Abdellah Hammadi, Chercheur, traducteur et poète

«C’est la Révolution algérienne qui m’a façonné»

Abdellah Hammadi, chercheur, traducteur et poète, revient sur son parcours et affirme : «C’est la Révolution algérienne qui m’a façonné».

Professeur d’université à la retraite, Abdellah Hammadi est une figure intellectuelle de renom. Après son obtention, en juin 1980, d’un doctorat d’État à l’Université centrale de Madrid, il fera partie du champ culturel national parmi les rares hispanophones.

Rencontré au Sila, lors d’une vente-dédicace, il évoque, dans cet entretien, son livre de mémoire «Massiratou Hayat» (parcours d’une vie) (506 pages – 2.000 DA) paru à l ‘occasion du Sila chez l’éditeur Khayal de Bordj Bou Arréridj.

Entretien réalisé par Samira Belabed 

 Pourquoi avoir rédigé vos mémoires ?

Ce sont des proches et des amis qui me tarabustaient sans cesse, estimant qu’au vu de ma longue expérience, j’avais sans doute des choses à dire et à transmettre. J’ai, en effet, publié plus de 40 livres depuis le tout premier en 1981. En plus de recueils de poésie, on trouve des études sur l’histoire de l’Andalousie, la musique Malouf à Constantine, le mouvement étudiant durant la période coloniale, des traductions de l’espagnol, notamment d’auteurs sud-américains. En 1981, après l’attribution du prix Nobel de littérature au Colombien Gabriel Garcia Marquez, j’ai aussitôt traduit un livre d’entretiens avec lui qui eut alors un grand écho et fit connaître le romancier au public algérien et même arabe qui ignorait tout de ce maître du réalisme magique dont il explique les sources dans ce livre où il se confesse devant un autre grand auteur, Plino Mendoza. Par ailleurs, j’ai occupé des fonctions au sein du ministère de l’Enseignement supérieur, dirigé l’Union des écrivains et d’autres institutions, notamment le Centre des études sur le mouvement national et la Révolution du 1er Novembre. Cela  me permet d’avoir un avis sur la vie culturelle depuis plus de 50 ans.

Comment est née votre passion pour la littérature écrite dans la langue de Cervantès ? 

J’ai étudié déjà pendant trois ans l’espagnol au lycée à Constantine, mais le tournant fut en 1973 avec mon arrivée en Espagne pour poursuivre mes études, après l’obtention d’une bourse. On me proposa d’aller où je voulais en plus.  L’Etat algérien avait amorcé une politique d’algérianisation dans l’enseignement supérieur. C’était une période de pleine effervescence, de luttes, après le coup d’État de Pinochet au Chili. On ne parlait que de ça et de l’aura du poète Pablo Neruda pour qui j’avais une grande admiration que j’ai traduite en arabe. Ce sont tous ces événements et la proximité de l’Espagne d’un point de vue historique et culturel qui m’ont entrouvert les portes d’un univers magique qui n’a pas cessé de me fasciner.

 Que retenir d’une vie et d’une carrière aussi riche?

J’ai vécu au cœur de la Révolution algérienne qui a façonné ma perception des choses. Je raconte mon enfance de privation en Tunisie où ma famille s’était installée dans le village de Krib, pas loin du Kef, après 1945. J’ai été affecté dans un collège à Béjaïa, la première ville que je vois dans ma vie où sur un immeuble, il y avait un immense drapeau algérien. On ne m’octroya pas de bourse, sous prétexte que je n’étais pas tunisien, mais le FLN vint à ma rescousse et prit en charge tous mes frais de scolarité. En mars 1961, on organisa, pour une quinzaine d’élèves algériens, une visite dans les locaux de l’État major de l’ALN Ghardimaou, la ville frontalière tunisienne. Je suis un enfant de la Révolution. Je décris tout cela, ma scolarité et le retour dans la liesse au pays, après la fin de la guerre. Dans une deuxième partie, je me attardé sur mes études à Constantine au lycée franco-musulman où un de mes camarades était Rabah Saâdane, l’entraîneur de l’équipe nationale de football, puis à Madrid. Mais de ma modeste personne, j’estime avoir relaté surtout une époque pleine de rêves et d’ambitions. J’étais enseignant au primaire à Aïn Smara puis étudiant en lettres arabes à partir de1969 et cela m’a permis de suivre l’évolution de notre société. Les mémoires au-delà de l’aspect personnel sont un témoignage sur une époque, un pays.

S.B.

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