Essor de l’édition: Une activité décentralisée 

Essor de l’édition en Algérie : de nouvelles maisons voient le jour dans tout le pays, marquant la décentralisation du livre au-delà d’Alger.

Ce qui frappe au Sila, c’est le grand nombre de maisons d’édition qui, désormais, ne se concentrent plus dans la capitale. On en recense près de 220 à l’échelle nationale

Des éditeurs présents dans presque toutes les wilayas

Aujourd’hui, presque toutes les wilayas, et parfois des localités moyennes, disposent d’éditeurs. «Dar Khayal pour l’édition et la traduction», née en 2019, a son siège et son imprimerie dans la commune de Belimour (wilaya de Bordj Bou Arréridj).

Rafik Tayebi, son responsable, lui-même poète et nouvelliste, n’est pas, dit- il, «dépaysé» et de ce fait accorderait plus de valeur au livre. Si le catalogue de Khayal semble faire la part belle à la fiction, elle est ouverte à toutes les langues et à tous les genres (poésie, études critiques…).

Un engouement pour la publication en arabe et en tamazight

Elle publie des noms consacrés comme Amin Zaoui Wassiny Laradj, Amira Hassani qui, nous disent-ils, encourage ces éditeurs mais également d’autres moins connus, comme les romanciers Fatima Brighat ou Ahmed Chakib Hadj Bekkouche qui font paraître respectivement «Tamanart» en langue arabe  et «La malédiction du Roi» en français.

Il y a surtout en langue arabe et tamazight et à un degré moindre dans les langues française et anglaise une réelle envie de publier qu’un nombre réduit d’éditeurs ne peut prendre en charge une telle demande. Surtout en matière de poésie, un genre qui trouve difficilement preneur.

Une production en forte hausse

Asma Sandjasni, qui a, dit-elle, sur le marché 12 publications, détentrice d’un magister 2 en biologie de l’USTHB a ouvert, fin 2023, «Dar Ahlam» et a déjà publié plus de 400 titres. A en croire la gérante, «de nombreux professeurs d’université confient à ces nouvelles maisons leurs recherches et travaux académiques, y compris en anglais». «C’est aux lecteurs de séparer le bon grain de l’ivraie», fait observer un éditeur qui regrette, toutefois, la complaisance flagrante, «quand on voit des éditeurs s’autoéditer ou favoriser leurs connaissances voire des membres de leurs familles».

L’un des effets immédiats de l’apparition de toutes ces maisons est avant tout l’augmentation de la production. «Grâce à elles, nous dit un membre du Syndicat national des éditeurs (Snel), voir son livre sur les étals, même avec un modeste tirage, devient un acte moins difficile et les manuscrits ne dorment pas trop dans les tiroirs». «Excellents, bons ou moins bons, la décantation se fera mais c’est un signe de bonne santé», relèvent tous nos  interlocuteurs.

De jeunes auteurs qui trouvent leur voie

Feriel Hamlat, lycéenne à Oran, passe son bac cette année. Elle a cherché un éditeur et son choix s’est porté sur «Icosium Afulay», un éditeur à Souk Ahras qui, en deux mois, a mis sur le marché son recueil de cinq récits qui se déclinent aussi en anglais.

Fahrenheit 51 à Djelfa, Qobia à Skikda, Hipporeguis à Annaba, Odyssée et El Amal à Tizi Ouzou, El Maher à El Eulma, la liste est longue.

Créer une maison d’édition, c’est d’abord une activité commerciale comme une autre. A première vue, aucune n’est spécialisée. «Nous publions tout»,  dans beaucoup de stands, hormis chez «Dar El Moutanaby» de M’sila dont les titres relèvent de la gestion financière, commerciale, du management.

Cette multiplication rappelle un peu celle des radios locales dont la première vocation est de valoriser les richesses et de faire entendre des voix inaudibles.

Un ancrage culturel et identitaire fort

C’est le cas chez Fahrenheit qui expose un livre sur la valeur des proverbes populaires chez les Ouled Nail et les mémoires du Moudjahid Abdelkader Dellaoui. Chez El Amal, de nombreuses publications portent sur l’histoire politique ou la sociologie de la région de Kabylie. Son gérant, Si Youcef, cite, entre autres, «Tizi Ouzou, histoire d’une ville», de Mohamed Attaf, et «Plantes utiles de la Kabylie», de Mohamed Amara.

Les éditions du Cheliff, qui ont permis de mieux connaître des hommes et des richesses insoupçonnés de la région, mettent en avant leur dimension nationale. Il est vrai qu’on peut à la fois être régional et national dans la mesure où «l’un, pour reprendre les tyermes d’un responsable de Dar El Houda domicilié à Aïn M’lila, ne contredit pas l’autre».

R.Hammoudi

 

 

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