Transfert des eaux des oueds vers les barrages : L’intelligence hydraulique à l’œuvre

Le gouvernement, sous l’impulsion du président de la République, passe à une nouvelle étape : celle de l’interconnexion entre les infrastructures hydrauliques-barrages et stations de dessalement et du transfert des des oueds vers les barrages.
Face aux défis du stress hydrique et à la rareté des précipitations, les pouvoirs publics explorent toutes les voies pour sécuriser l’approvisionnement en eau et parmi les solutions retenues, le transfert des eaux des oueds vers les barrages s’impose comme une approche pragmatique et durable.
Assurer une alimentation régulière des populations et des périmètres agricoles
Il s’agit de capter les excédents d’eau de surface, souvent perdus dans la mer, pour les rediriger vers les réservoirs existants et renforcer ainsi les réserves stratégiques du pays. Spécialiste des ressources en eau, le docteur en hydrogéologie, Malek Abdeslam, salue ce modèle dont l’efficacité et la fiabilité sont reconnues et qu’il appelle à généraliser. Il considère cette option comme «l’une des plus efficaces et des plus rationnelles à long terme». Et d’expliquer : «Dans de nombreuses régions, d’importantes quantités d’eau douce s’écoulent inutilement vers la mer. Les dériver vers les barrages permettrait d’enrichir nos réserves et d’assurer une alimentation régulière des populations et des périmètres agricoles.» Ce principe repose sur une logique d’interconnexion entre les cours d’eau naturels et les infrastructures hydrauliques. Notre spécialiste ajoute : «Les oueds sont une ressource précieuse, mais mal exploitée. En période de crue, leurs eaux peuvent être collectées et transférées vers des barrages situés en aval ou dans d’autres bassins. Cela se fait dans de nombreux pays et donne des résultats remarquables.»
L’Algérie dispose déjà de quelques expériences réussies dans ce domaine. Le transfert de l’oued Isser à travers le barrage de Beni Amrane vers celui de Keddara a prouvé son efficacité. Ce dispositif, capable d’acheminer jusqu’à 600 000 m³ par jour, a permis de stabiliser le niveau du barrage de Keddara, essentiel pour l’alimentation de la capitale et de sa périphérie. L’expert cite également d’autres initiatives encourageantes : «Dans la région d’Alger, les interconnexions entre les barrages de Hamiz, Meurad et Harrach montrent qu’il est possible d’optimiser la gestion de l’eau en exploitant mieux les apports des oueds. Ce sont des exemples concrets qu’il faut consolider et reproduire ailleurs.» Cette stratégie présente plusieurs avantages. D’abord, elle permet de mieux utiliser les ressources naturelles sans recourir à des investissements lourds. «Le transfert des eaux des oueds ne demande pas la construction de nouveaux barrages colossaux. Il s’agit d’un travail d’ingénierie fine, qui consiste à dériver les flux existants au bon moment et vers le bon endroit», explique-t-il.
Respect de la nature
Ensuite, cette stratégie offre un bénéfice environnemental indéniable. «Contrairement à certains aménagements artificiels qui bouleversent les milieux naturels, ce type de transfert ne dérange pas la nature. Il s’inspire de ses mécanismes. On copie la nature, mais on ne la dérange pas», souligne Malek Abdeslam. Cependant, le spécialiste met en garde contre un écueil : le manque de données hydrologiques précises. «Pour réussir ces transferts, il faut connaître le comportement des oueds, leurs débits, leurs variations saisonnières. Or, en Algérie, les stations hydrométriques, qui servaient à mesurer ces paramètres, ne fonctionnent plus dans la plupart des cas. C’est un handicap majeur.» Il plaide pour une remise à niveau de la connaissance du terrain et une relance de la mesure hydrologique. «L’Agence nationale des ressources hydriques doit retrouver son rôle central. C’est elle qui doit fournir les informations nécessaires pour planifier les transferts. Sans données, on travaille à l’aveuglette.»
L’expert insiste aussi sur la formation de nouvelles compétences : «Nous avons perdu beaucoup d’expertise. Les anciens ingénieurs, formés à l’époque où l’hydraulique était un pilier du développement national, sont partis. Les jeunes ne sont pas suffisamment formés aux réalités du terrain. Il faut investir dans la ressource humaine autant que dans les ouvrages.» Il considère que le transfert des eaux des oueds vers les barrages doit devenir une composante majeure de la politique hydraulique nationale. «C’est une solution naturelle, économique et durable. Elle permet de valoriser chaque goutte d’eau et de mieux équilibrer la répartition des ressources entre les régions.» Et d’ajouter : «L’Algérie a tout pour réussir cette approche : des oueds, des barrages, des ingénieurs et une volonté politique affirmée. Il suffit de planifier, d’observer et d’agir avec méthode. En récupérant l’eau des oueds avant qu’elle ne se perde, nous préparons l’avenir hydraulique du pays.»
Une option rationnelle face au stress hydrique
Le Dr Abdeslam estime que le transfert des eaux des oueds vers les barrages constitue une option moins intrusive et plus rapide à mettre en œuvre. Ce système, fait-il valoir, «ne perturbe pas l’écosystème, car l’eau suit naturellement son cours». Il rappelle que l’Algérie traverse une période marquée par un stress hydrique et thermique : «Le printemps n’a pas été pluvieux, les pluies étaient faibles et n’ont pas permis de recharger les nappes. En été, les températures ont souvent dépassé les 45°C. » Résultat : les arbres, notamment les oliviers et les orangers, ont perdu une partie de leurs fruits pour survivre. Le pays doit, selon lui, impérativement protéger son verger national en orientant les politiques agricoles vers la préservation des plantations existantes.
Malek Abdeslam estime aussi que la priorité doit aller à la réalimentation des nappes phréatiques, comme celle de la Mitidja, dont le niveau a baissé de plus de 50 m en quelques années. «Le problème n’est pas le changement climatique, précise-t-il, mais la répartition irrégulière des précipitations, typique du climat nord-africain.» Il appelle à mieux exploiter les épisodes de pluies hivernales et printanières en développant des ouvrages de captage et des mini-barrages d’infiltration, «comme cela se faisait autrefois dans la région de Blida». In fine, le Dr Malek Abdeslam estime que le transfert des eaux vers les barrages et les nappes constitue aujourd’hui une solution pragmatique et vitale pour renforcer la sécurité hydrique nationale.
A. Hamiche