Le théâtre algérien entre 1973-1980: Une décennie d’innovation et de mémoire

Le théâtre algérien entre 1973 et 1980 a connu une décennie d’innovation, marquée par de nouvelles générations et la préservation de sa mémoire.

Une table ronde s’est tenue, jeudi matin, à la salle Hadj-Amer du théâtre national Mahieddine Bachtarzi, dans le cadre du Festival national du théâtre professionnel. Cette rencontre a réuni dramaturges, critiques et professionnels du 4e art autour d’un thème central, l’histoire du théâtre algérien, avec un éclairage particulier sur la période 1973–1980, marquée par l’émergence d’une nouvelle génération de comédiens qui a profondément influencé l’évolution de la scène théâtrale nationale.

La rencontre a été modérée par le dramaturge et metteur en scène Ziani Chérif Ayad, qui a d’emblée souligné que l’histoire du théâtre algérien reste encore à écrire. «Nous avons une histoire de notre théâtre, mais nous ne l’avons pas encore écrite», a-t-il affirmé. Selon lui, les archives constituent bien plus que de simples documents ou ouvrages poussiéreux. Le manque d’archivage des réalisations théâtrales a, au fil du temps, entraîné la perte d’une part importante de cette mémoire artistique. Un documentaire projeté à cette occasion est revenu sur les efforts du Centre national des archives du théâtre algérien, présenté comme un musée qui regroupe des documents précieux, des pièces théâtrales, des costumes et accessoires. Le dramaturge a, toutefois, précisé que le travail des directeurs des théâtres régionaux repose également sur la collecte et l’archivage des documents retrouvés au sein de leurs établissements.

«Grande période du théâtre algérien»

Revenant sur la période 1973–1980, Ayad l’a qualifiée de «grande période du théâtre algérien». Il a estimé que la qualité du travail théâtral s’est progressivement affaiblie, en raison notamment de la disparition de plusieurs métiers essentiels qui entouraient la création scénique, tels que les habilleurs, costumiers, cordonniers du théâtre ou encore les accessoiristes. Pour le dramaturge, ce constat favorise la nécessité de s’appuyer sur les archives et de constituer un véritable répertoire théâtral. «À l’époque, Kateb Yacine pensait déjà à le faire», a-t-il rappelé. Un tel répertoire permettrait, selon lui, de regrouper les grandes figures de la dramaturgie algérienne afin d’approfondir leurs expériences et de les transmettre aux nouvelles générations qui à leur tour proposeront une lecture renouvelée.

Le journaliste, dramaturge et critique de théâtre Bouziane Benachour a, pour sa part, évoqué l’émergence de nouvelles figures théâtrales durant ces années, issues de l’Institut supérieur des métiers des arts du spectacle et de l’audiovisuel (ISMAS). Ces jeunes créateurs, fraîchement diplômés, ont progressivement trouvé leur place sur les planches à travers des sujets audacieux. Ils ont contribué à l’émergence d’un théâtre plus ouvert aux questions sociales, politiques et idéologiques. «Ils proposaient des traductions d’autres pièces et portaient une vision plus moderne, en abordant des thématiques proches de la société», a-t-il expliqué.

Œuvres marquantes de la nouvelle génération

Abdelhamid Rabia, comédien de cette nouvelle génération innovante, est revenu, dans le détail, sur le travail accompli durant ces années. «Nous avons travaillé sur 19 pièces que nous avons enregistrées à la Télévision algérienne», a-t-il précisé. Parmi les œuvres marquantes de cette période, il a cité notamment «Ah ya Hassan», «Takhti Rassi», «El Mawlid», «InssanTayeb».

Pour évoquer le contexte des réformes et des mouvements sociaux dans lequel s’inscrivait le théâtre algérien, le chercheur Kamel Chirazi a affirmé que celui-ci reflétait les orientations politiques et idéologiques officielles de ces années. «Le fil conducteur de cette période était la représentation de la lutte et des aspirations du citoyen algérien, dans le but de transmettre des valeurs telles que l’équité et la justice», a-t-il expliqué. Selon lui, l’attention était portée sur les phénomènes sociaux vécus, et les pièces abordaient des situations problématiques pour faire réfléchir le public, en utilisant un langage simple et proche de l’oralité.

Souha Bahamid

 

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