Festival national du théâtre professionnel au TNA

Regards croisés de praticiens

Le Festival national du théâtre professionnel réunit praticiens et jeunes talents au TNA pour des regards croisés sur la création et la transmission artistique.

À l’heure où le théâtre algérien s’apprête à vivre une nouvelle séquence artistique marquée par une forte concentration de créations et de rencontres professionnelles, deux voix reconnues du milieu théâtral, Djamel Guermi, directeur artistique du Théâtre national algérien (TNA), et Abdelhamid Rabia, metteur en scène, dramaturge et comédien, livrent une analyse lucide et engagée de l’état actuel de la scène nationale. Au-delà des chiffres, des dates et des programmes, leurs propos interrogent le sens même de l’acte théâtral, sa place dans la société et les défis auxquels font face les artistes aujourd’hui.

«Le théâtre algérien a toujours été un théâtre de questionnement»

Pour Djamel Guermi, le théâtre ne peut être réduit à une simple succession de spectacles. «Ce qui importe aujourd’hui, ce n’est pas uniquement la quantité de productions, mais leur capacité à dialoguer avec le réel», affirme-t-il. Selon lui, le théâtre algérien traverse une phase charnière où la professionnalisation accrue doit impérativement s’accompagner d’une exigence artistique et intellectuelle. «Nous avons des comédiens, des metteurs en scène et des techniciens de haut niveau. Mais le véritable enjeu réside dans la cohérence des projets, dans la vision que chaque création porte sur le monde qui l’entoure», souligne le directeur artistique du TNA.

Il insiste également sur la nécessité de préserver la scène comme un espace de liberté. «Le théâtre est, par essence, un lieu de confrontation des idées. Il doit rester un territoire où l’on ose questionner, déranger parfois, sans céder à la facilité ni à la complaisance», estime Djamel Guermi, pour qui la diversité des écritures et des formes scéniques constitue une richesse qu’il convient de protéger.

De son côté, Abdelhamid Rabia porte un regard tout aussi exigeant, mais davantage centré sur la responsabilité de l’artiste face à son époque. «Le théâtre algérien a toujours été un théâtre de questionnement. Aujourd’hui encore, il est appelé à interroger les fractures sociales, la mémoire, les violences symboliques et réelles», explique-t-il.

Transmission et dialogue entre générations

Pour le metteur en scène, le retour de thématiques fortes sur scène témoigne d’un besoin profond de sens. «Lorsque les textes abordent des sujets sensibles, parfois douloureux, ce n’est pas par provocation, mais par nécessité artistique et humaine», précise-t-il.

Abdelhamid Rabia met également en avant l’importance de la transmission. «Nous ne pouvons pas penser l’avenir du théâtre sans réfléchir à la formation, à la critique et à l’accompagnement des jeunes artistes. Le regard critique est indispensable pour éviter l’autosatisfaction et la répétition des mêmes schémas», affirme-t-il, soulignant le rôle crucial des espaces de débat et d’échange entre professionnels.

Ces 2 lectures, bien que singulières dans leurs approches, se rejoignent pleinement dans l’esprit du Festival national du théâtre professionnel qui se tiendra du 22 décembre au 1er janvier prochain, et conçu comme un espace de confrontation artistique et de dialogue entre générations, esthétiques et visions du monde.

«Le théâtre n’est pas un luxe, c’est une nécessité culturelle»

Le festival apparaît ainsi comme un prolongement naturel des préoccupations exprimées par Djamel Guermi et Abdelhamid Rabia : un cadre où la scène devient un lieu de passage, de remise en question et de partage, fidèle à sa vocation de miroir critique de la société et de laboratoire d’expérimentation artistique.

Les 2 hommes s’accordent, enfin, sur un point essentiel : le théâtre doit rester un art de proximité. Pour Djamel Guermi, «la scène crée un lien direct, presque charnel, entre l’artiste et le spectateur. C’est cette relation vivante qui fait la singularité du théâtre par rapport aux autres formes d’expression». Abdelhamid Rabia abonde dans le même sens : «Le théâtre réduit les distances, non seulement géographiques, mais surtout humaines. Il permet de se reconnaître dans l’autre, de partager une émotion collective».

Dans un contexte marqué par des mutations rapides des pratiques culturelles et par la concurrence d’autres formes de divertissement, ces professionnels appellent à une revalorisation du théâtre comme espace de réflexion et de citoyenneté. «Le théâtre n’est pas un luxe, c’est une nécessité culturelle», conclut Djamel Guermi. Une conviction que partage Abdelhamid Rabia pour qui «chaque représentation est un acte de foi dans l’intelligence du public».

Walid Souahi

 

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