Adoption à l’unanimité la loi criminalisant le colonialisme français en Algérie: Historique!

L’APN adopte mercredi à l’unanimité la loi criminalisant le colonialisme français en Algérie. «Un acte de justice et de devoir», affirme Mohamed Lahcen Zeghidi.

Une plénière historique se tient mercredi à l’Assemblée populaire nationale (APN), marquée par l’adoption du projet de loi portant criminalisation du colonialisme français en Algérie. Inscrit en priorité à l’ordre du jour, ce texte, fruit de plusieurs mois de travail parlementaire et d’un large consensus national, vise à consacrer la vérité historique, réparer les outrages subis par la mémoire collective et affirmer la souveraineté de l’Algérie sur son propre récit.

Un «serment solennel» envers les martyrs

La séance est marquée par des interventions solennelles de responsables institutionnels, de membres du gouvernement et de députés, tous unanimes à en faire un acte de justice envers les martyrs et un devoir envers les générations futures. Il faut souligner que l’événement a été couronné par une intervention mémorable de Mohamed Lahcen Zeghidi, président de la Commission présidentielle de l’Histoire et de la Mémoire, lequel reçoit, à l’occasion, des mains des chefs des groupes parlementaires, l’emblème national en reconnaissance de son engagement sans relâche pour la sauvegarde de la Mémoire algérienne. Visiblement ému, il prononce un discours dans lequel il salue ce moment historique tracé, insiste-t-il, par «le président de la République, Monsieur Abdelmadjid Tebboune».

«Que DIEU te bénisse, toi qui mérites pleinement, en ces instants», lance-t-il, répétant à plusieurs reprises: «Merci, Monsieur le Président», sous les applaudissements nourris de l’hémicycle. Pour Zeghidi, cette loi n’est ni un acte de vengeance ni une posture politique, mais un «serment solennel» envers les martyrs, les moudjahidine, les veuves et toutes les générations qui ont porté la Révolution. «Ce jour est celui de la reconnaissance. Le mois      de décembre est le mois du peuple algérien. C’est le mois du sang. C’est le mois des victoires», martèle-t-il.

Revenant sur l’élection présidentielle du 12 décembre 2019, il la présente comme «la décision d’un peuple, qui choisit un fils du peuple», soulignant que le président Tebboune «est venu avec un livre ouvert, contenant 54 articles» porteur du «1e Novembre, des martyrs, des moudjahidine, des veuves, de toute l’histoire de l’Algérie depuis 1830 jusqu’en 1962». Ce texte, affirme-t-il, est «sacré : celui de l’Algérie, de son guide, de son chef, de celui qui le concrétise: le président Abdelmadjid Tebboune».

«Quiconque porte ce drapeau ne glorifiera jamais le colonialisme»

Zeghidi rend également un vibrant hommage à l’Armée nationale populaire (ANP), la qualifiant de «première armée nationale populaire formée en juin 1830 dans la résistance contre les occupants», et rappelant son rôle fondateur dans l’arrachement de l’indépendance. S’adressant au monde entier, il lance un message sans équivoque: «Quiconque porte ce drapeau ne glorifiera jamais le colonialisme, mais le combattra partout où il se trouve». Et de fustiger ceux qui, en 2004, dans leur propre Parlement, ont glorifié et célébré le colonialisme : «Vous êtes en marge de l’Histoire».

Le discours de Zeghidi revêt également une dimension internationale, appelant les parlements africains, asiatiques et du monde entier à suivre l’exemple algérien. «La République algérienne, qui a chassé le colonialisme et en a brisé les piliers, le condamne aujourd’hui dans son propre Parlement. Nous attendons les Parlements africains, nous attendons les Parlements asiatiques, nous attendons des Parlements du monde entier qu’ils fassent preuve du même courage», déclare-t-il avec fierté.

