Vers la chute du gouvernement français

Les heures du gouvernement Bayrou sont comptées.

Ce lundi à 15 h, le Premier ministre François Bayrou montera à la tribune de l’Assemblée nationale française pour demander la confiance des députés sur la question du budget et leur verdict tombera vers 19h.

Une fin de mission peu glorieuse

Sauf rebondissement de dernière minute, l’Exécutif dirigé par François Bayrou devrait tomber ce lundi face aux vetos annoncés de la gauche et de l’extrême droite. Une sentence qui mettra fin à un exécutif qui aura tenu moins de neuf mois. Dans la soirée, il devrait présenter sa démission au président Macron. Ainsi, le locataire de Matignon  connaitra le même sort que son prédécesseur Michel Barnier, Premier ministre de septembre à décembre 2024 et qui aura dirigé le gouvernement le plus éphémère de la Ve République.

Bayrou pourra toujours se vanter d’avoir tenu plus longtemps. Nommé le 23 décembre 2024, il est appelé à quitter Matignon ce 8 septembre 2025. Une fin de mission peu glorieuse, même s’il affirme dans une tentative manifeste de minimiser son départ qu’« Il y a d’autres catastrophes dans la vie que la chute d’un gouvernement ».

La France, un pays qui «a cessé de compter»

Pourtant nombreux sont  les observateurs politiques qui pensent le contraire du fait  que le départ d’un deuxième premier ministre en moins d’un an aggrave l’instabilité  politique du pays alors qu’Emmanuel Macron est déjà en quête d’un successeur, sous la pression des oppositions. Pour Thierry Breton, ancien commissaire européen au Marché intérieur  et ancien ministre de l’Economie « … Si jamais François Bayrou tombe ….la France retombera dans les affres dans lesquelles elle est depuis la dissolution». En effet, depuis le 9 juin 2024 dernier, date à laquelle le président français a annoncé la dissolution de l’Assemblée et l’organisation d’élections législatives anticipées, la France est dans l’œil du cyclone, ce qui n’a pas manqué d’avoir des retombées socio-économiques. Et à Thierry Breton d’expliquer son inquiétude :  «on ne va pas avoir de budget alors que nous sommes aujourd’hui le pays qui est le plus mal en point de tous les Etats de la zone euro. Nous avons plus de 6% de déficit, on va donc augmenter à nouveau la dette de 170 milliards d’euros cette année ».

Pour l’ancien ministre de l’Economie , «il y a cette boule de neige qui met la parole de la France en péril». «Parce qu’aujourd’hui, on n’est plus entendu. Un pays qui ne compte pas, c’est un pays qui ne compte plus, or on a cessé de compter», conclut-il. La crise politique française est également suivie de près sur le vieux continent, où de nombreux eurodéputés craignent qu’elle glisse vers la crise de la dette ce qui  impactera négativement toute la zone euro, même si selon eux, la France, « a cessé depuis longtemps d’être un pilier de stabilité pour la zone euro ». Les médias étrangers s’inquiètent également de voir la France, nouvel homme malade de l’Europe, s’enfoncer dans la crise. Et pour cause avec une dette qui atteint 116 % du PIB à la fin du premier trimestre 2025 et la perspective d’un chaos politique imminent, la France risque de sombrer dans le chaos qui pourrait conduire à la démission de son président. Preuve de la tempête politique qui va s’abattre sur la France même les Républicains se prononceront en ordre dispersé suite à la « liberté de vote» donnée par leur chef Laurent Wauquiez en contradiction avec l’appel du patron du parti, Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, à soutenir le gouvernement Bayrou. Wauquiez a également réitéré qu’il ne censurerait pas automatiquement un gouvernement PS ou RN, propos qui  n’ont pas été apprécié par  Bruno Retailleau.

Journée de manifestations le 10 septembre

En plus de la chute du gouvernement, qui devrait être entérinée aujourd’hui à l’issue du vote des députés de l’Assemblée nationale, le président français Emmanuel Macron doit affronter une nouvelle vague de contestation sociale. Une journée de manifestations est prévue ce mercredi 10 septembre partout en France, à l’appel du collectif « Bloquons-Tout », dont les mobilisations se multiplient depuis la mi-juillet, à la suite des annonces budgétaires de François Bayrou.Né en mai dernier, le mouvement dénonce « l’austérité imposée aux mêmes » et « la destruction de la justice et de la solidarité », selon le site mobilisation 10 septembre, aujourd’hui fermé.

La colère grandissante a reçu le soutien de plusieurs partis de gauche ainsi que de syndicats tels que la CGT, SUD et la Confédération paysanne. Face au risque de débordements, le ministre de l’Intérieur, réputé pour sa gestion musclée des manifestations, a averti que « toute tentative de blocage des infrastructures essentielles à la vie de la Nation » serait empêchée et, le cas échéant, levée dans les plus brefs délais, promettant des « interpellations systématiques ». Cette mobilisation citoyenne contre la politique budgétaire n’est pas sans rappeler le mouvement des Gilets jaunes, apparu en novembre 2018 contre la hausse du prix des carburants.

Farah Chibane

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