MOHAMED SAÏD BEGHOUL, EXPERT EN EXPLORATION ET EN DÉVELOPPEMENT DU GAZ ET DU PÉTROLE
«Couvrir d’abord nos besoins internes»

Mohamed Saïd Beghoul, expert pétrolier, explique les perspectives de développement des capacités nationales pour sécuriser le marché intérieur.
Pour mieux comprendre les défis de la production nationale et les solutions envisagées, Mohamed Saïd Beghoul, expert en exploration et en développement du gaz et du pétrole, détaille, dans cet entretien la situation
de nos raffineries, l’exportation des dérivés pétroliers vers les pays voisins, les mécanismes de contrôle pour prévenir la contrebande, ainsi que les perspectives de développement des capacités nationales pour sécuriser le
marché intérieur.
Entretien réalisé par A. Boucetta
Quelle est la situation de la production nationale de produits pétroliers dérivés ?
Pour le raffinage en général, on peut dire qu’on produit actuellement entre 25 et 30 millions de tonnes par an. Nos capacités de raffinage se situent autour de cette fourchette. En outre, on exporte notamment du GPL et du
condensat. Le Conseil des ministres a évoqué l’installation de stations Naftal en Mauritanie, ce qui est une très bonne initiative avant d’envisager d’autres pays frontaliers. Pour le Niger ou le Mali, la situation est un peu plus complexe. Mais le projet mauritanien peut être un véritable déclic pour l’exportation vers d’autres voisins. S’il convient de préciser que la production nationale n’atteint plus les niveaux des années 1980, 1990 ou du début
des années 2000, elle reste toutefois suffisante pour répondre aux besoins du pays.
La production connaît une légère diminution naturelle, sans que cela ne relève d’un problème technique particulier. C’est pourquoi le marché national doit rester prioritaire, d’autant que la loi interdit toute exportation si les besoins internes ne sont pas pleinement satisfaits.
Avec les défis liés à la contrebande et aux pertes de produits pétroliers, quelles mesures devraient être privilégiées pour protéger le marché intérieur ?
La priorité demeure le marché national. Qu’il s’agisse de carburant ou de gaz, il est essentiel que les besoins internes soient d’abord couverts. Les excédents peuvent être orientés vers l’exportation. Dans ce cadre, le
déploiement de stations Naftal en Mauritanie s’inscrit à la fois dans une logique stratégique et dans une perspective économique. Il s’agit de réfléchir à la manière dont ces initiatives peuvent contribuer aux recettes du
pays, tout en veillant à ce que le marché national reste pleinement sécurisé. La diplomatie et le développement régional sont importants, mais l’objectif est de maximiser les bénéfices économiques pour l’Algérie et de sécuriser nos ressources avec un dispositif de contrôle approprié.
Quelles sont les principales failles qui ont permis l’émergence de la contrebande ?
La contrebande n’est pas un phénomène spécifique à l’Algérie, elle existe partout dans le monde. Chez nous, les volumes sortis de manière illicite concernaient par le passé sur tout nos voisins de l’Ouest. Pour y remédier, il
est essentiel de mettre en place des contrôles rigoureux afin de protéger le marché national et d’assurer que nos besoins intérieurs restent pleinement satisfaits. Il est aussi important de connaître avec précision les besoins de nos voisins, comme la Mauritanie, afin d’adapter les volumes livrés en conséquence. Fournir un volume fixe pour tenir compte du marché national et notre approvisionnement interne.
La contrebande reste un défi, mais peut être significativement réduite grâce à une surveillance renforcée, à la présence active des douanes et à une gestion rigoureuse des flux. L’introduction des cartes prépayées pour l’approvisionnement dans les zones frontalières constitue un outil efficace pour limiter ce phénomène. Ce dispositif permet de contrôler la demande, de distribuer en fonction des besoins réels et d’éviter une saturation du marché voisin. L’objectif final est de réguler le marché national tout en répondant de manière ciblée et
équilibrée aux besoins de nos voisins.
Justement comment peut-on garantir un encadrement efficace des filières sensibles ?
Il faut que tout soit coordonné. Il faut un dispositif global qui traite toutes les insuffisances et dérives, qu’il s’agisse de la qualité, des paiements ou de la régulation des volumes. Ce mécanisme permettra d’ordonner le marché et de résoudre les problèmes. Bien sûr, la mise en place complète de ce système prendra du temps. On ne résoudra pas tous les problèmes du jour au lendemain. On peut viser une couverture de 90% des
enjeux dans deux à trois ans, mais la situation actuelle est encore transitoire. Les textes doivent être mis à jour et appliqués dans un cadre global afin de sécuriser entièrement les filières pétrolières et gazières.
Les capacités de nos raffineries répondent-elles aux exigences de sécurité, de traçabilité et de qualité fixées par les nouvelles orientations présidentielles ?
Ces capacités sont connues et contrôlées. Actuellement, on produit environ 25 à 30 millions de tonnes par an. La raffinerie de HassiMessaoud, par exemple, passera d’un million à 5 millions de tonnes d’ici 2027. Il y a égale
ment Arzew, Skikda et Alger. Il y a un contrôle strict sur les volumes attribués à chaque raffinerie qui ne peut pas dépasser sa capacité de raffinage. La moitié de la production est exportée en brut et l’autre moitié est raffinée
en Algérie. L’objectif de la stratégie actuelle est d’augmenter progressivement la production raffinée, limiter l’exportation de brut et maximiser la vente de produits finis.
La surveillance et la quantification de la production sont assurées par des spécialistes. Chaque raffinerie reçoit un volume adapté à ses capacités. Il y a un contrôle continu pour éviter tout dépassement ou fuite. Ainsi, la production nationale, sa traçabilité et la distribution sont sécurisées, tout en permettant d’exporter l’excédent.
A. B.