Droits des artistes africains: Bataille pour une rémunération équitable

L’Afrique exporte son talent, mais pas ses profits. La bataille pour une juste rémunération des artistes est devenue une priorité continentale.

Au cœur des Journées africaines de la créativité Canex 2025, organisées en marge de la Foire commerciale intra-africaine à la Safex (Alger), l’Office national des droits d’auteur et droits voisins (ONDA) s’est fortement impliqué,  dimanche dernier, lors d’un  débat sur l’avenir des industries culturelles et créatives du continent.

Devant  des  créateurs, des experts et  professionnels de la culture venus de tout le continent l’Onda  a défendu une vision ambitieuse : placer les artistes africains au cœur des nouvelles dynamiques économiques mondiales. La délégation de l’ONDA, conduite par son directeur général Samir Taâlbi. Tous 2 sont intervenus dans des panels qui ont suscité un vif intérêt.

Des revenus dérisoires face au succès mondial

Dans une  présentation intitulée «Réécrire les règles : garantir une rémunération équitable et la propriété du contenu pour les artistes africains», Mehdi Delmi, directeur- adjoint de l ‘ONDA, a dénoncé les inégalités dont sont victimes  les créateurs du continent. «La musique africaine connaît une reconnaissance mondiale sans précédent, de l’afro-beat au raï en passant par l’amapiano. Mais paradoxalement, les artistes africains profitent peu de cette manne financière», a-t-il  soutenu.  «Ils restent fragilisés par des contrats déséquilibrés, des revenus de streaming dérisoires et une piraterie numérique persistante», a-t-il déploré.

Pour remédier à ce problème,  il a insisté sur la nécessité d’innover. «Nous devons recourir aux contrats intelligents basés sur la blockchain, renforcer l’adhésion aux sociétés de gestion collective et créer une alliance africaine des organismes de gestion des droits. C’est ainsi que nos artistes pourront reprendre le contrôle sur leurs œuvres», a-t-il lancé.

L’enjeu crucial des métadonnées

Idir Smaili, directeur de la numérisation à l’ONDA, s’est attardé sur  un problème moins visible, mais tout aussi décisif : l’absence de métadonnées fiables pour une grande partie des œuvres africaines diffusées en ligne. «Quand une chanson circule sur une plateforme sans métadonnées précises, l’artiste perd en visibilité et en revenus. Le manque de structuration numérique prive les créateurs africains d’une juste rémunération», a-t-il expliqué.
Pour lui, la solution passe par des outils modernes et une professionnalisation accrue. «Les artistes doivent adopter des modèles économiques clairs et rigoureux. L’ONDA propose déjà des initiatives comme la plateforme ONDA Connect, qui fédère les acteurs du secteur et garantit une gestion plus transparente et efficace des droits», a-t-il  proclamé.

Bâtir un écosystème durable

Pour le Dr Adesegun AdeosunJnr, fondateur de Smade Groupe et cofondateur du festival Afronation (Nigeria/UK) et  organisateur de grands événements musicaux, le succès international de la musique africaine doit s’accompagner d’une meilleure structuration de l’écosystème. Producteurs, promoteurs de festivals et artistes doivent travailler ensemble pour bâtir un modèle durable, qui permettra aux artistes  de vivre pleinement de leur art.

«L’Afrique ne doit plus se contenter d’exporter sa créativité, elle doit aussi en récolter les fruits», a-t-il déclaré. Il  a souligné au passage l’importance des festivals et plateformes africaines dans la mise en valeur des artistes et la création de revenus pérennes et équitables.

Une volonté panafricaine

La participation de l’ONDA au Canex 2025 illustre la volonté de l’Algérie de jouer un rôle de premier plan dans la structuration du marché culturel africain. En mettant en avant la numérisation, la transparence et la coopération panafricaine, l’institution se positionne comme un acteur clé de la défense des droits des créateurs.

Les débats ont permis de dégager une conviction partagée : l’Afrique dispose d’un potentiel créatif immense qui doit  être mieux protégé et valorisé.  «Il ne s’agit plus seulement de créer, mais de garantir que la création africaine soit équitablement rémunérée et reconnue», pour reprendre les mots d’un intervenant.

Avec des propositions concrètes et des engagements fermes, l’ONDA a offert une tribune aux créateurs algériens et africains. La bataille pour une rémunération équitable et une gouvernance moderne des droits d’auteur est désormais une priorité continentale.

Walid Souahi

 

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