Justice historique

Le ministre des Moudjahidine et des Ayants droit, Abdelmalek Tacherift, a défendu quant à lui avec ferveur la loi visant à criminaliser le colonialisme français en Algérie, la qualifiant d’acte de justice historique, de devoir de mémoire et de réaffirmation de la dignité nationale. Le ministre souligne que ce texte s’inscrit dans un cadre plus large : celui de la consécration de la vérité historique, de la protection de la Mémoire algérienne et du droit du peuple algérien à raconter son propre passé, «loin de tout déni ou falsification».

Il rappelle sans ambages que «durant toute son occupation, le colonialisme français a commis des violations graves, une extermination systématique, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité», ajoutant qu’il a «détruit l’homme, la terre, la Mémoire et l’identité». Pour lui, la moindre des choses que dicte le de voir de mémoire, de conscience, de justice et de respect des droits de l’homme est que la France «assume pleinement sa responsabilité historique, reconnaisse ses crimes et présente des excuses conformément aux dispositions de ce projet de loi». Il insiste sur la nécessité de «dénoncer haut et fort ces actes infâmes, sans jamais leur accorder la moindre légitimité ni justification».

Tacherift met également en avant la dimension prospective du texte, soulignant qu’il ne s’agit pas seulement de sanctionner le passé, mais de poser les fondations d’une relation internationale fondée sur «la vérité et le respect mutuel», et non sur «l’occultation de la Mémoire ni le déni de l’Histoire». Il salue la maturité du débat parlementaire, qui reflète, selon lui, «la conscience collective d’une nation fidèle à ses racines et à ses martyrs». En conclusion, il réaffirme que la ratification de ce texte par les députés constitue un engagement solennel en faveur de la Mémoire, de la vérité et de la dignité nationale, s’inscrivant dans un «parcours national responsable qui ne réduit pas le passé à une querelle, mais le réhabilite comme acte de loyauté envers la vérité et la justice historique».

Le coordinateur de la commission ayant élaboré cette proposition de loi a souligné, quant à lui, le caractère historique de ce texte, le qualifiant de «deuxième indépendance» pour l’Algérie. Il a également remercié le président de l’APN, les auteurs des initiatives législatives précédentes, ainsi que l’ensemble des acteurs ayant accompagné les travaux, affirmant que ce texte incarne la volonté d’une nation «libre, fière et altière», fidèle à ses principes et à son Histoire.

«Le temps de la tutelle est révolu»

Le président de la commission de la défense affirme que ce texte marquait une étape décisive dans la quête de justice historique et la préservation de la Mémoire algérienne. «Notre vote aujourd’hui sur la loi visant à criminaliser le colonialisme constitue une étape historique pour affirmer la responsabilité juridique et morale de la France quant à ses crimes», déclare-t-il, soulignant que ce texte consacre le principe de la justice historique, rétablit la dignité du peuple algérien et protège la mémoire collective contre toute tentative de falsification ou d’oubli.

Pour le président de la commission, ce vote envoie un message clair certifiant que «l’Algérie demeure inébranlable dans sa défense de la souveraineté nationale, fidèle aux sacrifices de ses martyrs, et catégoriquement opposée à toute forme d’injustice ou de domination étrangère. «Je le dis haut et fort, le temps de la tutelle est révolu», martèle-t-il. Insistant sur la dimension éthique et non punitive de cette démarche, il a précisé: «Nous ne demandons pas vengeance, mais justice, en tant que détenteurs du droit». Il rappelle que l’Algérie assume désormais pleinement son rôle d’acteur de son propre récit historique: «C’est à nous d’écrire l’Histoire, c’est à nous de fixer les termes».

Refusant tout compromis entre victime et bourreau, il a affirmé avec fermeté que l’Algérie n’accepterait jamais la glorification du colonialisme, «sous quelque appellation que ce soit, ni sa promotion sous quelque forme que ce soit». Ce texte, conclut-il, est bien plus qu’une loi: «C’est notre serment aux martyrs. C’est un legs sacré à nos générations futures, pour qu’elles sachent que leurs aïeux n’ont pas seulement libéré la terre par les armes, mais l’ont aussi consolidée par le droit et la vérité».

Aya Malak

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