Le triptyque de la transition énergétique

Le triptyque de la transition énergétique compte l’efficacité, la consommation rationnelle et la souveraineté productive, selon Djamel Boudour, ingénieur pétrolier.
La transition énergétique n’est pas un sujet d’ordre environnemental, c’est un projet de souveraineté algérienne qui impose de repenser la façon de produire tout en agissant sur l’efficacité énergétique dans tous les secteurs concernés. Cette dynamique impose, également, une consommation rationnelle de l’énergie et requiert des équipements énergétiques conformes aux normes internationales.
Le renouvelable, axe majeur de la transition énergétique
C’est ce qui ressort des interventions des conférenciers ayant pris part, dimanche, à une conférence sur «la transition énergétique et l’innovation au service de la production algérienne», organisée dans le cadre de la 33e Foire de la production algérienne qui se tient du 18 au 27 décembre au Palais des expositions des Pins maritimes à Alger. Djamal Boudour, ingénieur pétrolier au sein du groupe Sonatrach, souligne l’impératif de concevoir la transition énergétique qui repose sur la souveraineté productive des équipements afférents aux différentes énergies.
Il met le focus sur l’importance du potentiel énergique national en installant un mix énergétique renouvelable autour du solaire, de l’éolien, de la géothermie et de la biomasse, outre l’exploitation de l’hydrogène vert qui s’avère très prometteuse. «La transition énergétique en Algérie repose sur les énergies renouvelables à même de devenir un levier majeur pour concrétiser la souveraineté productive en réduisant notre dépendance aux énergies fossiles. Ce qui aboutira, d’une part, à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et à concrétiser les objectifs de développement durable (ODD)», explique-t-il.
D’autre part, il est question de réduire, poursuit Boudour, «notre dépendance aux pays industrialisés en termes d’équipements liés aux énergies renouvelables, tels que les batteries de stockage, les éoliens et les panneaux photovoltaïques». Pour ce faire, l’intervenant souligne l’impératif de relocaliser en Algérie toute la chaîne de production. «Si on arrive à produire tout ça en Algérie, c’est déjà un progrès, dans le sens où on pourra justement assurer notre autonomie, on peut devenir compétitif à l’échelle internationale et exporter bien sûr des énergies renouvelables, à savoir l’énergie solaire et l’hydrogène vert qui est en cours de développement», estime le spécialiste.
Une exploitation optimale du mix énergétique
Il explique que l’exploitation optimale du mix énergétique dont dispose l’Algérie permettrait de valoriser près de 50% du gaz naturel utilisé dans la production de l’électricité, en l’orientant vers l’exportation. Dans ce sillage, le conférencier voit que la conjoncture universelle actuelle est favorable à l’Algérie, lui permettant de se positionner sur le marché mondial et de consolider son statut de partenaire fiable en la matière. Il rappelé dans la foulée que l’Algérie détient actuellement la troisième plus grande réserve mondiale de gaz provenant des ressources non conventionnelles, après la Chine et l’Argentine.
Aussi, la dynamique de la transition énergétique amorcée permettra, à ses yeux, d’étoffer le tissu économique national en favorisant la création de petites et moyennes entreprises autour de différents segments énergiques. Dans le même ordre d’idées, l’expert met l’accent sur la mise en place d’un écosystème des sociétés ou des filiales industrielles dans le cadre d’une vision nationale coordonnée.
L’efficacité énergétique est réduire la consommation de l’énergie
«La transition énergétique n’est pas un sujet d’ordre environnemental, c’est un projet de souveraineté nationale qui nous impose de repenser notre façon de produire, de consommer l’énergie de manière rationnelle. C’est ainsi qu’on assure la souveraineté énergétique et être compétitif dans le nouveau paradigme énergétique mondial», poursuit-il. En somme, la transition énergétique repose sur trois piliers. Le premier, c’est l’amélioration de l’efficacité énergétique, notamment dans le bâtiment, via l’isolation thermique, le transport en allant progressivement vers les véhicules électrique, en plus du secteur de l’industrie.
L’efficacité énergétique implique la diminution de la consommation de l’énergie. Ça commence déjà par des gestes au quotidien, tels que la diminution du chauffage et de la climatisation. Le 2e pilier consiste en la production des énergies renouvelables et durables. Quant au 3e pilier, le conférencier cite la promotion des innovations technologiques, notamment les batteries de stockage.
La normalisation des infrastructures soulignée
Pour sa part, Mohamed Kheddam, spécialiste en normalisation, développement durable et responsabilité sociétale des organisations, revient sur l’aspect lié à la normalisation et l’importance du respect des normes internationales dans la fabrication des équipements et le développement des énergies renouvelables. Il estime qu’il est important de mutualiser toutes les compétences nationales en créant un réseautage entre les laboratoires existants dans les universités, les entreprises et les institutions gouvernementales.
Pour Kheddam, les comités techniques de normalisation ainsi que le Conseil national de normalisation peuvent jouer un rôle-clé dans ce sens. «Il faut penser à asseoir un socle de normalisation afin d’aller vers des infrastructures de qualité, tout en continuant à fonctionner avec les ressources existantes pour réaliser les objectifs de développement durable», préconise le conférencier.
A. Mehdid