Fouzia Chana, la voix des femmes du Souf

Fouzia Chana, la voix des femmes du Souf, utilise l’écriture comme un refuge et un acte de rébellion. L’autrice d’El Oued milite pour une meilleure reconnaissance et l’encadrement des jeunes autrices.

Dans l’univers de Fouzia Chana, les mots servent à la fois de refuge et d’acte de rébellion. Originaire d’El Oued, l’ancienne enseignante de langue arabe et de philosophie a toujours vécu au milieu des livres et du silence des Oasis qui l’inspirent.

Sous son apparente sérénité se cache une force tranquille, celle des femmes qui écrivent pour s’affirmer et transmettre un héritage. Son dernier recueil de poésie « Chadhaya Ghiab », publié aux éditions Hipergoïse, s’ajoute à une grande série de publications dont « Ana wala Ahad », « Aktafi » et « Akhadid Omar ». Ces écrits tout de sensibilité et de clarté transforment son quotidien en matière littéraire. « Je rêvais de devenir journaliste, mais le destin a choisi pour moi l’enseignement », confie-t-elle toute émue.

L’écriture, un refuge et une force

Cependant, l’écriture a été pour elle une compagne fidèle. « Je possède un manuscrit vieux de 20 ans où j’ai noté, chaque jour, mes expériences », dit-elle.

Ayant grandi au sein d’une famille où les lettres occupent une grande place (frère écrivain-journaliste, premier correspondant du journal Ennas à El Oued, un mari auteur de manuels scolaires), Mme Chana s’est naturellement intégrée parmi ces esprits éclairés.

Au milieu des lettres

Pendant 3 années, elle a dirigé le club de littérature « Zoubida Bachir » à la Maison de la culture de sa ville natale qu’elle n’a jamais voulu quitter, pour favoriser la lecture, les échanges et, surtout, l’expression des femmes.

Écrire est pour elle une manière de combler le vide que laissent les quelques écrivaines originaires du Sud algérien. « L’écriture féminine demeure fragile dans notre région. Les femmes ont tant de choses à exprimer, mais souvent n’osent pas le faire. On ne leur offre pas suffisamment l’opportunité », déclare-t-elle.

Combler le vide de l’écriture féminine

Pour Mme Chana, l’acte d’écrire est une affirmation de sa place dans un univers littéraire longtemps réservé aux hommes. Ses héroïnes, reflets de son propre parcours, s’affirment progressivement, refusant de se soumettre au silence imposé.

Dans ses romans et poèmes, la femme n’est pas qu’un simple personnage mais incarne le souffle vital du récit, témoin des souffrances sociales, des injustices, mais aussi de la douceur et de la résilience quotidiennes.

Mme Chana déploie une écriture authentique et dépouillée, capable de saisir les subtilités de la vie quotidienne. Cependant, elle déplore le manque d’événements culturels dédiés au livre, en dehors du Sila.

«Ne renoncez pas. Écrivez malgré les critiques»

Elle milite aussi pour une meilleure reconnaissance des autrices, surtout les jeunes qui ont besoin d’encadrement et de confiance.

« Malgré leurs erreurs, il est essentiel de les encourager plutôt que de les décourager. » Son message à leur adresse est simple et puissant: « Ne renoncez pas. Écrivez malgré les critiques. Utilisez les réseaux sociaux non pas pour subir, mais pour apprendre, partager et progresser. »

Ouverte d’esprit et se servant des réseaux, elle a noué des amitiés avec plusieurs écrivains et poètes dont Slimane Djouadi. Parlant des obstacles qu’elle rencontre, notre interlocutrice déplore que les noms connus soient privilégiés, mais Mme Chana avance sur son chemin avec humilité et détermination.

Dans le silence des dunes d’El Oued, sa plume continue d’explorer de nouveaux horizons et prolonge la voix des femmes du Sud. Son œuvre aux résonances universelles prouve que la littérature transcende les frontières chez les âmes prêtes à dépeindre le monde sous un autre jour.

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