Crimes coloniaux en Afrique: Alger pour tracer les mécanismes de réparation

Pour les crimes coloniaux en Afrique, Alger abritera durant 2 jours la conférence internationale pour tracer les mécanismes de réparation.
L’Algérie abrite dimanche et lundi la Conférence internationale sur les crimes du colonialisme en Afrique. Évènement important de par la qualité et du niveau des représentations attendues à Alger qui donne encore une nouvelle fois rendez-vous aux Africains pour explorer les mécanismes et actions visant à criminaliser le colonialisme et à tracer la voie des réparations pour les crimes subis par les populations des pays colonisés.
Criminaliser le colonialisme, l’esclavage, la ségrégation raciale et l’apartheid
La Conférence réunira en effet des ministres, juristes, historiens, universitaires et experts de l’Afrique, des Caraïbes et d’autres régions du monde. Objectif: consolider une position africaine unifiée sur la justice historique, les réparations, la restitution du patrimoine et la préservation de la mémoire collective.
Évènement important aussi en ce sens qu’il fait suite à la décision du Sommet de l’Union africaine adoptée en février dernier qui a endossé l’initiative du président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Cette initiative porte sur l’organisation, en Algérie, d’une conférence dédiée à la célébration et à la mise en œuvre du thème de l’année 2025, à savoir «Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine à travers les réparations».
À l’évidence, cette initiative s’inscrit dans la tradition historique de l’Algérie, qui a payé un lourd tribut au colonialisme et qui demeure profondément engagée dans la défense de la dignité, de la mémoire et des droits des peuples africains. L’Algérie œuvre ainsi à renforcer la réflexion et l’action collectives visant à criminaliser le colonialisme, l’esclavage, la ségrégation raciale et l’apartheid comme crimes contre l’humanité, conformément aux recommandations pertinentes de l’UA.
Portant haut les causes africaines au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, l’Algérie est tout indiquée pour abriter une rencontre de ce genre pour au moins deux raisons. La première a trait au fait que l’Algérie a mené une guerre de libération contre le colonialisme français couronnée par l’indépendance du pays en 1962.
La seconde renvoie à l’engagement indéfectible de l’Algérie en faveur des peuples sous occupation comme c’est le cas pour les Palestiniens et les Sahraouis. Les travaux aborderont les dimensions humaine, culturelle, économique, environnementale et juridique des crimes coloniaux. Ils mettront en relief les traumatismes intergénérationnels, la spoliation et la destruction du patrimoine culturel africain, l’exploitation des ressources et les modèles économiques inéquitables hérités du colonialisme.
Une Déclaration soumise au Sommet de l’UA
L’autre élément qui ne manquera pas d’alimenter les échanges est celui en lien avec les impacts environnementaux y compris les essais nucléaires effectués sur des populations africaines, comme les essais nucléaires français dans le sud algérien. Il sera également question des voies juridiques permettant de renforcer la criminalisation du colonialisme et d’établir un mécanisme africain permanent pour les réparations et la restitution.
A travers cette action, l’Algérie entend contribuer à renforcer l’architecture africaine de justice historique, en offrant une plateforme de dialogue de haut niveau afin de consolider la reconnaissance internationale des crimes coloniaux et de promouvoir des mécanismes concrets de réparation. La Conférence sera couronnée par l’adoption de la Déclaration d’Alger, document qui constituera une référence continentale pour la codification des crimes coloniaux, la reconnaissance de leurs impacts et l’élaboration d’une stratégie africaine de justice et de réparations.
Cette Déclaration sera soumise au Sommet de l’UA de février 2026 pour examen et adoption pour constituer un document de base devant permettre à l’Afrique de parler d’une seule voix dans la dénonciation, la condamnation des crimes coloniaux et dans la revendication portant reconnaissance et réparation.
Réaffirmant ainsi son rôle moteur et sa contribution déterminante au sein du continent, en portant haut la voix de l’Afrique et en soutenant les aspirations africaines à la justice, l’Algérie veut fédérer les actions africaines sur la voie de la souveraineté mémorielle et la consolidation d’une identité historique commune fondée sur la dignité et les valeurs de justice. La Conférence est une occasion, par ailleurs, de déconstruire les récits coloniaux et de rétablir la vérité historique.
Amirouche Yazid
