Tizi Ouzou: Le singe magot indésirable ?

Le singe magot envahit les villages de Tizi Ouzou, créant des tensions avec les habitants. La cohabitation devient un défi face à la protection de l’espèce.

Lors de la dernière session de l’Assemblée populaire de wilaya (APW) de Tizi Ouzou, un élu indépendant, le Dr Salem Aït Ali Belkacem, a soulevé un point lié à la présence du singe magot, de plus en plus envahissante dans les villages situés dans les hauteurs de la région, une source de préoccupation pour les habitants. Selon le membre de l’APW, les populations locales interpellent les autorités publiques afin d’intervenir pour mettre fin à cette difficile cohabitation.

La coexistence difficile avec le singe magot, une espèce protégée

Plusieurs mesures ont été proposées, telle que la castration du primate, dans l’espoir de freiner sa force de propagation. Pour les services de la Conservation des forêts, «le singe magot étant une espèce protégée, il l’est par la loi et les conventions internationales ratifiées par l’Algérie». Mohamed Skandraoui, chef de service de la faune et de la flore à la Conservation locale des forêts, explique que «les singes magots et les habitants vivent une cohabitation marquée par la dégradation de l’habitat du singe due à la pression humaine (incendie, déforestation, surpâturage, voire même les constructions).

S’y ajoute la raréfaction des sources d’abreuvement pour les singes à cause notamment des captages abusifs de l’eau en haute montagne par les collectivités riveraines et le comportement inapproprié des citoyens qui les nourrissent.

Cela entraîne des problèmes et des déséquilibres du quotidien pour les singes comme l’obésité et des perturbations de leur écosystème naturel, ainsi que des tensions avec les populations locales». Des comportements qui font que le Macaca sylvanus quitte l’état sauvage et vient quémander de la nourriture auprès de l’homme. Et de conclure : «Le singe magot est une espèce en danger, et des efforts de conservation sont nécessaires pour assurer sa survie. Il figure d’ailleurs sur la liste rouge mondiale des espèces menacées établie par l’Union internationale pour la conservation de la nature et de la biodiversité (UICN)».

Les relations homme-singe un défi majeur

Aujourd’hui, les relations homme-singe deviennent un défi majeur. Les populations locales, en particulier dans les hauteurs de la wilaya, font face à des conflits avec les singes qui s’approchent des villages et des cultures pour trouver de la nourriture, ce qui influe négativement sur le comportement des uns et des autres. Dans certains villages, les vergers sont carrément dévastés par ces animaux qui non seulement cueillent les fruits, parfois pas matures, mais arrachent aussi les branchages, causant des dégâts importants. Cerisiers, poiriers, pommiers et figuiers ne résistent pas à la furie des singes qui, dans leurs déplacements entre les branches, provoquent d’importantes destructions. Des dégâts sur les réseaux électriques et téléphoniques sont également signalés. Devant cette situation, des initiatives ont été entreprises par les comités des villages, les responsables locaux et les associations, notamment écologistes, afin d’attirer l’attention des autorités sur ce fléau qui menace à la fois la nature et les citoyens.

Une étude du Parc national du Djurdjura indique que la population des singes ne dépasse pas les 5.000 individus, d’où la nécessité de protéger l’espèce pour éviter sa disparition. Les spécialistes suggèrent la préservation de l’habitat naturel des primates tout en procédant à l’élimination des décharges sauvages en périphérie de l’habitat du singe, qui leur fournissent une nourriture facile d’accès, modifient leurs comportements naturels. Il est aussi question de lutter contre le braconnage et le commerce illégal qui fait du singe un animal de compagnie, contribuant ainsi à la diminution de leur population.

 Rachid Hammoutène

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