La diaspora, creuset vivant de la création littéraire

L’Espace Panaf « Frantz Fanon » a accueilli une rencontre consacrée à la mémoire et à l’identité dans les écrits de la diaspora algérienne.
Autour du thème de la mémoire et du rapport au soi, écrivains et chercheurs ont échangé, mardi, à l’Espace Panaf « Frantz Fanon », sur la richesse et la complexité des écritures issues de la diaspora. Présidée par l’universitaire et journaliste Sabrina Fatmi, la rencontre a mis en lumière les réflexions d’Arezki Metref, d’Ibrahim Ben Youssef et d’Abdelkader Djemaï sur l’exil, la création et la transmission. Tous ont souligné que la littérature de la diaspora dépasse la nostalgie pour devenir un espace de réinvention, où la mémoire et l’identité s’écrivent au pluriel.
L’écriture comme retour vers soi
En ouverture, l’écrivain Abdelkader Djemaï a évoqué, dans une intervention, les tiraillements identitaires qui traversent l’expérience de l’exil. Pour lui, «la question que se pose généralement un auteur de la diaspora, c’est : qui suis-je ?» Dans mon pays, je ne me pose pas cette question, mais loin de chez moi et des miens, beaucoup de questions sur soi, sur la mémoire et sur mes mœurs surgissent», ajoute-t-il. La question posée d’emblée a ainsi planté le décor de la discussion : l’écriture comme retour vers soi, un espace de recomposition intérieure face au déplacement et à l’éloignement.
Pour les intervenants, la diaspora n’est pas seulement un lieu géographique, mais aussi un état d’âme. La modératrice a mis l’accent sur la nécessité de «préserver la mémoire individuelle pour résister à la dilution culturelle». Selon elle, chaque auteur porte son territoire d’origine comme une empreinte profonde, parfois douloureuse, qui façonne le rythme du récit et la texture du langage. Autrement dit, la mémoire, loin d’être passive, est un geste actif : celui de revisiter, questionner, transmettre et, parfois, contester.
Mémoire et déracinement créatif
Arezki Metref a abordé la question du déchirement identitaire avec une touche de lucidité et d’ironie. Pour lui, l’auteur déraciné navigue en permanence entre nostalgie, critique et reconstruction, et la mémoire n’est jamais intacte : elle est un matériau vivant, constamment retravaillé par le temps, les déplacements et les rencontres. Cette mobilité permanente, dit-il, « empêche toute certitude fixe » et pousse l’écrivain à interroger sans cesse ce qui le constitue.
Ibrahim Ben Youssef, installé au Canada depuis plusieurs années, a développé un point de vue sur la manière dont les diasporas en Amérique du Nord construisent leur récit identitaire. Loin de
l’imaginaire figé du pays natal, il observe l’émergence d’identités plurilingues, métissées, mais toujours attachées à une origine fondatrice.
Une diaspora créatrice et vivante
L’auteur a insisté sur le rôle des communautés expatriées dans la préservation des références culturelles et dans la transmission aux générations nées à l’étranger. L’écriture devient, dans ce contexte, un acte de continuité autant qu’un espace d’invention.
La rencontre, marquée par la diversité des perspectives, s’est achevée sur un débat fécond avec le public, composé en majorité de jeunes lecteurs, étudiants et chercheurs. Plusieurs interventions ont exprimé l’inquiétude face à la disparition possible de certains codes culturels, tout en réaffirmant la volonté d’inscrire la littérature algérienne dans une dynamique globale, ouverte et plurielle.
La diaspora, un laboratoire identitaire et littéraire
Les discussions ont mis en lumière un constat partagé : la diaspora, en dépit du déracinement, constitue un formidable laboratoire identitaire et littéraire, où s’élaborent des voix singulières, porteuses de mémoire et d’avenir.
Les participants ont souligné que ces écrits ne se limitent pas à la nostalgie, au manque ou aux frustrations. Ils peuvent être un moteur de création, une passerelle vers d’autres horizons humains et esthétiques, tout en restant ancrés dans la terre natale.
Dans l’esprit de Frantz Fanon, la culture s’affirme comme un champ de luttes et de réappropriation, dont on perçoit les signes dans la littérature de la diaspora.
Walid S.