Atelier international sur le patrimoine : l’Algérie plaide pour une meilleure représentation afro-arabe

Le ministre de la Culture et des Arts, Zohir Ballalou, a donné, ce lundi à Alger, le coup d’envoi des travaux de l’atelier international sur « l’évaluation préliminaire des propositions d’inscription sur la liste du patrimoine mondial ».

Cet atelier est organisé au Palais de la culture jusqu’au 11 septembre en collaboration avec the African World Heritage Fund (AWHF).

Le patrimoine culturel menacé

Pour Zohir Ballalou, l’accueil par notre pays d’une telle manifestation n’est pas un fait anodin, mais un prolongement naturel de son rôle historique en tant que terre de civilisations et de diversité culturelle, et comme carrefour de la coopération arabo-africaine. La rencontre qui s’inscrit dans le prolongement de la Conférence d’Alger de juillet dernier a rassemblé des experts internationaux, des représentants de l’UNESCO, de l’UICN et de l’ICOMOS et des délégations issues de vingt-sept pays africains et arabes.

Dans une allocution, le ministre a replacé l’événement dans le contexte des défis (changement climatique, catastrophes naturelles, perte de biodiversité, raréfaction des ressources, conflits armés, déplacements de populations et urbanisation incontrôlée),  qui menacent le patrimoine culturel qui n’est plus seulement une mémoire tournée vers le passé, mais un acteur vivant face aux grands enjeux de l’humanité. Selon lui, le patrimoine est désormais une ressource essentielle pour consolider la paix, nourrir l’innovation et promouvoir un développement économique, social et environnemental durable. Ballalou a également insisté sur le rôle pionnier de l’Algérie qui dispose  de sept sites inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

28 villes historiques classées en Algérie

Afin de consolider ce capital, l’Algérie a procédé en juin et septembre 2025 à une mise à jour de sa liste indicative, en y ajoutant douze nouveaux sites candidats. Cette démarche s’inscrit dans une stratégie de long terme visant à accroître le nombre de sites classés. Le ministre a présenté un bilan détaillé des politiques publiques mises en œuvre notamment le vaste chantier de protection et de valorisation du patrimoine qui repose sur plusieurs volets. À ce jour, 1.081 sites et monuments ont été recensés et protégés, auxquels s’ajoutent 28 villes historiques classées qui font l’objet de mesures spécifiques de sauvegarde et de restauration.

Le pays a, par ailleurs, créé six parcs culturels nationaux, véritables laboratoires de préservation et de transmission du patrimoine matériel et immatériel. L’élaboration de nouveaux dossiers est destinée à renforcer la présence algérienne sur la liste du patrimoine mondial  s’inscrit dans la vision du président de la République, qui place la culture au cœur de la construction de l’Algérie nouvelle, en l’articulant à l’innovation, au numérique et au développement durable.

Un déséquilibre dans la répartition du patrimoine mondial

Le ministre a présenté des chiffres qui traduisent le déséquilibre actuel dans la répartition du patrimoine mondial. Sur 1.248 biens inscrits dans 170 pays, l’Europe et l’Amérique du Nord en concentrent 580, soit près de la moitié (46,47 %). L’Asie et le Pacifique en comptent 306, l’Amérique latine et les Caraïbes 153.  L’Afrique n’en possède que 122 sites (8,97 %) et le monde arabe 97 sites (7,77 %). Ce constat, a affirmé Ballalou, constitue une forme d’injustice pour des régions qui représentent pourtant le berceau des civilisations humaines, à l’image de l’Éthiopie et de l’Algérie, où le site de Bouchrit atteste d’une présence humaine vieille de 2,4 millions d’années. Dans cette perspective, l’atelier international d’Alger vise à définir une nouvelle stratégie collective afin de renforcer la visibilité du patrimoine africain et arabe dans une démarche qui associe protection de la mémoire, sécurité culturelle et valorisation économique à travers les industries créatives.

Le ministre a salué à le rôle de l’AWHF qui sous l’égide de l’UNESCO a pour mission d’accompagner les pays africains dans la préparation des dossiers d’inscription, le renforcement des capacités humaines et la mobilisation de ressources techniques et financières. Le ministre a renouvelé l’engagement de l’Algérie à soutenir toutes les initiatives de coopération afro-arabe en matière de patrimoine et à œuvrer pour une représentation plus équitable de ces régions . «L’Algérie continuera, a-t-il affirmé, à défendre notre héritage commun et à promouvoir la diversité culturelle comme vecteur de paix et de développement durable».

Walid Souahi

 

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