Maître horloger: L’art de remettre les pendules à l’heure

Maître horloger, l’art de remettre les pendules à l’heure en perpétuant un savoir-faire ancestral et en faisant revivre l’histoire de chaque montre.
Dans l’une des rues les plus connues et les plus anciennes de la capitale, Bab Azzoun, se trouve un ancien horloger, qui travaille toujours des pièces antiques. Un savoir-faire artisanal qui se perpétue, faisant face à une époque où la technologie et le numérique ont pris le dessus. Sa vitrine n’est pas moderne : juste quelques étagères de fortune, sur lesquelles des montres de marque sont exposées. Les prix varient selon la qualité. Ils oscillent entre 3.000 DA et 38.000 DA la pièce.
Dès l’entrée, une légère odeur de renfermé retrace toutes les années passées dans ce local. Les murs sont ternis par le temps.
Un héritage artisanal transmis de père en fils
Le jeune Aârad, fils d’un maître horloger, se rend chaque matin à son atelier, toujours à l’heure, comme s’il répondait à l’appel des aiguilles des horloges accrochées au mur. Ce sexagénaire n’est pas seulement horloger, il est aussi le gardien de nombreux souvenirs. Sur sa table de travail, des montres de poche en laiton des années 1930 côtoient des montres-bracelets classiques que les parents offraient généralement à leurs fils pour leur réussite ou leur mariage. Chaque pièce porte une histoire, et chaque «tic-tac» raconte une époque révolue.
«J’ai appris le métier étant tout petit auprès de mon père horloger», raconte-t-il. Avec un sourire timide, il évoque la belle époque où la montre était considérée comme un véritable bijou, un accessoire de luxe qui donnait de l’allure à ceux qui la portaient avec goût. Tout en dépoussiérant une «vedette», il raconte : «Je vis au milieu des aiguilles et des rouages des horloges. Mon amour pour ce métier ne s’éteindra jamais. On aime la nouveauté, mais on ne doit pas se séparer de l’ancien», dit-il, répétant le proverbe populaire devenu sa devise.
L’atelier, refuge des nostalgiques et des collectionneurs
À l’heure où la demande de montres numériques et de smartphones est croissante, la nostalgie de l’authenticité demeure et résiste. Certains clients ont conservé leurs vieilles montres et viennent aujourd’hui les faire réparer, non pas par besoin mais par envie de revivre la douce sensation du passé.
L’atelier, avec ses murs recouverts de vieilles photos et ses tiroirs en bois remplis de petites pièces métalliques, est devenu un musée vivant. Les clients, qui viennent pour une simple réparation ou pour un réglage, plongent dans des histoires de montres de poche ou de marchands qui ont traversé la Méditerranée et conservé une montre comme chronomètre. Malgré les temps qui changent et l’émergence des montres numériques et connectées, l’atelier des «Aârad» accueille toujours régulièrement ses fidèles clients. Certains lui rendent visite depuis plus de dix ans, conservant des montres héritées de leurs parents et grands-parents, convaincus que leur véritable valeur ne réside pas dans leur prix, mais dans leur histoire. «Certains clients ne viennent pas seulement pour faire réparer une montre, mais pour s’asseoir un moment et se remémorer chaque pièce», explique le propriétaire de ce local. «Pour eux, une montre n’est pas seulement un outil pour lire l’heure». Parmi ses clients il y a également des collectionneurs d’anciennes montres classiques, à la recherche de marques célèbres comme Rolex, Omega et Longines. Ils connaissent la valeur des pièces rares et apprécient le savoir-faire artisanal qui se reflète dans les détails de leur conception.
De la montre mécanique à l’ère du numérique
L’atelier est devenu une destination incontournable pour les amateurs de ces marques, que ce soit pour restaurer leurs précieuses montres ou pour obtenir des conseils sur l’acquisition de pièces originales. Souvent, le réparateur et assistant évoque aussi des anecdotes sur les montres qui sont passées entre ses mains, encore vibrantes de vie après une touche artistique méticuleuse.
Le tic-tac des horloges dans l’atelier reste un rythme constant, reliant deux époques : un temps révolu et un temps encore fait de mains d’or qui perpétuent l’heure exacte avec cœur et précision. Pour rappel, dans les années 1950, la montre est passée à l’automatique et était portée au poignet. Suivront alors les montres électroniques, avec l’introduction du quartz dans les années 1960, un mode qui a révolutionné l’industrie en offrant une précision exacte. Depuis, la montre mécanique suscite l’intérêt des collectionneurs ou des amoureux des objets «vintage». De nos jours, la montre est portée par tous. Elle n’appartient plus à une classe sociale bien précise. C’est plus qu’un outil qui donne l’heure, mais plutôt un article gracieux qui ajoute de l’élégance et accompagne un accoutrement, au même titre qu’un bracelet en or, une bague ou même une paire de lunettes. La tendance d’une montre se distingue rapidement selon son cadre, son bracelet, ses aiguilles, sa couleur, son métal et, bien sûr, sa marque.
Avec l’évolution des écrans digitaux, mesurer le temps est devenu une tâche encore plus facile. La montre est passée de celle accrochée fièrement au mur du salon ou de la cuisine à celle portée au poignet. Avec les téléphones portables, smartphones, micro-ordinateurs ou téléviseurs, il suffit de jeter un coup d’œil pour connaître l’heure affichée constamment sur les écrans. Aujourd’hui, la montre contemporaine est juste «connectée». Le concept de l’évolution veut que celle-ci soit maniable, pratique et plus légère. Ce qui est certain, c’est que la montre a marqué son passage et sa transformation dans l’histoire de la mesure du temps. C’est plus qu’un accessoire : la montre est un besoin, et les avancées technologiques continuent de révolutionner le monde de l’industrie horlogère.
Rym Harhoura