KEBOUR GHENNA, DIRECTEUR EXÉCUTIF DE LA PACCI

«L’édition algérienne de l’IATF constituera un tournant»

Kebour Ghenna, directeur exécutif de la PACCI, affirme que «l’édition algérienne de l’IATF constituera un tournant».

À l’approche de la 4e Foire commerciale intra-africaine (IATF 2025), qui se tiendra, pour la 1e fois, en Algérie, la Chambre de commerce et d’industrie panafricai­ne (PACCI) entend jouer un rôle-clé dans la mobilisation des acteurs économiques du continent. Son directeur exécutif, Kebour Ghenna, revient sur les objectifs, l’évolution du commerce intra-africain à l’ère de la Zone de libre-échange conti­nentale africaine (ZLECAf), et les opportunités qui s’ouvrent aux en­treprises nord-africaines.

Entretien réalisé par Wassila Ould Hamouda

Quel rôle joue la Chambre de commerce et d’industrie panafricaine dans l’organisation de l’IATF et quels sont ses objectifs?

Membre actif du Comité consul­tatif de l’IATF, la Chambre de com­merce et d’industrie panafricaine (CCIPA) joue un rôle pivot à travers trois axes. Nous participons active­ment à la définition des orientations stratégiques en contribuant à l’élaboration du thème 2025 «Portail vers de nouvelles opportunités» qui s’inscrit parfaitement dans la vision de la ZLECAf, et grâce à notre vaste ré­seau panafricain, nous mobilisons les acteurs économiques, avec un accent particulier sur les PME, en organisant des roadshows préparatoires, en constituant des délégations secto­rielles ciblées et en facilitant des ren­contres d’affaires productives.

Enfin, nous travaillons en étroite collabora­tion avec les chambres de commerce nationales pour optimiser la partici­pation des opérateurs économiques, identifier des opportunités sectorielles et promouvoir les solutions de finan­cement innovantes proposées par Afreximbank. Cette position d’interface privilégiée permet de créer des synergies efficaces entre décideurs politiques et acteurs économiques sur tout le continent.

Justement, quelles opportunités cette édition offre aux entreprises du nord du continent, souvent considérées en marge des flux commerciaux africains?

Elle représente une opportunité historique pour les entreprises nord-africaines de renforcer leur intégration dans les circuits commerciaux conti­nentaux. Les échanges entre le Magh­reb et le reste de l’Afrique, particu­lièrement avec l’Afrique de l’Ouest, restent insuffisamment documentés et en deçà de leur potentiel réel, et cette situation ouvre un vaste champ de possibilités pour les pionniers.

Les entreprises algériennes disposent d’avantages compétitifs majeurs. Leur longue expérience de collaboration avec les partenaires européens et moyen-orientaux leur a permis d’acquérir des standards de qualité et des savoir-faire techniques particulière­ment adaptés aux besoins des écono­mies africaines en plein essor.

Leur position géographique stratégique en fait des acteurs naturels de l’intégration continentale. Nous sommes conscients que les différences culturelles et ré­glementaires peuvent initialement pa­raître intimidantes. Cependant, l’expérience réussie des entreprises ma­rocaines et tunisiennes en Afrique de l’Ouest démontre que ces obstacles sont surmontables.

L’IATF 2025 a été conçu pour faciliter ce rappro­chement en offrant un cadre sécurisé de découverte mutuelle, avec l’appui des institutions financières et des ré­seaux d’accompagnement panafri­cains. Aux dirigeants d’entreprises algériennes, nous disons ceci: osez explorer ces nouveaux horizons. Les premières étapes nécessiteront, sans doute, des efforts d’adaptation, mais les perspectives de croissance et de diversification qui s’offrent à vous valent largement cet investissement initial.

Cette édition marquera très probablement un tournant dans l’histoire économique du continent. Elle offrira aux opérateurs nord-africains la plateforme idéale pour établir des partenariats durables, accéder à de nouvelles matières premières et par­ticiper activement à la construction d’une véritable économie panafricaine intégrée. Le moment est venu d’écrire ensemble un nouveau chapitre des relations économiques intra-africaines.

Qu’attendez-vous en termes d’impact économique et diplomatique?

L’IATF 2025, qui représente plus qu’un simple forum commercial, est une occasion historique de transformer durablement les relations économiques panafricaines.

Cet événement offrira une découverte inédite de l’Algérie, révélant, bien au-delà des perceptions habituelles, la réalité d’une économie diversifiée, moderne et ouverte.

Ce sera aussi l’occasion de découvrir la 4e puissance économique du continent dotée d’infrastructures industrielles solides, d’un savoir-faire technique reconnu et d’un écosystème entrepreneurial dynamique couvrant des secteurs variés, comme les hy­drocarbures, les technologies, l’agroalimentaire ou les services.

