3.000 MW solaires en 2026: Le photovoltaïque pour desserrer l’étau du gaz

Avec la production de 3.000 MW solaires en 2026, le photovoltaïque permettra de desserrer l’étau du gaz en Algérie.
La mise en service, à partir de l’année 2026, des centrales solaires photovoltaïques totalisant 3000 mégawatts (MW) marquera un tournant dans la politique énergétique nationale, en libérant plus de 4 milliards de m de gaz naturel jusque-là brûlés pour produire de l’électricité.
Mise en service de la centrale de Sidi Saâd fin mai 2026
Les quantités de gaz économisées devraient être redirigés vers des marchés internationaux en forte demande et consolidera ainsi le programme algérien qui vise 15 GW de capacités renouvelables à l’horizon 2035, dont le solaire constitue la colonne vertébrale. C’est ce qu’a expliqué le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, lors de sa visite récente à Laghouat, où il a inspecté le chantier de réalisation de la centrale solaire photovoltaïque de Sidi Saâd, d’une capacité de production de 200 MW, et dont la mise en production est annoncée pour la fin du mois de mai de l’année prochaine (2026).
Cette centrale devrait être l’une des dernières à entrer en fonctionnement dans le cadre du premier lot de 15 stations solaires, représentant 2.000 MW sur les 3.000 MW prévus dans la phase initiale du programme, les autres chantiers affichant des délais de réalisation de 10 à 14 mois. Il faut rappeler que ce premier palier de 3000 MW s’insère dans un plan de déploiement par étapes, piloté notamment par Sonelgaz, qui doit porter à 15 GW les capacités en énergies renouvelables à l’horizon 2035, avec une montée en cadence progressive des mises en service entre 2023 et 2028.
Part des renouvelables près de 30% du mix électrique d’ici 2035
Une fois ce volume installé, les pouvoirs publics évaluent à 6 à 8 milliards de m3 par an les économies de gaz naturel réalisables, un gain supérieur à celui attendu de la seule première tranche de 3.000 MW et qui illustre l’ampleur des enjeux financiers et géopolitiques associés à la transition énergétique algérienne. Le dernier bilan du ministère des Hydrocarbures et des Mines révèle d’ailleurs une hausse de la consommation nationale d’énergie de l’ordre de 3,8% en 2024, avec une prédominance du gaz naturel à hauteur de 58%.
C’est pourquoi le gouvernement veut inverser cette dynamique en faisant passer la part des renouvelables à près de 30% du mix électrique d’ici 2035, contre une situation actuelle où plus de 99% de l’électricité est issue du gaz. Dans cette perspective, chaque mégawatt solaire raccordé au réseau est considéré comme un levier pour réduire la pression sur les gisements gaziers et préserver une source d’exportation stratégiquement vitale.
Un ensoleillement moyen de 3.000 heures par an
L’Algérie dispose, faut-il le souligner, de ressources solaires parmi les plus généreuses au monde, avec un ensoleillement moyen dépassant 3.000 heures par an sur de larges bandes du territoire, ce qui confère au photovoltaïque un potentiel de production particulièrement élevé. Fin 2023, la capacité photovoltaïque installée restait modeste, autour de 436,8 MW, dont l’essentiel raccordé au réseau, même si les récents appels d’offres et projets en cours doivent permettre de franchir rapidement la barre des 4 GW. Les programmes «2.000 MW» et «Solar 1.000 MW», complétés par d’autres projets, doivent alimenter cette montée en puissance et densifier la présence du solaire sur l’ensemble du territoire.
Dans ce mouvement, le complexe de 21 centrales photovoltaïques en voie de réalisation occupe une place singulière, avec une capacité cumulée de 3200 MW qui doit porter, à terme, les capacités renouvelables nationales au-delà de 4.000 MW. Certaines de ces centrales, installées dans des régions comme Biskra, Ouled Djellal, Laghouat ou Béchar, avancent rapidement et préfigurent un maillage énergétique où les zones sahariennes deviendront des pôles de production électrique tournés autant vers l’intérieur du pays que vers l’exportation.
Cette géographie solaire redessine la carte énergétique nationale, en transformant des espaces longtemps perçus comme périphériques en plateformes industrielles de la transition. En fait, les pouvoirs publics ne limitent pas l’ambition du solaire à la seule satisfaction des besoins domestiques, puisque le programme est pensé comme la base d’une future industrie de l’hydrogène vert et d’exportation d’électricité verte vers l’Europe. La phase d’identification des sites destinés aux unités de production de la «molécule verte» doit démarrer dès l’année prochaine, dans le cadre de l’Alliance Algérie-UE pour l’hydrogène, avec en ligne de mire le SoutH2 Corridor qui prévoit le transport de plusieurs millions de tonnes d’hydrogène par an vers l’Europe centrale.
Lyes Mechti