Priorité à la protection sécuritaire de l’Algérie

La priorité est donné à la protection sécuritaire de l’Algérie, a souligné vendredi soir le président Tebboune lors de son entrevue avec les médias.

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a été, encore une fois, d’une grande clarté. Le renforcement des institutions et la stabilité politique sont, pour lui, des lignes rouges. Face aux journalistes il a réaffirmé que le cap est maintenu, en dépit des manœuvres de parties hostiles à l’Algérie.

De nouveaux projets politiques

Le message est sans ambiguïté. L’Algérie avance avec ses moyens et ses compétences, sans céder aux pressions ex­térieures. Il a rappelé que la feuille de route déjà établie exige toutefois une cohésion nationale. Dans ce sillage, le chef de l’Etat a soutenu que la priorité restait la protection sécuritaire et éco­nomique du pays. «La gestion politique interne reste une étape ultérieure, sus­ceptible de déboucher sur de nouveaux projets politiques», a-t-il expliqué.

Évoquant la diversité des propositions autour de l’organisation institution­nelle, il a souligné que «certains sou­haitent une gestion directe, d’autres dé­fendent le système parlementaire, d’autres veulent renforcer le système présidentiel et d’aucuns proposent la création d’une instance consultative en dehors de la volonté populaire expri­mée au sein du Parlement». Ces idées, a-t-il fait remarquer, «ne sont pas rejetées en soi, mais doivent s’inscrire dans un cadre institutionnel et populaire».

Parvenir «dès fin 2025» à un consensus politique solide

Le Président a rappelé que l’Algérie disposait d’une longue expérience en matière de dialogue po­litique. «Ce dialogue, nous devons le mener avec les partis réellement actifs sur la scène nationale», a-t-il indiqué, expliquant que l’élaboration de la loi sur les partis, actuellement en prépa­ration, ne saurait se faire «sans les partis». Il s’agit, a-t-il ajouté, de définir les règles de création, les engagements des partis et les obligations de l’État vis-à-vis d’eux. «Il ne s’agit pas de dis­cuter avec 15 ou 20 courants, mais d’écouter la majorité, afin de tra­cer une ligne politique claire pour le pays», a-t-il insisté.

L’objectif, selon lui, est de parvenir «dès fin 2025», à un consensus politique solide. Pour l’heure, a-t-il regretté, «à peine deux ou trois partis ont entamé des discus­sions sur ce texte, alors que les autres ne se sont pas encore prononcés ». In­terrogé sur les critiques de formations qui se disent marginalisées dans l’espace médiatique, Tebboune a rap­pelé que «la télévision est ouverte, mais si un directeur estime qu’une in­tervention n’apportera ni audience ni intérêt, je ne peux pas le contraindre. Ce serait contraire à la démocratie», a-t-il lancé. Et de poursuivre: «Ceux qui se disent exclus ne le sont pas, sauf lorsqu’ils dépassent les limites par l’insulte et la diffamation. Or, personne n’a jamais bâti un État sur l’injure».

Représentation accrue des jeunes

Abordant les prochaines échéances législatives et locales, le chef de l’État a estimé que le changement doit être avant tout démocratique. Dans cette optique il a indiqué que la révision de la loi électorale en cours «concerne uniquement des aspects techniques et non ses fondements». Les articles ré­primant la fraude et l’achat de voix, a-t-il affirmé, «restent inchangés, car il s’agit de donner une chance aux jeunes de progresser politiquement Pour lui si un jeune mène une campagne avec un soutien modeste de l’État, alors qu’un autre, avec des milliards, achète les voix, il ne peut y avoir d’élections», a-t-il noté.

L’argent, a-t-il martelé, «ne doit pas gouverner les institutions». «Je ne l’ai pas accepté en 2017, je ne l’accepte pas aujourd’hui et je ne l’accepterai jamais», a-t-il tranché. Pour lui, la jeu­nesse doit occuper toute sa place dans les assemblées élues. «Le rôle des dé­putés n’est pas nécessairement de cri­tiquer tel ministre, mais de poser les vrais problèmes», a-t-il souligné, tout en recommandant d’éviter les excès verbaux du passé, qui ont mené «aux affrontements physiques, puis armés». En somme les divergences doivent être ouvertes et constructives. «On peut utiliser les tribunes ou les réseaux so­ciaux pour exprimer ses opinions, mais pas pour humilier et se donner une image populiste», indique-t-il .

