Refonte stratégique de la communication institutionnelle

Le refonte stratégique de la communication institutionnelle est une démarche saluée par les experts et les professionnels de la presse.
Le ministre de la Communication, Zoheir Bouamama, a annoncé lundi à Alger la présentation prochainement au gouvernement d’un projet relatif à la stratégie nationale de développement de la communication institutionnelle. Une démarche saluée par les experts et les professionnels de la presse nationale. Cette réforme majeure, alignée sur la vision présidentielle, marque une étape décisive dans le renforcement de la relation entre les institutions publiques et les citoyens.
Passer de la communication gouvernementale à celle de service public
Analysant les contours de ce chantier stratégique, des experts et des professionnels de l’information soulignent l’importance de la démarche. Ils estiment que la communication institutionnelle ne doit plus être perçue comme une fonction administrative, mais comme un levier nécessaire pour le renforcement de la confiance citoyenne. C’est aussi un facteur pour la promotion de l’image de l’Algérie et de la résilience face aux défis informationnels.
Samir Ardjoum, maître de conférences à l’École nationale supérieure de journalisme et des sciences de l’information (ENSJSI), salue cette initiative, considérant qu’elle arrive à point nommé dans un contexte où le pays fait face à de fortes offensives cybernétiques et informationnelles. Il affirme qu’il faut concevoir un texte opérationnel plus qu’administratif, qui doit être compatible avec la réalité du terrain. L’expert signale également que la communication institutionnelle est un levier très intéressant pour la promotion de tout ce qui se fait au niveau de l’État, regrettant le fait que beaucoup de réalisations ne soient pas si visibles dans divers supports de médias.
Il appelle donc à «passer d’une logique de communication gouvernementale à une communication institutionnelle de service public fondée sur la transparence, l’immédiateté, l’interactivité et l’information à la demande». Il ajoute que «le support numérique impose désormais sa logique et la loi à venir doit reposer essentiellement sur la communication numérique tout en veillant à la réduction du fossé digital».
L’ONJA applaudit
Le président de l’Organisation nationale des journalistes algériens (ONJA), Slimane Abdouche, inscrit, quant à lui, cette réforme dans une dynamique de coopération renforcée entre institutions et médias. «L’État s’efforce d’améliorer la communication institutionnelle afin de permettre au journaliste de délivrer une information juste et responsable au citoyen», déclare-t-il, faisant remarquer que «c’est le vide juridique qui engendre la propagation des rumeurs et des fausses nouvelles».
Abdouche insiste également sur l’importance de lutter efficacement contre la rumeur et qu’il incombe, selon lui, à la presse d’être en première ligne pour défendre l’Algérie contre les attaques multiformes. Il juge, par ailleurs, indispensable que la presse adopte une démarche «proactive» afin de relever les grands défis auxquels le pays est confronté et de promouvoir l’image de l’Algérie à l’étranger, ajoutant que «la presse algérienne dispose de compétences qu’il convient d’exploiter au mieux à cet effet».
«La communication institutionnelle revêt une importance capitale, car elle garantit une communication continue et fluide entre les institutions et les citoyens. Pour ce faire, elle doit reposer sur une planification rigoureuse», déclare tout en insistant sur la nécessité de clarifier les concepts qui lui sont liés.
«Accès à des informations fiables, exactes, précises et surtout en temps réel»
Mansour Kaddour Benattia, journaliste expert de la législation des médias, salue, lui aussi, la décision de concevoir un nouveau cadre législatif traitant de la communication institutionnelle. «Il ne s’agit plus seulement de transmettre des messages, mais de garantir aux citoyens un accès à des informations fiables, exactes, précises et surtout en temps réel», affirme-t-il. Le spécialiste signale que «le vide communicationnel est un terrain fertile pour les rumeurs et la manipulation», évoquant les «guerres informationnelles de cinquième génération» que le pays affronte actuellement.
Ces campagnes visent, prévient-il, à «fausser la réalité algérienne, altérer les contextes, semer le doute et fragiliser la confiance des citoyens envers leurs institutions». L’une des propositions les plus fortes de l’intervenant concerne l’ancrage numérique de cette nouvelle stratégie. «Aujourd’hui, presque tous les citoyens sont connectés. Le futur de la communication institutionnelle doit être à 100% numérique», préconise-t-il.
Aya Malak