Suppression des matières secondaires au BEM et au baccalauréat

Ce que pensent des syndicats et experts

Suppression des matières secondaires au BEM et au bac, des syndicats et experts réagissent et analysent les impacts sur les élèves et le système éducatif.

Les récentes annonces du ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Seghir Saâdaoui, relatives à la suppression des matières secondaires non liées aux spécialisations dans les classes terminales, ont relancé le débat sur la refonte des examens du Brevet d’enseignement moyen (BEM) et du baccalauréat. Présentée comme un moyen d’alléger la charge pédagogique des élèves et d’améliorer la qualité des apprentissages, la décision a été globalement bien accueillie. Elle suscite toutefois des interrogations au sein de la communauté éducative, notamment sur les modalités concrètes de sa mise en œuvre et les disciplines concernées.

Les syndicats et spécialistes du secteur considèrent que la réorganisation des matières aux cycles moyen et secondaire constitue une étape importante vers un système éducatif plus cohérent. L’enjeu est double. Il s’agit de réduire la pression scolaire et recentrer l’enseignement sur les disciplines fondamentales. Cela permettra de préparer davantage les élèves aux exigences de l’enseignement supérieur et du monde professionnel. Dans ce contexte, le secrétaire national du Syndicat national des travailleurs de l’éducation (SNTE), Hassan Belbaki, estime que les mesures annoncées vont globalement dans le sens d’une amélioration qualitative de l’évaluation. La suppression de certaines matières secondaires non directement liées aux spécialités, notamment en classes terminales, devrait, de son avis, «contribuer à réduire la pression exercée sur les élèves et à renforcer la pertinence des examens officiels». S’agissant du BEM, Belbaki souligne que l’allègement des programmes pourrait passer par la suppression de certains axes pédagogiques jugés peu productifs. Il rappelle, à ce propos, que la programmation de plusieurs matières littéraires sur une même journée d’examen a, par le passé, « généré une fatigue excessive chez les candidats, affectant leurs performances ». Outre de l’allègement des contenus, le syndicaliste évoque la possibilité de faire évoluer le BEM vers une évaluation des acquis, permettant de mesurer les compétences réelles des élèves dans les matières de base. « Une telle orientation favoriserait une approche axée sur la maîtrise des connaissances plutôt que sur l’accumulation des notes », explique-t-il. Et d’ajouter, «cette évolution contribuerait à atténuer la pression psychologique liée aux résultats chiffrés et à limiter le recours aux cours particuliers». Dans le même esprit, Belbaki plaide pour une révision des coefficients, en particulier au cycle moyen, afin d’assurer une orientation scolaire plus cohérente et mieux adaptée aux aptitudes des élèves.

Repenser l’organisation du baccalauréat

Concernant le baccalauréat, il propose une organisation en deux étapes. La 1e, en 2e année secondaire. Elle serait consacrée aux matières secondaires, tandis que la seconde, en troisième année, porterait exclusivement sur les matières fondamentales. Une telle formule permettrait, argue-t-il, «à réduire la durée des examens, d’alléger la charge des candidats et de renforcer la cohérence pédagogique de cette évaluation décisive». Dans le prolongement de cette réflexion, Belbaki insiste également sur l’importance de créer de nouvelles filières liées aux technologies numériques, telles que l’informatique, l’intelligence artificielle et la cybersécurité. Des filières qui, dit-il, «pourraient contribuer au développement des capacités intellectuelles et analytiques des élèves, à condition d’être adaptées aux spécificités du contexte national». Il souligne enfin la nécessité de généraliser la fiche de synthèse dès la première année secondaire. Elle contribuerait à assurer un suivi continu des élèves, de réduire l’absentéisme et d’améliorer la crédibilité des taux de réussite.

Une approche fondée sur des critères pédagogiques

Youssef Ramdani, spécialiste des questions éducatives, considère pour sa part,  que les orientations annoncées traduisent une volonté de construire une école plus équilibrée et mieux adaptée aux besoins des apprenants. Il précise que l’allègement des programmes fait l’objet d’un suivi rigoureux par la Commission nationale de la qualité de l’enseignement. Ladite commission est composée, précise-t-il,  d’experts, d’inspecteurs et de membres d’instances pédagogiques spécialisées. Ramdani affirme que la démarche vise à rompre avec la logique de l’accumulation des contenus au profit d’une approche centrée sur les compétences. L’objectif est, dit-il,  de permettre à l’élève de développer une compréhension plus approfondie et durable des savoirs, en privilégiant l’analyse et l’appropriation des connaissances. Dans le même registre, Ramdani souligne que l’introduction de filières spécialisées dans le numérique s’inscrit dans une vision tournée vers l’avenir, en phase avec les mutations technologiques mondiales. Elle offrirait aux élèves ; poursuit-il,  des perspectives dans des domaines porteurs, tout en renforçant leurs chances d’insertion professionnelle à long terme.

Des réformes à préciser et à consolider

Boualem Amoura, secrétaire général du Syndicat national autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (SATEF), met l’accent sur l’importance d’accompagner ces annonces par une communication plus précise. La réussite des réformes dépendra largement indique-t-il, de la lisibilité des mesures envisagées, tant en ce qui concerne les matières concernées que les modalités concrètes de leur application. Il insiste, à cet effet,  sur la nécessité de mettre en place une commission véritablement représentative.

Pour ce faire, elle doit être composée « de professionnels de terrain, encadreurs pédagogiques, enseignants et spécialistes ; capables d’apporter une lecture réaliste des dysfonctionnements du système éducatif et de proposer des solutions en adéquation avec les réalités de l’école ». Dans cette perspective, Amoura rappelle que des réflexions approfondies ont déjà été menées dans le cadre du dialogue social, en concertation avec les syndicats. «Des propositions structurées et argumentées avaient alors été formulées dans le but d’améliorer durablement le système éducatif », rappelle le syndicaliste. Leur prise en compte effective demeure, « un facteur clé pour garantir l’adhésion des acteurs du secteur et assurer la réussite des réformes engagées », conclut Boualem Amoura.

Samira Azzegag

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