Réajustement des missions de l’ANIE dans les prochains jours

L’objectif reste clair: «Construire ensemble le pays, sans tomber dans les dérives qui blessent les personnes, les régions et les institutions». Il a, dans ce sens, rappelé que le Parlement avait toute latitude pour proposer des lois, «à condition qu’elles ne contredisent ni la souveraineté ni les principes de la République algérienne», s’empresse t-il de préciser. «Le reste, a-t-il ajouté, ce sont des démonstrations de force inutiles. Notre peuple est fatigué de ces surenchères. Ce dont nous avons besoin, c’est d’unir nos efforts pour l’avenir».

C’est dans cette perspective que le président de la République a an­noncé que des propositions seront sou­mises, dans les prochains jours portant sur des réajustements des missions confiées à l’Autorité Nationale Indé­pendante des Élections (ANIE). Selon lui, cette Autorité avait, par le passé, élargi ses compétences jusqu’à se sub­stituer à certains ministères, ce qui avait créé un climat de confusion.

«Désor­mais sa mission est de garantir la trans­parence et le suivi rigoureux du pro­cessus électoral, pour qu’aucune voix ne soit détournée ou perdue», a précisé Tebboune. L’organisation matérielle des élections reste du ressort du mi­nistère de l’Intérieur. «L’ANIE est composée en grande partie de magis­trats, d’avocats et de cadres supérieurs. Ils ne sont pas formés pour la gestion quotidienne de la logistique», a fait ob­server le chef de l’État pour qui l’important est d’avoir distingué entre «le principe fondamental, qui est l’indépendance de l’Autorité dans la super­vision et le contrôle des élections», et les aspects matériels confiés à l’administration.

Pas de place pour l’argent dans le processus électoral 

Concernant le rôle de l’argent en politique, il a tenu à préciser que l’Algérie restait parmi les plus stricts dans le contrôle du financement électoral, insistant sur le fait que l’argent n’a pas sa place dans ce processus. Abor­dant la différence entre scrutins, Tebboune a reconnu que «les élections législatives ont une valeur particulière pour les élus», mais que «les élec­tions communales et de wilaya sont devenues souvent le terrain de rivali­tés personnelles ou de conflits entre clans et communes», au détriment de leur véritable vocation à savoir «répondre aux besoins des citoyens et résoudre leurs problèmes quoti­diens».

S’agissant d’un éventuel durcis­sement des conditions de candidature, notamment aux élections locales, le Président a admis que c’était une question très «difficile» et qu’«il ne fallait surtout pas tomber dans des contradictions avec les principes dé­mocratiques». Pour lui, la représen­tation populaire doit rester ce qu’elle est: l’expression de toutes les caté­gories du peuple, sans exclusion. En revanche, a-t-il nuancé, «ce que nous pouvons exiger, c’est que la gestion des communes soit confiée à des per­sonnes compétentes et capables de bien administrer».

À propos des as­semblées de wilaya, Tebboune a in­diqué que des réformes profondes étaient nécessaires. «Nous n’avons pas eu le temps de revoir leurs préro­gatives, ni de réexaminer le décou­page administratif des wilayas, ni même la classification des com­munes», fait-il savoir, avant de rap­peler que «ces questions sont an­ciennes». Il soulève, ainsi, l’épineuse question des daïras qui reste posée depuis 1967. «Doivent-elles être maintenues ou supprimées?», s’est-il interrogé.

Il a aussi souligné les disparités entre communes dont certaines disposent, «de revenus importants et peuvent agir librement quand d’autres n’ont aucune ressource en dehors des do­tations de l’État, ce qui les maintient dans une logique d’assistance sociale permanente». Le Président a confirmé que «la commission chargée de la ré­vision de la loi sur les communes et les wilayas a déjà remis un rapport préliminaire», mais celui-ci «reste très éloigné des réformes attendues». «À moins de décréter une année blanche sans élections pour installer ces réformes, il sera difficile d’avancer rapidement. La vérité est que l’agenda des chantiers prioritaires de l’État est particulièrement chargé», reconnait-il.

Assia Boucetta

 

 

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