Ahmed Bedjaoui revisite 70 ans de cinéma algérien

Ahmed Bedjaoui revisite 70 ans de cinéma algérien dans un ouvrage de référence en anglais, mêlant histoire, mémoire et engagement critique.
Le critique Ahmed Bedjaoui publie chez Chihab «Seven Decades of Algerian Cinema: Artistry, History and Politics». L’ouvrage en anglais sera une référence pour les chercheurs.
Ancien professeur à l’Université d’Alger 3, Bedjaoui, docteur d’État en littérature et civilisation américaine, a rassemblé ses publications parues dans de prestigieuses revues d’institutions comme les universités Cornell près de Washington, Maximilien Schell à Munich ou d’universités londoniennes où il est régulièrement sollicité.
Un projet soutenu et méthodiquement construit
Selon lui, la réalisation du projet a vu le jour grâce au soutien du ministère de la Culture et de l’Office national des droits d’auteur. l’ouvrage propose une traversée chronologique exhaustive de 70 ans d’images, de luttes et de création. L’auteur a adopté une méthodologie rigoureuse en présentant des abstracts (résumés en arabe et français au début de chaque chapitre.)
Le 1e article est consacré au documentaire algérien né en 1957 pendant la guerre de Libération dont Bedjaoui analyse l’évolution et son apport à la Révolution.
Des contributions majeures et internationales
Parmi ses contributions marquantes figure un texte dans la revue «Nka: Journal of Contemporary African Art» de l’Université de Cornell. Dans «Once upon a Time There Was PANAF», il replonge le lecteur dans l’atmosphère du Festival panafricain de 1969 à Alger auquel Bedjaoui a participé.
L’ouvrage accorde une place importante aux questions de genre avec un séminaire «Femme et cinéma» que Bedjaoui a dirigé à l’Université CUNY des États-Unis. Il analyse sept films réalisés par des femmes qui se sont attaquées à la menace de l’extrémisme religieux.
Regards croisés et approche décoloniale du cinéma
Bedjaoui a, par ailleurs, contribué avec Nabil Boudraa à un livre collectif qui apporte beaucoup de détails sur Rachid Bouchareb aux États-Unis sur la dimension et l’influence américaine sur le cinéma algérien. Dans un autre ouvrage collectif «Décoloniser les théories du cinéma», il explique comment des cinéastes (Joris Ivens, Chris Marker, Lakhdar Hamina, Youcef Chahine) ont contribué à décoloniser ce point de vue et à proposer une alternative à «la suprématie blanche et européenne».
Une grande place est accordée aux entretiens qui sont une manière originale de raconter le cinéma algérien. Le livre renferme un entretien réalisé en marge du Festival du film africain de Zurich et une interview menée par Nabil Boudraa pour une revue universitaire sur le premier ouvrage de Bedjaoui consacré au cinéma et à la guerre de Libération.
L’ouvrage fait également référence aux 2 livres que Bedjaoui a publiés aux États-Unis sur le cinéma algérien, afin de raconter l’histoire du 7e art national sous différents angles.
L’auteur rend aussi hommage au pionnier du cinéma algérien Djamel Eddine Chanderli et à René Vautier qui a réalisé Yasmina. Malgré les difficultés actuelles, Bedjaoui se montre optimiste. Il relève un intérêt extraordinaire et constate l’émergence d’une génération douée» qui perpétue un héritage transmis par les pionniers.
S.Belabed