Campagne sur l’affichage des prix: Peu d’impact sur le terrain

Peu d’impact sur le terrain suite à la campagne sur l’affichage des prix. Le ministère a opté pour la sensibilisation des commerçants jusque-là.
Le non-respect de l’affichage des prix des fruits et légumes en particulier est un phénomène qui perdure depuis des années en dépit de la réglementation en vigueur. Jusqu’à la décision, dernièrement, de recourir aux sanctions financières, les hautes autorités chargées de cette question ont toujours privilégié la voie souple pour inciter les commerçants à se plier à cette obligation.
Une campagne de sensibilisation tout le mois d’octobre 2025
Le ministère du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national a opté, en effet, pour la sensibilisation plutôt que pour la répression pour atteindre ce but. Et ce, en lançant tout au long du mois d’octobre une campagne de sensibilisation nationale auprès de différents commerces où l’absence de l’affichage des prix est une pratique courante, ouvrant ainsi le champ à la spéculation et à l’arnaque dont les consommateurs peuvent être victimes.
Ce sont, en effet, d’après le président de l’Association des commerçants et des artisans (ANCA), Hadj Tahar Boulenouar, les principales conséquences du non-respect de l’affichage des prix. «Quand il y a un manque de transparence dans les prix, certains commerçants peuvent s’adonner à des pratiques frauduleuses. Effectuer, par exemple, des transactions d’achat avant que les clients ne connaissent les prix des produits ou bien augmenter les prix en fonction de l’apparence des acheteurs. En fait, ne pas afficher les prix leur donne l’occasion de tirer le maximum de gains», déplore-t-il.
Les prix changent au quotidien
Quant aux marchands qui boudent l’affichage sous prétexte que les prix changent au quotidien, Boulenouar leur donne à moitié raison. «Les prix des fruits et légumes, contrairement à ceux des autres types de produits alimentaires, changent au quotidien en fonction de la saison et de la disponibilité. Mais ce n’est pas une raison pour enfreindre la loi», souligne-t-il, évoquant, par ailleurs, certains comportements observés chez les consommateurs qui incitent d’une façon indirecte au non-respect de l’affichage des prix.
«Beaucoup de consommateurs ne font pas la distinction entre les produits de 1e, de 2e et de 3e choix. C’est un baromètre qui est appliqué partout dans le monde pour démontrer que chaque qualité a son prix. Il est clair qu’un produit agricole du jour, donc plus frais, est plus cher que celui de la veille. Mais la plupart des consommateurs ne comprennent pas cela, optant automatiquement pour ce qui est moins cher, poussant ainsi certains marchands, dont les produits sont plus chers en raison de leur qualité, à ne pas afficher leurs prix», renchérit-il.
Une responsabilité partagée
Ce que confirme le directeur exécutif de la Fédération algérienne des consommateurs (FAC), Mohamed Toumi. «La non-application de l’affichage des prix est une responsabilité partagée entre les commerçants et les consommateurs. Nous notons un manque de culture des 2 côtés. Les consommateurs n’ont pas cette culture de dénoncer le non-respect de l’affichage. Du côté des commerçants, nous avons constaté que 10% seulement appliquent l’affichage», dit-il.
Et d’ajouter: «Lors de la campagne de sensibilisation lancée par le ministère du Commerce à laquelle ont participé les associations des commerçants, des consommateurs et des inspections de contrôle, nous avons remarqué qu’en dépit des explications fournies et des mises en garde contre l’infraction de l’affichage des prix, les commerçants récidivaient dès le lendemain»
Il y a une sentence: «Il faudra penser à appliquer les sanctions». Mais Boulenouar affirme que même si les commerçants ne sont pas encore nombreux à respecter l’affichage des prix, elle a permis à certains d’entre eux de mieux se familiariser avec la loi. «La tutelle doit poursuivre cet effort de sensibilisation et d’information avant de passer à la manière forte. L’instauration de la culture d’affichage des prix est une opération qui prend du temps», conclut-il.
Ce que risquent les commerçants
Les commerçants qui ne respectent pas l’affichage des prix risquent des sanctions administratives et financières. «Si le commerçant récidive en dépit des avertissements de la part des contrôleurs, il risque la fermeture de son local», indique Hadj Tahar Boulenouar, président de l’ANCA. Mais avant d’en arriver là, précise Mohamed Toumi, directeur exécutif de la FAC, «le commerçant aura d’abord à honorer des amendes de 50. 000 à 300. 000 DA». «Si des sanctions sont à appliquer, il faudra que ce soit au cas par cas. Les commerçants qui n’affichent pas les prix pour pratiquer la concurrence déloyale et ceux qui ne le font pas par ignorance ne peuvent pas être sanctionnés de la même manière», estime Boulenouar.
Farida Belkhiri