Conjoncture et perspectives économiques: Gouverner par les chiffres et réformer

La conjoncture et les perspectives économiques consistent à gouverner par les chiffres et réformer pour renforcer l’économie algérienne.

Dans son entretien avec les représentants des médias nationaux, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a assumé, lors de son entrevue périodique avec les médias diffusée vendredi soir sur les chaînes de télévision et de radio nationales, une ligne d’action ou efficacité économique et autorité réformatrice sont liées. Pour lui: «la priorité absolue reste le renforcement de l’économie et de la sécurité du pays».

Changement de gestion du secteur de l’agriculture

Au centre du dispositif, la numé­risation s’impose comme l’axe structurant, assorti d’un rappel à l’ordre. Le chef de l’État «exige sa finalisation, avant la fin de l’année en cours, sous peine de prendre des mesures radicales». Le message s’adresse à l’appareil administratif et aux filières productives, où les retards des systèmes d’information ont entravé l’évaluation des politiques. Après des années de pilotage «dans une forme de brouillard, sans statistiques précises», le pré­sident Tebboune tranche: «ce n’est plus tolé­rable si l’on veut bâtir une économie solide».

Cette logique chiffrée et outillée concerne particulièrement le secteur de l’agriculture, domaine érigé en levier de souveraineté et de croissance. Répondant aux critiques contre le ministre du secteur, le président assume une rupture méthodologique en affirmant que «l’agriculture n’est plus gérée comme auparavant, mais selon des méthodes scien­tifiques et techniques, fondées sur la recherche, les laboratoires et les moyens de production», a-t-il martelé, avant d’insister sur le nécessaire changement des mentalités afin de briser le cercle de la routine, de fiabiliser les données, d’organiser les filières et de faire de la pro­ductivité une variable mesurable plutôt qu’une promesse.

En finir avec les pratiques archaïques

La réforme ne se veut pas punitive mais structurante. «Il est temps d’en finir avec les pratiques archaïques et de faire entrer ce sec­teur vital dans l’ère de la modernisation et de la numérisation», a-t-il dit, annonçant un encadrement technique renforcé et une meilleu­re formation des agriculteurs. L’argument est macroéconomique, en ce sens que la sou­veraineté alimentaire devient un pilier de l’indépendance, avec un potentiel «immense» à valoriser intelligemment et une vocation de l’agriculture à être «un levier majeur de croissance, d’emploi et de stabilité», bien au-delà d’un simple amortisseur social.

Le calendrier politique s’articule avec l’agenda économique. Une rencontre avec les opérateurs est promise pour faire respecter les engagements pris lors de la Foire du commerce intra-africain (IATF) d’Alger, évé­nement que le Président qualifie de test gran­deur nature. «Le franc succès de la Foire commerciale intra-africaine 2025 (IATF) a été rendu possible grâce aux grandes capacités organisationnelles de l’Algérie», a déclaré le chef de l’État, assurant que le pays «a prouvé qu’il est le cœur battant de l’Afrique sur les plans économique et politique». Ce positionnement régional donne cohérence à la stratégie d’exportation, d’intégration logistique et d’influence institutionnelle.

Sur le front des prix, le chef de l’État re­vendique une inflexion décisive: «Grâce à leurs efforts, le taux d’inflation a été réduit à moins 4% », quand «en 2020 elle était d’environ 9%», rappelant que le «langage des chiffres ne peut être contredit».

Pas de politique d’austérité 

Le message est double, à savoir créditer la résilience sociale et valider la discipline des équilibres, tout en soulignant qu’«alors que certaines grandes puissances enregistrent des taux dépassant les 10%», l’Algérie stabilise sa courbe. La question des importations s’inscrit dans cette même dialectique d’équilibre et d’assainissement.

«Nous sommes en train d’examiner de près la réalité des importations et les besoins du pays en produits de consommation», a noté le Président, rap­pelant qu’«auparavant une période de désordre» avait coûté «des milliards de dollars sans amélioration du niveau de vie». Il a réitéré qu’ «il n’y a pas de politique d’austérité», que «les importations n’ont pas été fermées», et qu’«il n’y a pas de pénurie, mais plutôt des perturbations provoquées par des personnes mal intentionnées».

Dans cet esprit, l’ajustement ne passe pas par le repli, mais par la hiérarchisation des besoins. En effet, l’importation «reste néces­saire pour répondre aux besoins des citoyens non couverts par la production nationale», tout en maintenant «un équilibre entre im­portation et promotion de la production locale», a souligné le chef de l’État. Il a assumé d’ailleurs une réouverture ciblée, no­tamment sur le prêt-à-porter étranger: «Nos jeunes aiment porter des marques renommées, et nous ne les en priverons pas», formule qui conjugue choix du consommateur et lutte contre les circuits informels.

Lyes Mechti

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