«Lear, roi des sculpteurs» au TNA

Une relecture naïlie de Shakespeare saluée au FNTP

«Lear, roi des sculpteurs» au TNA: une relecture naïlie de Shakespeare saluée au 18e Festival national du théâtre professionnel (FNTP).

Présentée jeudi dernier sur la scène du Théâtre national algérien Mahieddine Bachtarzi, la pièce «Lear, roi des sculpteurs», production du Théâtre régional de Djelfa, a marqué l’une des soirées les plus remarquées du 18e Festival national du théâtre professionnel (FNTP). Inspirée du célèbre roi Lear de William Shakespeare, portée par le texte de Youssef Hassan et la mise en scène d’Aymen Abdelhamid Fites, elle a suscité un vif intérêt auprès du public, venu nombreux assister à cette proposition théâtrale audacieuse inscrite dans la compétition officielle du festival.

Dès la levée de rideau, le spectacle impose une ambiance singulière, où la tragédie shakespearienne se trouve transposée dans un univers local profondément ancré dans le patrimoine de la région steppique. Le choix de replacer le destin du roi Lear dans un contexte inspiré de la culture naïlie confère à l’œuvre une nouvelle épaisseur symbolique, sans jamais trahir la force dramatique du texte original. Le personnage de Lear, devenu roi des sculpteurs, évolue dans un monde façonné par la matière, le geste et la transmission, autant de métaphores qui dialoguent avec les thèmes universels du pouvoir, de la filiation et de la vérité.

Une esthétique au service du drame

Fruit d’une collaboration entre le Théâtre régional Ahmed Benbouzidde Djelfa et l’Institut supérieur des métiers des arts du spectacle, cette production témoigne d’un travail collectif rigoureux, tant sur le plan dramaturgique qu’esthétique. Les comédiens livrent sur scène des performances maîtrisées, incarnant avec intensité des personnages complexes, pris dans l’engrenage des choix irréversibles et des conflits moraux. Leur jeu, à la fois physique et intériorisé, contribue à donner chair à cette tragédie revisitée, où la parole shakespearienne se mêle harmonieusement à des expressions culturelles locales.

La scénographie, sobre mais évocatrice, accompagne cette démarche de réappropriation. Les éléments visuels et sonores puisent dans l’imaginaire du terroir naïli, notamment à travers l’utilisation de symboles artisanaux, de rythmes et de textures qui rappellent l’environnement steppique. Cette dimension patrimoniale ne se limite pas à un simple décor: elle devient un langage scénique à part entière, renforçant la portée du propos et ancrant le drame dans une réalité algérienne reconnaissable.

Une vision artistique affirmée

À la mise en scène, Aymen Abdelhamid Fites signe une lecture précise et contemporaine du mythe de Lear. Récompensé en 2025 par le prix du président de la République Ali Maâchi pour les jeunes créateurs, dans la catégorie arts du théâtre, le metteur en scène confirme ici une vision artistique affirmée. Son approche met l’accent sur la confrontation entre pouvoir et vérité, montrant comment les décisions de Lear, guidées par l’orgueil et l’illusion, façonnent inexorablement le destin des siens. Le spectacle interroge ainsi la responsabilité du dirigeant et le prix à payer lorsque l’autorité se détourne de la sagesse.

Présentée en marge des différentes représentations programmées au FNTP, «Lear, roi des sculpteurs» s’inscrit pleinement dans l’esprit du festival, qui se veut un espace de dialogue entre les formes théâtrales, les générations et les territoires. En proposant une relecture locale d’un classique universel, la troupe de Djelfa rappelle que le théâtre algérien contemporain sait puiser dans le patrimoine mondial tout en affirmant sa propre identité esthétique et culturelle.

À l’issue de la représentation, les applaudissements nourris du public du TNA ont confirmé l’écho favorable rencontré par cette création. Une reconnaissance qui vient souligner la vitalité du théâtre régional et son rôle essentiel dans le renouvellement de la scène nationale, à l’heure où le FNTP continue de s’imposer comme un rendez-vous incontournable du 4e art en Algérie.

Walid Souahi

 

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