«Roqia» officiellement sur les grands écrans 

«Roqia», le film d’horreur de Yanis Koussim, officiellement sur les grands écrans d’Alger, d’Oran et de Constantine.

Couronné de plusieurs prix nationaux et internationaux, ce long métrage est une œuvre intense, un film secouant qui soulève de nombreuses interrogations à travers une mise en scène éprouvante. Son atmosphère pesante laisse une trace indélébile dans les esprits.

Pour de nombreux spectateurs, il s’agit avant tout d’une expérience sensorielle et mentale. Dès les premières minutes, le réalisateur entraîne le public dans un vertige collectif : celui d’un homme, d’un pays et d’une société entière qui croit avoir enfoui son passé, alors que celui-ci remonte inévitablement à la surface. L’histoire se déploie à travers 2 récits parallèles, entremêlés de flashbacks qui ramènent aux années 1992-1993. Ahmed, interprété par Ali Namous, est ce père de famille qui a survécu à un grave accident de voiture, mais qui en ressort amnésique, le visage entièrement bandé. Une apparence qui ne rassure pas son plus jeune enfant et le plonge dans une peur bleue.

Un passé oppressant et une mémoire intrusive

Sous ces bandages, le spectateur découvre peu à peu un homme aux multiples visages. Ahmed est un père, un ami, un mari, un voisin. Pourtant, au fil du récit, une autre réalité se dessine, plus sombre et plus dérangeante. Ahmed n’a pas seulement été un homme ordinaire ; il a aussi pu être, à un moment de son histoire, un bourreau.

Chaque nuit, des figures mystérieuses apparaissent, accompagnées de litanies murmurées dans une langue inconnue. Elles le hantent, le poursuivent et agissent comme une mémoire intrusive, venue lui rappeler une vérité qu’il tente, consciemment ou non, d’effacer. Le passé s’impose alors comme une présence oppressante, transformant son oubli en une illusion fragile.

En parallèle, le film explore le destin de ce raqi (cheikh), exorciste respecté, longtemps perçu comme le sauveur de nombreuses âmes, avant de sombrer progressivement dans la démence et la maladie d’Alzheimer. Son disciple, interprété par Akram Djeghim, redoute que cette perte de mémoire et ce déclin mental ne réveillent un mal ancien, enfoui mais jamais effacé.

Entre horreur psychologique et traumatisme collectif

Malgré ses tentatives désespérées de préserver son maître, la destruction de cette mémoire spirituelle se transforme peu à peu en un vecteur de peur, capable de se transmettre et de contaminer les nouvelles générations. Ce basculement, à la fois personnel et collectif, installe une tension permanente. Celui qui protégeait, autrefois, devient progressivement une source de danger et une menace.

Entre l’horreur psychologique, le thriller et le drame existentiel, Roqia entremêle les fils du passé à ceux du présent où la mémoire, la foi et l’identité se mélangent et s’entrelacent. Le long métrage déploie ainsi une métaphore de la décennie noire, un traumatisme collectif qui, loin de se dissiper avec le temps, continue de hanter les générations actuelles. À travers ces récits parallèles, Koussim invite à une réflexion profonde sur l’oubli et la résurgence du mal, une quête de rédemption qui se heurte à la réalité d’un passé refusant de s’effacer.

Souha Bahamid

 

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