Des cinéastes en parlent: Entre urgence créative et refondation structurelle

Des cinéastes algériens appellent à une refondation structurelle du cinéma, alliant urgence créative et soutien aux talents pour un renouveau durable.
À l’heure où le cinéma algérien cherche à renouer durablement avec son public et retrouver une dynamique créative à la hauteur de son histoire, la parole des praticiens demeure un baromètre essentiel. Scénaristes et cinéastes, au cœur du processus de création, observent avec lucidité les fragilités d’un secteur en quête de souffle, mais aussi les opportunités qu’offre un contexte marqué par une volonté affichée de réforme. C’est dans cet esprit que s’inscrit la récente rencontre consultative initiée par la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, un rendez-vous dont la portée se mesure d’abord à l’aune des attentes exprimées par les professionnels eux-mêmes.
Pour le scénariste Mourad Ouabas, la crise du cinéma algérien n’est ni conjoncturelle ni uniquement budgétaire. Elle est, avant tout, structurelle et narrative. Selon lui, le scénario demeure le parent pauvre de la chaîne de production, souvent sacrifié au profit de considérations administratives ou logistiques. « Tant que l’écriture ne sera pas reconnue comme le socle de toute œuvre cinématographique, nous continuerons à produire des films fragiles, déconnectés du public », estime-t-il.
Le scénario au cœur de la relance cinématographique
Le scénariste plaide pour une véritable politique de soutien à l’écriture, intégrant des résidences, des ateliers permanents et un accompagnement professionnel, notamment pour les jeunes auteurs. À ses yeux, l’innovation ne peut émerger sans un espace de liberté créative, ni sans une reconnaissance claire du temps long que nécessite l’élaboration d’un récit solide.
Le cinéaste Ali Mouzaoui partage ce diagnostic, tout en élargissant la réflexion à l’écosystème global du cinéma. Il souligne l’urgence de repenser les modes de production et de diffusion, dans un monde où les technologies numériques ont profondément transformé les pratiques.
Intégrer les technologies pour moderniser le cinéma
« Le cinéma algérien ne peut plus fonctionner selon des schémas anciens. Il doit intégrer pleinement les outils contemporains, non seulement pour réduire les coûts, mais aussi pour améliorer la qualité esthétique et technique des œuvres », affirme-t-il. Pour Mouzaoui, l’avenir du secteur passe également par une meilleure articulation entre cinéma et audiovisuel, ainsi que par l’émergence de sociétés spécialisées dans la postproduction et les effets visuels, capables de retenir les compétences locales souvent contraintes à l’exil.
Ces préoccupations ont trouvé un écho particulier lors de la rencontre tenue au siège du ministère de la Culture et des Arts, le 16 décembre à Alger. La ministre Malika Bendouda y a reçu un large panel d’artistes, de producteurs et de professionnels du 7e art, dans le cadre d’une série de rencontres consultatives visant à établir une vision partagée pour la relance de l’industrie cinématographique nationale.
Un dialogue global sur l’ensemble de la chaîne cinématographique
Les échanges ont porté sur l’ensemble de la chaîne de valeur du cinéma, de la formation à la diffusion, en passant par le financement, l’exploitation des salles et l’intégration des nouvelles technologies.
La question du soutien à la jeunesse créative a occupé une place centrale dans les débats. Les participants ont insisté sur la nécessité de mettre en place des mécanismes spécifiques en faveur des premiers films et des producteurs émergents, afin de renouveler les regards et d’encourager la prise de risque artistique.
La parole des créateurs au centre du débat
La rencontre a également été marquée par la présence de figures reconnues du cinéma algérien et africain, dont l’acteur Idir Ben Aibouch, récemment distingué par un prix continental, ainsi que plusieurs réalisateurs, scénaristes et experts techniques. Tous ont convergé vers un constat commun : sans une coordination étroite entre les différents acteurs du secteur et sans une vision à long terme, les réformes resteront lettre morte.
Au-delà des annonces et des intentions, ce rendez-vous aura surtout permis de remettre la parole des créateurs au centre du débat. Les analyses rappellent, avec force, que la relance du cinéma algérien ne saurait se limiter à des ajustements techniques ou financiers.
Elle exige une refondation profonde où l’écriture, l’innovation et la confiance accordée aux talents, notamment jeunes, constituent les piliers d’un renouveau durable. La poursuite annoncée de ces rencontres consultatives sera, à ce titre, scrutée avec attention par un milieu en attente d’actes à la hauteur des discours.
Walid Souahi