L’Algérie, un modèle de l’intégration économique, selon le président d’Afreximbank

« L’Algérie s’impose de plus en plus comme un acteur central du commerce intra-africain et un exemple à suivre pour le reste du continent», a affirmé, samedi, le président de la banque africaine d’import- export africaine (Afreximbank), Benedict Oramah.
Lors de son intervention de la rencontre portant sur « le développement durable en Afrique, organisée à la Safex en marge de la Foire intra-africaine du commerce (IATF 2025), le président d’Afreximbank a appelé les pays africains à suivre l’exemple de l’Algérie et « de tirer des leçons de son modèle de développement économique ».
Des atouts pour devenir un hub commercial continental
Benedict Oramah souligne, dans le même sillage, que l’Algérie possède tous les atouts pour devenir un hub commercial continental, grâce à sa richesse en ressources naturelles, l’expansion rapide de son secteur des énergies renouvelables, la modernisation de son tissu industriel et surtout sa position géostratégique, au carrefour des marchés nord-africain, subsaharien, méditerranéen et européen. Ainsi, il a précisé que « l’Algérie représente une opportunité exceptionnelle pour la coopération entre gouvernements africains. Elle est appelée à jouer un rôle moteur dans la mise en œuvre de la ZLECAf ». Le patron de l’institution financière africaine a insisté sur la nécessité de repenser les stratégies de développement en Afrique, en donnant davantage de place aux régions et collectivités locales. Selon lui, le grand défi continental est de résoudre les disparités entre ce qu’il a appelé les « centres prospères et périphéries défavorisées ». Il a fait savoir que l’Afrique a enregistré des performances économiques encourageantes ces dernières années, avec un revenu par habitant en hausse, passant d’environ 1 900 dollars américains en 2016 à 2 500 dollars en 2024. Cependant, dans de nombreuses régions du continent, la croissance reste contrastée.
« Certains pays et régions avancent rapidement, tandis que d’autres stagnent ou reculent. Cette disparité alimente le creusement des inégalités entre les plus riches et les plus pauvres», a-t-il déploré. Combler ce fossé nécessite, de son point de vue, un changement profond des politiques et stratégies de développement, affichant sa conviction que le développement viendra des régions et collectivités locales. À ce titre, il mettra de nouveau en exergue le modèle économique algérien qui repose, a-t-il dit, sur un système d’industrialisation décentralisée. « L’Algérie incarne une trajectoire inspirante dans ce domaine en misant à la fois sur l’industrialisation, les infrastructures portuaires, les énergies renouvelables et l’ouverture commerciale. C’est ce qui peut réduire les disparités et créer de la valeur », a-t-il indiqué, soulignant que l’Algérie fait partie des pays africains où l’indice de disparité de croissance est très faible. Le président d’Afreximbank a invité les dirigeants africains, mais aussi les collectivités locales, à saisir l’opportunité offerte par l’Algérie pour développer de nouvelles synergies et bâtir une économie continentale intégrée.
Afreximbank mobilise 2 milliards de dollars
Poursuivant son discours, Benedict Oramah a annoncé que 2 milliards de dollars seront mobilisés par Afreximbank pour soutenir les gouvernements locaux africains. Pour acter cette décision, un accord a été signé samedi lors de cette rencontre entre l’Afreximbank et l’Etat de Cross River (Nigeria). Ces fonds serviront à financer le commerce, l’investissement, la création de zones économiques spéciales, mais aussi à accompagner des projets industriels et pharmaceutiques innovants sur le continent.
L’objectif, d’après ses dires, étant de « favoriser un développement équitable, accélérer la mise en œuvre de la ZLECAf, renforcer la coopération Sud-Sud et mobiliser le service public et privé en faveur du commerce intra-africain.» Dans cette même perspective, la banque africaine prévoit le lancement des centres d’assurance qualité pour lever l’un des obstacles majeurs aux exportations africaines qui est le manque de laboratoires de certification accrédités à l’international. Aussi, la banque travaille, d’après son premier responsable, sur le renforcement des compétences via des diagnostics des climats d’investissement et des formations.
Les avantages de la ZLECAf
Le secrétaire général de la ZLECAf, Wamkele Mene, a, pour sa part, salué la signature de cet accord de 2 milliards de dollars le qualifiant de « jalon majeur pour soutenir les projets d’investissement locaux ». Il a affirmé, lors de son intervention, que la décentralisation et l’implication active des gouvernements et collectivités locales « sont essentielles pour concrétiser le potentiel de la ZLECAF, créer des emplois, stimuler l’innovation, soutenir les PME et accélérer l’industrialisation en Afrique». Il a insisté sur l’importance de rester attentifs aux défis auxquels fait face le continent, citant le chômage des jeunes, la marginalisation et le déplacement des populations rurales vers les grandes villes. Mene a accentué, plus loin dans son discours, sur la nécessité d’aligner les politiques nationales avec les avantages comparatives des régions et de renforcer l’appropriation locale des stratégies industrielles et utiliser les zones économiques spéciales comme levier de croissance. Il a rappelé que la ZLECAf a introduit des réformes dans sa réglementation.
« Je suis heureux d’annoncer que nous avons corrigé une anomalie. Auparavant, les produits fabriqués dans des zones économiques spéciales étaient parfois considérés comme des produits venant de pays tiers et ne bénéficiaient pas des avantages de la ZLECAf. Désormais, grâce à une nouvelle réglementation, tous les biens produits dans les zones économiques spéciales bénéficieront pleinement des préférences et avantages de la ZLECAf » a-t-il annoncé. Il ne manquera pas de souligner l’importance de mobiliser les ressources nécessaires afin d’atteindre les objectifs tracés en matière d’infrastructures. « La ZLECAf est au cœur de ce processus. Son potentiel reste largement inexploité », a-t-il conclu.
Wassila Ould Hamouda