Pour les opérateurs économiques algériens, ce forum constitue une tribune excep­tionnelle pour démontrer leur excel­lence opérationnelle et leur capacité à s’insérer dans les chaînes de valeur continentales. Leurs atouts compétitifs – qualité industrielle, innovation et compétitivité/prix – trouveront ici une vitrine continentale idéale. Cependant, gardons-nous de toute illusion: comme dans toute 1e rencontre, les effets ne seront pas immédiats. Ce forum ne représente que le point de départ d’un processus exigeant engagement mutuel et persévérance. Les impacts potentiels s’articulent autour de trois dimensions majeures.

Sur le plan économique avec la création de partenariats in­dustriels stratégiques, la diversification des flux commerciaux et les transferts de technologie. Sur le plan diploma­tique, par le renforcement du leader­ship régional de l’Algérie et son an­crage dans la dynamique d’intégration continentale.

Sur le plan culturel, une meilleure compréhension mutuelle dissipera les préjugés et établira les bases d’une confiance durable. L’IATF 2025 doit avant tout servir de cataly­seur pour initier des projets structurants dans des secteurs porteurs, comme industrie. Son succès se mesurera à sa capacité à mettre en place des mé­canismes de suivi efficaces permettant de transformer les intentions en réa­lisations concrètes.

Plus fondamentalement, il s’agit de positionner durablement l’Algérie comme plaque tournante industrielle et logistique entre l’Europe et l’Afrique. Le véritable aboutissement de cette initiative ne se jugera pas à l’issue du forum, mais dans les mois et années qui suivront, à l’aune des partenariats effectivement conclus et des projets conjointement réalisés.

Cette édition algérienne pose les fon­dations. Il appartiendra à tous les ac­teurs économiques et institutionnels d’en faire vivre pleinement le poten­tiel.

Comment percevez-vous l’évolution du commerce intra-africain depuis la mise en œuvre de la ZLECAf etquels sont les principaux obstacles à surmonter?

L’évolution du commerce intra-africain depuis le lancement de la ZLECAf présente un bilan contrasté. Si l’ambition est réelle, le rythme de mise en œuvre demeure trop lent, particulièrement lorsqu’on le compare à l’intégration européenne à un stade comparable. Cette relative lenteur s’explique en grande partie par la complexité inhérente à l’intégration de 54 économies aux profils diversi­fiés, chacune avec ses spécificités et ses priorités nationales.

Un défi majeur réside dans la coexistence des 8 communautés économiques régionales – dont la CEDEAO, la SADC et l’EAC – qui constituent des piliers importants de l’intégration continentale mais créent parfois des chevauche­ments de réglementations et des bar­rières indirectes. Cette architecture complexe ralentit l’harmonisation des règles nécessaires au bon fonction­nement de la ZLECAf.

Parmi les ini­tiatives concrètes, le Système pan­africain de paiement et de règlement-PAPSS représente une avancée notable en permettant des transactions intra-africaines en monnaies locales. Cependant, son déploiement rencontre des difficultés opérationnelles, avec une adoption encore limitée à une dizaine de pays.

Les défis infrastructurels, les réticences des banques commerciales et la méconnaissance du système par les PME expliquent une progression moins rapide qu’es-pérée. Les obstacles persistent aussi au niveau des barrières non tarifaires, avec des procédures douanières sou­vent opaques et des normes techniques divergentes entre pays. Le manque d’infrastructures de transport inter­connectées continue de segmenter le marché continental et certaines éco­nomies restent réticentes à libéraliser des secteurs considérés comme stra­tégiques. Pourtant, des signes encou­rageants émergent.

L’augmentation progressive des échanges entre certains pays pilotes, la multiplication des ac­cords sectoriels et la mobilisation croissante du secteur privé témoignent que la ZLECAf commence à produire ses premiers effets.

L’enjeu est d’accélérer cette dynamique en renforçant les mécanismes de mise en œuvre et en améliorant la coordination entre les différents niveaux d’intégration régionale et continentale.

Comment accompagnez-vous les PME pour qu’elles puissent tirer profit de plateformes comme l’IATF?

En tant qu’organisation panafri­caine, la Chambre de commerce et d’industrie panafricaine accompagne les PME africaines à travers une ap­proche multidimensionnelle pour maximiser leur participation à des plateformes comme l’IATF. Nous modernisons les organisations d’appui aux entreprises – chambres de commerce et associations sectorielles – pour fournir aux PME des informa­tions sur des marchés ciblées, des ou­tils de mise en réseau numérique et des formations spécialisées sur l’intégration régionale.

Sur le plan poli­tique, nous plaidons pour de meilleures infrastructures commer­ciales, une simplification des régle­mentations et plus de transparence dans les politiques commerciales. Sur le terrain, nous renforçons les capa­cités des organisations locales, faci­litons des rencontres d’affaires B2B et aidons directement les PME sur leurs stratégies d’export, le finance­ment et les partenariats technolo­giques.

Notre présence régionale et nos collaborations institutionnelles amplifient ces actions. Voilà nos ob­jectifs stratégiques et opérationnels. Servir 54 pays n’est pas simple pour une organisation de notre taille. Mais nous progressons régulièrement, et avec un soutien continu, nous visons à étendre notre impact à travers le continent.

W. O. H.

 

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