La citoyenneté sous l’occupation coloniale: quand le droit servait à effacer l’Algérien

La notion de citoyenneté a été abordée, ce mercredi, lors d’une conférence organisée par l’Institut national d’études de stratégie globale (INESG), à l’occasion de la Journée nationale du moudjahid.

Les intervenants ont mis l’accent sur l’évolution de la notion de citoyenneté, qui prend différentes formes en fonction du contexte historique.

L’occupant a tenté d’exploiter toute faille pour diviser les militants du FLN

Du sénatus-consulte du 14 juillet 1865 promulgué sous le second empire par Napoléon III à la loi du 4 février 1919, l’histoire coloniale de l’Algérie est jalonnée de textes juridiques qui institutionnalisent la distinction entre « citoyens » et « sujets » avec comme objectif  l’exclusion. Car au travers de ces deux textes l’Algérien devait renoncer à son statut personnel et donc, à une part de son identité.

Le directeur-général de l’INESG, Abdelaziz Medjahed, a souligné que la notion de citoyenneté se construit étape par étape et ne pourrait être empruntée et encore moins attribuée. «Les différentes étapes de notre Histoire ont permis de concrétiser la construction d’une véritable citoyenneté et l’édification de l’État national», a-t-il précisé. Selon lui, l’occupant a tenté en vain d’exploiter toute faille pour diviser les militants du Front de libération nationale (FLN). Mais la réponse de ce dernier a été cinglante. Il a préservé son unité autour d’un seul objectif, celui d’arracher l’indépendance coûte que coûte.

«La citoyenneté a été consacrée par des réformes introduites dans la santé, l’éducation par l’Emir Abdelkader»

Professeur d’Histoire à  l’Université de Tindouf, Barik Allah Habib, a évoqué les fondements de la citoyenneté dans la pensée de l’Émir Abdelkader qui a pu traduire ce concept sur le terrain, en mobilisant les tribus contre l’occupant. «La pensée de l’Émir incarnait la notion de la citoyenneté à travers l’union des tribus dispersées qui ont adhéré aux révoltes, l’instauration de la justice et l’égalité en matière d’accès aux droits et de devoirs», a-t-il soutenu. Le fondateur de l’Etat moderne algérien a établi une relation solide entre gouverneur et gouvernés qui se traduit par un sentiment fort d’appartenance à la patrie.

«Parmi les incarnations de la citoyenneté, l’implication de ses pairs dans la gestion des affaires publiques et de l’individu dans la construction de l’État», a-t-il ajouté. L’universitaire est revenu sur l’importance que l’Emir accordait à la justice et son indépendance, en confiant ce pouvoir à un personnel qualifié et apte à veiller à l’application de la justice, loin des allégeances et appartenances tribales. Il s’attarda aussi sur la place réservée à la femme, mère et épouse, et son implication dans la gestion des affaires publiques. «La citoyenneté a été consacrée par des réformes introduites dans la santé, l’éducation par l’Emir qui prônait le vivre-ensemble et bannissait  le sectarisme», a-t-il renchéri.

«Le législateur français tentait de contenir les autochtones»

«L’Émir, dans le souci de préserver la dignité de la personne, a bâti une économie basée sur l’activité agricole, l’exploitation des métaux et une activité commerciale dynamique», a conclu Barik Allah Habib. Khemissa Madour, enseignante d’histoire à l’Université de Guelma, s’est intéressée à la citoyenneté à l’époque coloniale à travers le prisme juridique. Elle a mis l’accent sur les tentatives désespérées de l’occupant de déchoir l’Algérien de ses valeurs, de son identité et rompre les liens d’attachement à sa terre.

«Le législateur français tentait de contenir les autochtones», appuie-t-elle, citant le sénatus-consulte du 14 juillet 1865 et la loi du 4 février 1919 qui visaient à instaurer un cadre juridique permettant aux autochtones un accès progressif à «la citoyenneté française», mais qui a en fait consolidé le système dualité citoyenne/sujétion qui caractérisait le régime colonial. Dans le même ordre d’idées, l’universitaire est revenue sur les desseins de l’administration coloniale à travers la loi de 1947 qui a élargi le cercle des catégories d’Algériens susceptibles de bénéficier de la nationalité française. Cependant, ces tentatives ont buté sur l’obstination et le rejet catégorique de la population de ce «statut», clamant son  attachement à son identité.

A. Mehdid

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