De Zembla aux mangas

De Zembla aux mangas : retour sur les illustrés jeunesse comme Pif ou Samir qui ont ouvert la voie aux comics et à la culture Pop moderne.

Bintin, Pif, Samir, des noms de revues qui renvoient à un temps où des enfants et adolescents apprenaient et rêvaient en lisant des illustrés ou des livres de la célèbre collection «La Bibliothèque verte». Ils se pas­saient les BD comme des objets précieux et se délec­taient d’histoires de pirates et d’aventures de justiciers et fli­bustiers.

Les petits tout comme les grands plongeaient dans un univers où même les méchants avaient de la dignité, de la clas­se et plus d’audace que de petitesse. On frissonnait de peur devant le mystère d’un pirate, on tremblait avec le héros dans un château abandonné, une crique isolée et devant un coupeur de routes.

On retenait des expressions, des jurons, leurs noms et il n’était pas rare de trouver dans son quartier ou sa classe un Rody garçon espiègle et éveillé, un Tchalik au nez crochu ou une filiforme Olive qui se coiffait à la manière de la fille devant laquelle Popeye, qui avait un faible pour les épinards, devenait tendre et sensible.

En Algérie, un nom comme celui de Said Zanoun apparaissait dans la presse avant 1962 mais il a fallu attendre février 1969 pour que naisse «Mquidech», un nom bien choisi pour le premier numéro d’une revue qui eut le grand mérite d’exister. La BD algérienne eut ses pionniers, et dans un dictionnaire encyclopédique illustré et bien documenté paru chez Barzakh.

Notre confrère Lazhari Labter a retracé minutieu­sement son histoire de 1962 à 2022. A vrai dire, les grands suc­cès de la BD seront dans la presse avec des caricatures de Slim ou d’Ahmed Haroun qui tenaient les lecteurs en haleine. Des albums furent édités mais la presse demeurait le vivier d’un genre célébré lors d’un festival dans la ville de Bordj El Kiffan qui a fini par disparaître, et dans un hebdo, El Manchar, dont ne se rappelent plus les moins de 30 ans.

Les temps ont changé, et le Japon, royaume du manga, a chassé des héros pour imposer d’autres. Au Fibda, des jeunes se presseront pour acquérir ces «Mickey japonais» dont l’univers et les techniques d’élaboration et de dessins différents des comics américains et de l’école franco-belge qui, longtemps, domina dans notre pays. Ils ont des noms familiers pour eux et étranges pour ceux qui ont grandi avec Tintin, Rahan et Lucky Luke.

Qui se souvient encore de Blek, Zembla et plus tard Kebir, dessiné par un Turc ? Depuis, les jeux vidéos et le  ciné­ma ont contribué à la popularité mondiale de Dragon ball, Naruto et Démon Slyer, un film sorti en juillet dernier qui est à l’affiche ces jours-ci dans les salles Sahel et Ibn Khaldoun. A l’origine, c’est une série de mangas dont la vente a dépassé le chiffre hallucinant de 200 millions d’exemplaires. Une sorte de bedemania qui a toujours séduit. La vague a fini par prendre les allures d’un Tsunami qui déferle du pays du Soleil levant.

Rachid Hamoudi 

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