 518 hectares et celle du Dattier a atteint 375 quintaux sur une superficie de 2,5 hectares. La récolte des 9 autres variétés se fera de manière progressive. Il convient de noter que près de 90% de la su­perficie totale consacrée à la culture de la vigne sont classées en «production abondante» et que les communes de Bordj Menaïel, Sidi Daoud et Baghlia représentent 44% de la production totale de la wilaya.

Cependant, les revendica­tions des professionnels de la filière demeurent les mêmes, notamment la facilitation des pro­cédures d’exportation vers les marchés afri­cains, afin d’absorber l’excédent de production en l’absence d’une véritable industrie de trans­formation, une meilleure organisation du mar­ché de gros de Bordj Menaïel, voire l’ouverture d’un autre marché.

Absence d’une industrie de transformation 

Parmi les variétés précoces de raisin de table arrivées récemment sur le marché figure le Cardinal dont le prix au niveau du marché de gros de Bordj Menaïel varie entre 150 et 180 DA. Les autres variétés arriveront progressivement jusqu’en octobre, notamment le Red Globe qui occupe la deuxième place en termes de super­ficie et de production, après le Sabel qui consti­tue 60% des surfaces cultivées et productives de la wilaya.

En tout, ce sont 9 variétés qui sont cultivées, dont certaines nouvelles intro­duites à titre expérimental par les producteurs, telles que Grunoir, Michel P, Black Magic, etc. qui donnent des résultats encourageants. Bien que Boumerdès soit un leader national de la production de raisin de table (plus de 50% des besoins nationaux), de nombreux obstacles frei­nent le développement de la filière, notamment l’absence d’une industrie de transformation et les difficultés d’exportation.

Les prix du raisin échappe aux producteurs

Selon le président du Conseil national in­terprofessionnel de la filière viticole, Youcef Oumellal, les tentatives d’exportation restent individuelles et limitées (vers le Golfe ou l’Europe), faisant mention de la facilitation de l’exportation vers l’Afrique, notamment par l’assouplissement des procédures douanières, la ra­pidité des formalités bancaires et l’accélération des transferts financiers, étant donné que le rai­sin est un produit périssable. Concernant les prix jugés élevés par les consommateurs, il es­time que cela échappe au contrôle du producteur dont la mission est de produire et non de com­mercialiser. Il ne manquera pas de déplorer l’écart entre les prix de gros (150 à 180 DA/kg) et ceux de détail (jusqu’à 350 DA/kg).

Un autre producteur, Mustapha Nadjim, confirme cette tendance: Le Cardinal a été cédé le 29 juillet dernier à 150-180 DA/kg au marché de Bordj Menaïel, le Victoria entre 150 et 250 DA et le Red Globe entre 150 et 250 DA. Les prix restent stables malgré une offre abondante et une de­mande en recul. Il insiste, lui aussi, sur l’importance de l’exportation vers l’Afrique, véri­table débouché pour absorber l’excédent, et sur la nécessité de mettre en place un plafonnement des prix dans les marchés de gros. Pour lui, il faut en fixer un de référence, afin de protéger les producteurs contre l’effondrement des prix, comme ce fut le cas avec les agrumes ou le rai­sin lors de saisons précédentes.

Réorganiser le marché de gros de Bordj Menaïel

Inauguré l’an dernier, le marché de gros de Bordj Menaïel est reconnu pour son avancée importante pour les producteurs qui devaient auparavant se déplacer jusqu’ à El Harrach (Al­ger) ou Chelghoum Laïd (Mila). Cependant, après un an d’activité, il reste mal organisé et mal équipé: absence d’aménagement, de mar­quage d’espaces, de sécurité, d’éclairage, de sanitaires et de chambres froides.

Oumellal constate que malgré l’arrivée de volumes im­portants de raisin cette saison, les ventes stag­nent par manque d’acheteurs venant d’autres wilayas, et par l’absence de publicité. Il appelle à une réorganisation rapide de ce marché, voire l’ouverture d’un nouveau marché de gros sur l’axe Sidi Daoud – Baghlia – Lakhdaria qui regroupe les plus grandes communes produc­trices de raisin.

Karima Dehiles

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