Additifs alimentaires: A quand une culture nutritionnelle de base?

Souvent ignorés par les consommateurs, les additifs alimentaires présentent un risque pour la santé. Une culture nutritionnelle de base est urgente.
Les différents produits alimentaires disponibles sur les étals des grandes surfaces commerciales attirent de plus en plus de consommateurs à la recherche de nouvelles saveurs. Le packaging joue un grand rôle : les couleurs, les boîtes et les slogans attirent. Seul inconvénient, nombreux sont les consommateurs qui achètent sans pour autant vérifier ce qui est inscrit sur l’emballage.
Derrière les belles couleurs, des risques pour la santé
Et pourtant, il y a des codes, des composants et des additifs alimentaires qui peuvent être néfastes pour la santé. Les consommateurs sont souvent victimes de leur gourmandise, alors qu’ils doivent d’abord vérifier avant d’effectuer tout achat. Il est important de décrypter ces ingrédients et d’apprendre à les interpréter selon le besoin, pour éviter toute complication ou maladie grave comme le cancer.
Malgré leur mention explicite sur les étiquettes, la majorité des consommateurs ignorent leur signification, ne les lisent pas et méconnaissent leurs risques potentiels. Les enfants sont les premières victimes. Certains consomment des produits ou des boissons énergisantes et n’ont aucune connaissance des additifs qui provoquent hyperactivité et troubles psychomoteurs chez les moins de 15 ans. Selon le docteur Samia Nekka, nutritionniste diététicienne, certains additifs alimentaires sont associés à de graves maladies neurologiques, y compris chez le sujet âgé, comme la maladie d’Alzheimer et la maladie de Parkinson.
Un appel urgent à la sensibilisation
«Les consommateurs parcourent les rayons, mais ne lisent jamais», indique la spécialiste. «Une réelle campagne de sensibilisation doit être menée auprès des consommateurs algériens, pour leur inculquer la culture de vérifier chaque produit avant l’achat. Les commerçants doivent également s’impliquer dans cette démarche pour mieux orienter leur clientèle et garantir la sécurité de leurs produits.» Selon la spécialiste, certains codes figurant sur les produits locaux, souvent sous la forme «SIN» suivie d’un numéro spécifique, restent incompréhensibles pour le public.
«Nous avons également observé des produits alimentaires, comme certaines pâtes, dépourvus de tout code nutritionnel, sur certains emballages difficiles à lire. Sur certaines boîtes de biscuits de production locale, les codes sont écrits de la même couleur que l’emballage et en petit format, ce qui les rend difficiles à distinguer», fait-elle remarquer.
«Cela empêche le consommateur de s’informer sur ce qu’il va manger, et pis, si le produit en question contient des additifs controversés», ajoute-t-elle.
Manque de culture de la prévention
Beaucoup de produits alimentaires disponibles sur le marché contiennent des additifs alimentaires, des conservateurs et des colorants non adaptés qui peuvent provoquer des allergies. Rencontrée dans une supérette à Alger, Aziza, mère de quatre enfants, reconnaît qu’elle ne lit jamais les composants des produits qu’elle achète. «Je ne comprends même pas la signification», dit-elle. «Ce qui compte pour moi, c’est le goût et les marques auxquelles je me suis habituée», indique la dame.
Elle n’est pas la seule à négliger ce détail. Un autre consommateur, au rayon rafraîchissements, opte pour une bouteille de soda. «Je vérifie souvent les dates de fabrication et de péremption, mais jamais la composition du produit», avoue le jeune homme. La plupart des consommateurs rencontrés ont la même attitude. Du côté des vendeurs, ils sont unanimes : rares sont les clients qui s’intéressent aux codes alimentaires. Selon eux, les consommateurs qui se renseignent sur ces produits appartiennent généralement à des groupes spécifiques, comme les sportifs à la recherche de produits diététiques ou les patients cœliaques à la recherche d’aliments sans gluten.
Le docteur rassure que tous les additifs ne sont pas nocifs. «Certains sont autorisés par des organismes internationaux de santé sur la base de résultats scientifiques et expérimentaux précis», explique-t-elle. «Ces produits sont testés sur des animaux avant d’autoriser leur utilisation chez l’homme, dont les systèmes et organes sont similaires à ceux du corps humain», précise-t-elle.
Elle note également que les allergies alimentaires varient d’une personne à l’autre, et qu’une substance peut présenter un danger chez un cas et pas chez un autre. «L’effet n’est connu qu’après la consommation de la substance et l’apparition des symptômes ou grâce à des tests préventifs», ajoute la spécialiste. Selon le docteur Nekka, certains additifs alimentaires et colorants artificiels peuvent présenter un risque accru pour la santé, notamment l’aspartame, dont les études ont démontré l’impact négatif sur le système nerveux des enfants, car il contient des molécules toxiques qui endommagent certaines cellules nerveuses. Concernant les catégories à risque, la nutritionniste explique que les patients souffrant de troubles digestifs, notamment de la maladie cœliaque, sont les plus touchés par la consommation de colorants et de conservateurs. Elle évoque aussi la saccharine, destinée aux diabétiques. Bien que considérée comme sûre, certains fabricants dans le monde ne respectent pas les dosages indiqués, rendant sa consommation dangereuse.
La spécialiste souligne que les conservateurs les plus dangereux restent les nitrates et nitrites, utilisés dans la conservation de la viande et des produits dérivés, comme le thon, les sardines ou le pâté, et qui augmentent le risque de cancer. Elle insiste donc sur la sensibilisation des consommateurs comme moyen de protection, les incitant à lire attentivement les étiquettes et à comprendre les symboles plutôt que de se fier uniquement à la date de péremption. Une culture nutritionnelle de base s’impose. Les fabricants sont également tenus d’indiquer clairement la composition de leurs produits, en expliquant les codes plutôt que de les mentionner sous forme de chiffres. L’organisation d’ateliers pédagogiques dans les écoles est aussi essentielle pour sensibiliser toute une génération aux dangers de certains additifs et à l’importance de faire des choix sains.
Rym Harhoura