Benali Abdelghani, SG du conseil interprofessionnel des céréales
«Tout est en place»

Alors que la campagne labours-semailles se prépare dans un contexte marqué par le retour attendu des pluies, le secrétaire général du Conseil national interprofessionnel de la filière des céréales (CNIFC), Benali Abdelghani, fait le point sur la disponibilité des intrants, la mobilisation des agriculteurs et les défis rencontrés sur le terrain. Il revient également sur les perspectives de la filière céréalière et les nouvelles orientations engagées par le ministère de l’Agriculture pour mieux planifier la production et garantir la sécurité alimentaire du pays.
Entretien réalisé par Amokrane H.
Où en est la campagne labours-semailles cette année?
Les préparatifs avancent bien. Le guichet unique est ouvert depuis le mois de juillet pour le dépôt des dossiers relatifs aux fournitures, crédits et assurances. Les premiers agriculteurs ont commencé à se manifester dès le mois d’août, notamment dans certaines wilayas de l’Est comme Constantine, Mila ou encore Guelma. D’autres ont attendu septembre pour entamer leurs démarches, souvent en raison de l’incertitude liée à la pluviométrie.
Globalement, la dynamique est enclenchée : les services agricoles, les coopératives et les coopératives des céréales et des légumes secs (CCLS) sont mobilisés pour accompagner les producteurs et assurer un démarrage harmonieux de la saison.
Les intrants agricoles, notamment les engrais et les semences, sont-ils disponibles en quantité suffisante?
Les engrais et les semences sont disponibles dans toutes les CCLS du pays. Le travail de planification et de coordination entre les différents acteurs a été considérablement amélioré ces deux dernières années. Il est vrai que certaines coopératives, notamment dans l’Ouest, ont connu des fragilités structurelles et logistiques, mais des mesures ont été prises pour y remédier.
Nous avons anticipé les commandes, renforcé les capacités de stockage et mis en place un suivi hebdomadaire de la distribution. L’objectif est d’éviter toute rupture au moment crucial des semailles et de permettre aux agriculteurs de disposer de tout le nécessaire à temps.
Quelle répartition recommandez-vous pour les cultures céréalières cette saison ?
Nous encourageons les agriculteurs à opter pour des variétés adaptées : l’orge et le triticale dans les zones arides ou salines, et le blé dur dans les régions mieux arrosées ou dotées de moyens d’irrigation. Ce dernier reste le plus stratégique pour notre sécurité alimentaire et pour la transformation locale, mais il exige un bon niveau technique et une gestion rigoureuse. L’idée est de cultiver intelligemment, en tenant compte des ressources disponibles et non pas seulement du rendement espéré.
Comment se présente l’état d’avancement des travaux à travers les régions ?
Les opérations sont plus avancées à l’Est et au Centre qu’à l’Ouest. Dans des wilayas comme Sétif, Batna ou Tébessa, les agriculteurs ont déjà bien entamé les labours. Dans l’Ouest, la prudence domine encore. Après plusieurs années de sécheresse, les producteurs préfèrent attendre le retour des pluies pour éviter des pertes inutiles.
Les dernières précipitations enregistrées devraient cependant relancer les travaux dans les prochains jours. Nous suivons la situation au jour le jour, et tout indique que la campagne devrait s’accélérer d’ici la fin octobre.
Les producteurs de l’Ouest ont connu plusieurs campagnes difficiles…
Ils sortent de trois années marquées par la sécheresse, avec des récoltes très faibles et un endettement croissant. Beaucoup d’exploitants ont dû reporter leurs investissements ou réduire leurs superficies. C’est pourquoi nous espérons que cette saison permettra un redémarrage durable.
Il faut rappeler que ces producteurs jouent un rôle clé dans la stabilité du marché céréalier national. Le ministère de l’Agriculture et la Banque de l’Agriculture et du Développement Rural travaillent d’ailleurs à assouplir certaines conditions de crédit pour leur permettre de se relancer.
Et qu’en est-il du Sud du pays, où l’agriculture connaît une expansion rapide ?
