L’IA et la création artistique: Des auteurs algériens en débattent

L’IA et la création artistique étaient au cœur d’un débat animé entre auteurs algériens, interrogeant les limites de la machine face à l’esprit humain.
Lors d’une conférence organisée dans la grande salle Assia Djebar, Amine Zaoui et Abdelwahab Benmansour ont abordé, chacun à sa manière, le thème de l’intelligence artificielle dans le monde de la création artistique.
d’une question cruciale : jusqu’où l’intelligence artificielle peut-elle intervenir dans la création artistique sans altérer la part sensible et imparfaite qui définit l’humain ? Entre fascination technologique et crainte d’une uniformisation des émotions, les deux auteurs ont livré une réflexion lucide sur les frontières à préserver entre la machine et l’esprit créateur.
L’un et l’autre ont soutenu que «l’intelligence artificielle n’égalera jamais la création humaine». Pour l’auteur de «La soumission», l’IA prend une ampleur considérable dans tous les domaines, notamment dans les études et la création. «Aujourd’hui, je ne retrouve plus aucune erreur ou faute dans les mémoires de mes étudiants», a-t-il constaté.
La perfection, ennemie de l’humain
Cette réalité l’inquiète car selon lui, cela enlève à l’humain une part essentielle de sa nature. «L’erreur fait partie de l’humain, l’erreur nous rend humains. On ne peut pas être parfait», a-t-il lancé. Zaoui arrive à imaginer que d’ici à 2050, le roman pourrait se décliner en trois catégories : celle écrite entièrement par un humain, celle générée par une intelligence artificielle et une troisième issue d’une collaboration entre les 2.
«Viendra un temps où l’écrivain deviendra un artisan, comme un artisan qui confectionne un tapis», a-t-il ajouté. Pour l’écrivain, nous ne sommes qu’aux prémices d’une intelligence artificielle qui, à la longue, pourrait dépouiller l’humain de ce qui fait sa singularité.
Le risque d’une standardisation du monde
Il a mis en garde contre un phénomène qu’il qualifie de «standardisation», un principe qui, selon lui, menace la diversité des émotions et des idées. «L’intelligence artificielle va standardiser l’être humain, nous fera penser tous de la même manière et finira par nous priver de nos sentiments», a-t-il alerté. Et d’ajouter : «Il n’y aura plus cette singularité propre à l’humain, avec ses sensations, ses émotions et sa créativité. Nous serons tous semblables, formatés par la même logique».
À travers cette réflexion, l’écrivain a exprimé son inquiétude, celle de voir la machine effacer peu à peu l’imperfection et la sensibilité, ces deux traits qui, pour lui, fondent la beauté même de la création artistique. Néanmoins, il a affirmé que l’IA ne pourra jamais égaler l’humain, car elle reste dépourvue de ce qui nous distingue fondamentalement la liberté de ressentir. «Malgré ses avancées considérables, l’IA ne pourra jamais s’approprier nos sentiments», a-t-il souligné. Selon lui, il ne s’agit pas de rejeter la technologie, mais d’apprendre à l’utiliser avec discernement. «Il est essentiel de savoir s’en servir pour qu’elle nous aide sans nous déposséder, pour qu’elle nous accompagne sans nous désidentifier»,
a-t-il précisé.
Apprivoiser la technologie sans perdre l’âme
Abdelwahab Benmansour a évoqué la poésie, ce genre littéraire où les mots naissent de la profondeur des sentiments. Selon lui, aucune intelligence artificielle, aussi sophistiquée soit-elle, ne pourra reproduire cette profondeur émotionnelle propre à la création humaine. «La poésie, c’est le battement du cœur dans les mots, c’est la vibration d’une âme. Une machine, elle, ne ressent pas», a-t-il déclaré.
Revenant lui aussi sur le phénomène de la standardisation, il a mis en garde contre une uniformisation des pensées et des sensibilités. Il a estimé que face à ce nouvel outil, l’humain se comporte encore comme un simple consommateur. «Pour apprendre à l’utiliser et apprivoiser ses dangers, il est essentiel de l’étudier», a-t-il souligné.
Pour l’auteur, la véritable intelligence reste celle du cœur, celle qui nourrit la création et l’émotion. Des aspects que, selon lui, aucune machine ne saurait imiter.
Souha Bahamid