IATF 2025 : les grandes leçons d’un rendez-vous fondateur 

L’IATF 2025 marque le «réveil de la force» pour un continent qui a pris conscience de son immense potentiel économique, de sa jeunesse engagée, de la richesse de ses ressources naturelles.

Accueillie en Algérie, la 4e édition de la Foire commerciale intra-africaine (IATF 2025) a dépassé de loin le cadre d’un simple rendez-vous commercial.

Un carrefour stratégique

L’IATF s’est imposée comme une vitrine du potentiel africain et comme un carrefour stratégique où se sont rencontrés décideurs politiques, opérateurs économiques, entrepreneurs et investisseurs venus des quatre coins du continent pour donner de la voix et ouvrir la voie d’un destin commun, celui d’une Afrique qui s’affirme et qui se relève. Au-delà des expositions et des contrats signés, ce Salon a incarné une nouvelle maturité : celle d’une Afrique qui ne se contente plus d’attendre des solutions venues de l’extérieur, mais qui entend bâtir un avenir fondé sur ses propres ressources et sa propre énergie. Que ce soit à travers les déclarations des responsables officiels, les interventions des opérateurs économiques ou encore les contributions des forces vives présentes, un constat s’impose : ce salon a livré de précieux enseignements. Le premier réside dans la jeunesse, véritable moteur de sa transformation économique et sociale.

Avec près de 70% de sa population en âge de travailler, l’Afrique dispose d’un capital humain exceptionnel, sa jeunesse, qui n’est pas seulement un atout démographique, elle est la clé de voûte de la transformation à venir. Mais pour que cette énergie se traduise en prospérité, il est indispensable d’investir massivement dans l’éducation, la formation professionnelle, l’innovation technologique et l’entrepreneuriat. C’est à travers des PME dynamiques, des start-up audacieuses et des incubateurs régionaux que l’Afrique pourra créer des emplois durables, réduire la dépendance aux importations et développer des solutions adaptées à ses réalités locales. Un autre enseignement majeur concerne l’importance du commerce intra-africain, jusque-là véritable maillon faible qui freine la construction d’un marché africain pleinement intégré. Aujourd’hui, les échanges entre pays du continent ne dépassent pas 15% du commerce total, un chiffre bien trop faible et très limité au regard des potentialités. Or, c’est dans la coopération économique entre États africains que réside la clé d’une croissance partagée et inclusive.

«L’Afrique doit voler de ses propres ailes»

La construction de chaînes de valeur régionales, la mise en place de normes communes, l’harmonisation réglementaire et le développement d’infrastructures logistiques modernes – ports, corridors routiers et ferroviaires, plateformes numériques de paiement – apparaissent comme des conditions essentielles pour libérer le potentiel du marché africain. Dans ce contexte, la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) est plus que jamais le socle d’une intégration économique véritablement africaine, permettant de dépasser les cloisonnements nationaux et de renforcer la compétitivité du continent face au reste du monde. Les résultats du salon parlent d’eux-mêmes. Plus de 40 milliards de dollars de contrats ont été annoncés, couvrant des secteurs stratégiques, tels que l’agriculture, l’énergie, l’industrie manufacturière, le numérique, les télécommunications, la finance et même les industries culturelles et créatives. Ces engagements témoignent d’une volonté commune de bâtir une Afrique souveraine. Comme l’a affirmé un participant : «L’Afrique doit voler de ses propres ailes», tracer sa voie sans dépendre exclusivement des modèles extérieurs ni de l’aide internationale.

Les solutions existent sur le continent : dans ses terres agricoles immenses, ses mines et ressources énergétiques, dans le dynamisme de ses jeunes entrepreneurs et les institutions qu’elle a elle-même mises en place. L’IATF 2025 a également illustré une évolution des rapports économiques. L’Afrique n’est plus simplement un réceptacle d’investissements étrangers ; elle devient elle-même une source d’initiatives, de financements et de partenariats stratégiques. Les banques africaines, les fonds souverains et les investisseurs institutionnels du continent ont affiché leur détermination à jouer un rôle central dans le financement du développement. L’accueil de cette édition par l’Algérie n’est pas anodin : il reflète la volonté d’un pays de se positionner comme moteur dans la mise en œuvre de la Zlecaf et dans la consolidation d’une Afrique intégrée et prospère.

Des intentions aux réalisations

Pour l’économiste Adam Mokrani, l’avenir du continent repose sur trois leviers. Le premier, démographique, implique d’intégrer la jeunesse dans des filières régionales solides : agriculture modernisée, industries culturelles, énergies renouvelables, technologies numériques. Le deuxième, géographique, nécessite des infrastructures performantes capables de fluidifier les échanges et de réduire les coûts logistiques. Le troisième, institutionnel, repose sur la consolidation d’outils financiers africains tels que le PAPSS (système panafricain de paiement et de règlement) ou la plateforme MANSA, indispensables pour sécuriser les transactions et encourager les investissements. Pour Mokrani, «les richesses démographiques, naturelles et stratégiques de l’Afrique ne prendront sens que si elles sont transformées en chaînes de valeur régionales, en financements accessibles et en infrastructures modernes».

L’IATF 2025 n’a pas révélé le potentiel africain mais a rappelé avec force que l’avenir dépendra de la capacité des Africains à transformer leurs atouts en résultats tangibles, à passer des intentions aux réalisations. La foire a montré que l’Afrique n’est pas condamnée à rester spectatrice du jeu économique mondial. Elle dispose des moyens d’en devenir un acteur majeur, capable de définir ses priorités, d’innover et d’imposer sa voix. Consciente de sa force, de ses atouts, elle avance, désormais, avec détermination. L’IATF 2025, qui a donné les premiers contours de cette trajectoire, restera  comme l’événement qui a consacré la transition d’un continent porteur de promesses à un continent qui agit, innove et construit. Un continent qui affirme qu’il est prêt à écrire son propre destin… par ses propres enfants. Plus qu’un salon, il fut un manifeste : celui d’une Afrique qui prend son envol et qui proclame, avec confiance, le véritable «réveil de la force».

A. Hamiche

 

 

 

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