Pour le sud, la compagne, la bourse maille, c’est-à-dire la mise en place des céréales va commencer aux environs de mi-décembre à fin décembre parce qu’ils doivent récolter le maïs en ensilage et le maïs grain. Et pour l’instant, le maïs est en phase début maturité, ce qui fait que la mise en place va temporiser en attendant le mois de décembre. Nous attendons cette année une augmentation de la superficie de 50 000 hectares soit un total de plus de 200000 hectares minimum.
Le Sud représente aujourd’hui une véritable opportunité pour la relance céréalière nationale. Des projets structurants ont été lancés dans des wilayas comme Timimoun, El Menia, Ouargla et Adrar, avec l’implication de grandes entreprises et de jeunes investisseurs. Les conditions climatiques y sont particulières, mais grâce à l’irrigation localisée et à la mécanisation moderne, les rendements sont très prometteurs. Ces exploitations pilotes jouent un rôle d’entraînement pour toute la filière et contribuent à diversifier les zones de production. Le CNIFC suit de près ces initiatives afin d’assurer la cohérence entre les programmes du Nord et ceux du Sud, car l’avenir de la céréaliculture passe aussi par cet espace immense et riche en potentiel.
Dans ces conditions, peut-on dire que la campagne se déroule correctement?
Globalement, oui. Les éléments nécessaires sont réunis : les intrants sont disponibles, les services techniques sont mobilisés, et les agriculteurs répondent présents. Tout est en place pour une bonne saison. Le seul facteur que nous ne maîtrisons pas reste la pluviométrie, d’où l’importance d’une répartition régulière des précipitations dans le temps et dans l’espace. Mais l’optimisme est de mise, car les efforts consentis ces dernières années pour moderniser la filière commencent à porter leurs fruits.
Qu’en est-il de la coordination entre les acteurs locaux de la filière?
Il faut la renforcer. Dans la majorité des wilayas, les DSA, les subdivisions agricoles et les CCLS travaillent de concert, mais il reste encore des poches de désorganisation. La réussite de la campagne repose sur la concertation, le partage d’informations et la réactivité face aux imprévus. Nous plaidons pour un système de coordination permanent entre les acteurs de la filière, les chambres d’agriculture et le ministère. Le CNIFC, pour sa part, œuvre à créer un espace de dialogue et de propositions pour améliorer la gouvernance du secteur.
Le ministère de l’Agriculture prépare-t-il de nouvelles orientations pour la filière céréalière ?
La tutelle prépare une grande conférence nationale consacrée aux cultures stratégiques, avec la participation d’experts, de chercheurs et des représentants des organisations professionnelles. L’objectif est de bâtir une stratégie cohérente basée sur des données fiables : cartographie des superficies, plan de production de semences, besoins en irrigation et mécanisation. C’est une démarche essentielle pour atteindre l’autosuffisance et mieux encadrer la filière sur le long terme.
Les légumineuses semblent retrouver une place croissante dans les assolements. Quelle en est la raison ?
Nous observons un regain d’intérêt pour les légumineuses comme la lentille, le pois chiche ou la fève. Elles sont précieuses pour la rotation culturale, car elles fixent l’azote dans le sol et réduisent les besoins en engrais chimiques. Elles représentent aussi une alternative économique intéressante dans les zones semi-arides. Le CNIFC encourage leur culture à travers des actions de vulgarisation et de formation technique.
La première priorité est d’instaurer une rotation agricole efficace et durable. Elle permet de préserver la fertilité des sols et de réduire la dépendance aux intrants. Il faut également renforcer la recherche agronomique et la diffusion de ses résultats sur le terrain. Les instituts spécialisés disposent de variétés performantes, mais elles ne sont pas toujours bien connues des agriculteurs.
Enfin, la modernisation des outils de production et la formation technique doivent accompagner le changement. La réussite de la campagne labours-semailles dépend avant tout d’un travail collectif, coordonné et guidé par une vision commune : celle d’une agriculture moderne, rationnelle et productive, au service de la sécurité alimentaire nationale.
A.H