Pensions revalorisées: Augmenter les revenus ne suffit plus

Les pensions seront revalorisées, mais les hausses de salaires et les aides sociales sont rapidement absorbées malgré une inflation en recul.

Fruits, légumes, viande blanche, produits d’hygiène: les prix fluctuent sans jamais revenir à leur niveau précédent, rendant les budgets familiaux de plus en plus imprévisibles. Pour les consommateurs, la hausse semble souvent déconnectée de toute justification rationnelle, surtout lorsque l’offre est disponible en quantité.

Des pratiques spéculatives dès l’annonce

Au marché Farhat Boussaad (ex-Meissonier) en matinée, l’animation est palpable, mais les sacs restent légers. «Le prix baisse un jour, remonte le lendemain», soupire Samira, mère de 3 enfants. «Les augmentations de salaires, on les entend, mais au marché, on ne les voit pas». «Tout augmente chez les grossistes», répond le marchand de légumes.

Farida, mère de famille, résume un sentiment largement partagé «Dès qu’on annonce une augmentation de salaires ou de pensions, la hausse des prix suivent. On dirait que le marché anticipe». Ce mécanisme, souvent dénoncé, nourrit l’idée que les annonces sociales sont rapidement absorbées par des pratiques spéculatives, réduisant leur impact réel.

Ahmed, ancien fonctionnaire, touche une pension inférieure à 20.000 DA. Il fait partie des bénéficiaires de la hausse de 10 % des pensions validée récemment par le Conseil des ministres, après les revalorisations de 2024.«L’augmentation part directement dans les médicaments et les factures», explique-t-il. «Ce n’est pas un luxe, c’est une compensation». Même constat chez Fatima, veuve retraitée: «On ne parle pas d’épargne, mais de survie digne».

«L’État fait un effort, c’est indéniable»

La revalorisation du SNMG à 24.000 DA, effective dès janvier prochain, est présentée comme une mesure historique. Pourtant, pour Yacine, agent de sécurité à Kouba, l’inquiétude demeure: «Si les prix continuent à grimper, on restera au même point. Le transport, le loyer, la nourriture… tout augmente en même temps». «La hausse aide, mais ne change pas la vie», conclut-il. Les salariés à bas revenus sont souvent les premiers à ressentir l’écart entre les annonces officielles et la réalité du quotidien.

«L’État fait un effort, c’est indéniable», reconnaît un commerçant de la rue Hassiba Ben Bouali. «Mais si les prix ne sont pas contrôlés, les augmentations s’évaporent». Pour les ménages interrogés, le message est clair: augmenter les revenus ne suffit plus. Il faut aussi agir de manière durable sur les mécanismes de formation des prix.

La hausse des revenus offre un répit, mais l’écart avec le coût réel de la vie demeure. Tant que la régulation des marchés ne suivra pas au rythme que les revalorisations salariales et sociales, le pouvoir d’achat restera fragile, alimentant inquiétudes et attentes sociales.

Allocation chômage: un soutien sous pression

Des jeunes bénéficiaires de l’allocation chômage, portée de 15.000 à 18.000 DA, reconnaissent l’utilité du dispositif. «Sans ça, on ne pourrait rien faire», confie Mourad, diplômé sans emploi. « Mais avec les prix actuels, c’est juste pour tenir».

L’allocation joue un rôle de filet social, mais reste vulnérable à l’érosion inflationniste. Dans les administrations d’Alger, la revalorisation cumulée de 47% des traitements sur 2 ans, avec une projection jusqu’à 100% à partir de l’année prochaine, est accueillie favorablement. Mais pour beaucoup, la question demeure : le rattrapage salarial pourra-t-il suivre le rythme des prix?

La revalorisation des pensions rétroactive à partir de mai 2025

Sur le plan technique, la revalorisation des pensions est calculée sur le montant brut, et ses augmentations seront rétroactives à partir de mai 2025, affirme un cadre de la CNR ayant requis l’anonymat. La Caisse nationale des retraites (CNR) se dit prête à appliquer ces ajustements grâce à la numérisation de ses systèmes, dès réception du texte d’application officiel. Un dispositif opérationnel, mais dont l’effet concret dépendra, une fois encore, de l’évolution réelle des prix.

Sur le plan budgétaire, l’État affiche un engagement conséquent à travers la loi de Finances 2026: 2.812 milliards DA de subventions aux établissements publics, 2.284 milliards DA de transferts aux personnes, dont 420 milliards DA pour l’allocation chômage, 424 milliards DA pour les pensions et allocations de retraites, plus de 650 milliards DA pour le soutien aux prix des produits de large consommation. Sur le terrain, ces chiffres témoignent d’une volonté sociale affirmée, mais leur impact concret dépendra de la capacité à contenir les prix et à juguler la spéculation.

Mysha Nekachtali

Pensions revalorisées

 

 

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