48e session de l’APPO: L’Algérie mise sur la valeur ajoutée africaine

L’Algérie mise sur la valeur ajoutée africaine en participant activement demain mardi à la 48e session de l’APPO à Brazzaville.
L’Algérie prendra part à la 48ᵉ session du Conseil ministériel de l’Organisation des pays africains producteurs de pétrole (APPO), qui se tient demain mardi à Brazzaville (Congo), avec une délégation conduite par le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures et des Mines, Mohamed Arkab, aux côtés du PDG de Sonatrach, Nourredine Daoudi, du président de l’Autorité de régulation des hydrocarbures (ARH), Amine Remaïni, et de plusieurs cadres du secteur.
La mise en place de l’AEB au menu
Organe suprême de décision de l’APPO, le Conseil ministériel discutera des dossiers stratégiques liés à l’avenir du pétrole et du gaz en Afrique, de l’évaluation 2025, et du programme de travail et du budget 2026, avec un accent sur la coopération technique, le renforcement du contenu local et la mise en place de la Banque africaine de l’énergie (AEB) pour financer les infrastructures énergétiques du continent.
Cette session intervient dans un moment charnière pour les producteurs africains, alors que les perspectives mondiales de la demande pétrolière sont révisées et que la concurrence pour les capitaux s’intensifie. Les projections indiquent une croissance de la demande mondiale autour de 0,7 à 0,8 million de barils par jour en 2025, avec une contribution croissante des économies non-OCDE, dont l’Afrique.
En parallèle, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) constate un marché globalement bien approvisionné en 2025, ce qui impose aux pays africains d’affiner leurs stratégies d’investissement, de montée en gamme et d’intégration régionale pour défendre la valeur de leurs barils dans un contexte de marges plus serrées.
CECLA 2025, échanges et transfert de technologies intra-africaines
La réunion de Brazzaville coïncidera avec la 4e édition du Congrès et Salon africains sur le contenu local (CECLA 2025), organisée sous le haut patronage du président congolais Denis Sassou Nguesso, plateforme d’échanges sur l’intégration d’entreprises africaines dans les chaînes de valeur pétrolières et gazières et sur les transferts de technologie intra-continentaux.
Le renforcement du contenu local est désormais un axe stratégique assumé par l’APPO, tant pour créer de l’emploi qualifié que pour capter une part plus importante de la valeur ajoutée en Afrique, de l’amont à la pétrochimie. Dans cet esprit, l’AEB est appelée à jouer un rôle d’amorceur, en finançant des projets régionaux structurants : raffineries, dépôts, pipelines transfrontaliers, interconnexions gazières et initiatives de transition intégrant gaz et renouvelables.
L’expertise de Sonatrach au service de l’Afrique
Pour l’Algérie, cette participation dépasse la simple présence institutionnelle et s’inscrit dans une trajectoire historique. En effet, membre fondateur en 1987, aux côtés de l’Angola, du Bénin, du Cameroun, du Congo, du Gabon, de la Libye et du Nigeria, l’Algérie a contribué à faire de l’APPO une enceinte de concertation et d’action collective au service de la souveraineté énergétique africaine. Elle ne cesse de plaider pour une coopération structurée autour de 3 priorités, à savoir le financement locale, la formation massive et la mutualisation des infrastructures, afin de réduire la dépendance technologique et financière vis-à-vis de l’extérieur.
L’expérience industrielle algérienne confère au pays une légitimité particulière pour impulser cette relance à travers un modèle d’intégration de la chaîne de valeur, des capacités d’ingénierie reconnues et une compagnie pétrolière nationale, Sonatrach, habituée à conduire des projets complexes et à coopérer avec des pairs africains. Cette expertise peut servir de levier pour accompagner des États à fort potentiel, de l’Afrique de l’Ouest à l’Atlantique Sud, via des programmes conjoints de prospection, de formation et de maintenance, afin d’éviter le piège d’exportations de brut sans retombées locales suffisantes.
La coopération africaine au centre du jeu du marché mondial
Dans un environnement de prix volatile et de cycles d’investissement plus courts, la coordination des politiques de production et la convergence réglementaire africaines deviennent des facteurs clés de résilience et d’attractivité des capitaux. Ainsi, en s’impliquant à Brazzaville, l’Algérie veut remettre la coopération africaine au centre du jeu, avec une approche pragmatique: sécuriser les recettes, élargir la base industrielle, accélérer la formation, et insérer des briques de transition là où elles sont les plus efficaces économiquement.
L’objectif est de faire de l’Afrique non plus seulement un fournisseur de matières premières, mais un acteur qui décide, transforme et exporte des produits à plus forte valeur, tout en améliorant rapidement l’accès à l’énergie pour ses populations et sa compétitivité pour ses entreprises. Cette stratégie, portée collectivement par l’APPO et adossée à de nouveaux instruments financiers et à des partenariats élargis, vise à consolider la place de l’Afrique dans les équilibres énergétiques mondiaux au cours de la prochaine décennie, avec l’Algérie parmi les moteurs du mouvement.
Lyes Mechti