Sensibilisation au diabète: Prévenir, dépister et éduquer

Une journée de sensibilisation au diabète permet de dépister, informer et éduquer les citoyens sur la prévention et les risques liés à la maladie.
À Alger Centre, à quelques pas de la station de métro Khelifa Boukhalfa, des chapiteaux dressés attirent l’attention des passants. Derrière cette animation inhabituelle, une action de santé publique à fort impact, une journée porte ouverte consacrée à la sensibilisation au diabète, organisée à l’initiative du laboratoire Neomedic.
Dès les premières heures, des citoyens de tous âges se succèdent pour s’informer, échanger et surtout se faire dépister. L’objectif est clair: aller vers la population, lever les tabous et rappeler que le diabète, comme l’hypertension, peut longtemps évoluer sans symptômes apparents. Dans un climat d’écoute et de pédagogie, les équipes médicales prennent le temps d’expliquer, de mesurer et de conseiller.
Plusieurs axes majeurs ont structuré cette rencontre. Les échanges ont porté sur le diabète durant le mois de Ramadhan, un sujet sensible pour de nombreux patients, mais aussi sur le rôle fondamental de l’activité physique dans l’équilibre glycémique, l’importance du diagnostic précoce, ainsi que la mesure de la tension artérielle, proposée gratuitement aux visiteurs.
Préparer les patients pour un jeûne en toute sécurité
À ce propos, les professionnels de santé ont insisté sur un message clé, les patients diabétiques sont invités à consulter leur médecin traitant dès à présent, avant l’entrée du mois de Ramadhan. Ces consultations permettent d’évaluer l’aptitude au jeûne, d’adapter les traitements, d’ajuster les doses d’insuline ou des médicaments, et de prévenir les risques d’hypoglycémie ou d’hyperglycémie. Une préparation médicale en amont reste essentielle pour jeûner en toute sécurité ou, le cas échéant, être correctement orienté.
Les résultats parlent d’eux-mêmes. Au fil des dépistages, certaines personnes ont découvert qu’elles étaient diabétiques, tandis que d’autres ont pris conscience d’une tension artérielle élevée, parfois ignorée jusqu’alors. Pour beaucoup, cette journée a constitué un premier contact avec une réalité de santé qui nécessite un suivi médical et un changement progressif de comportements.
À la sortie des chapiteaux, les réactions sont nombreuses. «Je suis venue par curiosité et j’ai découvert que ma tension était élevée. Sans cette initiative, je ne l’aurais peut-être jamais su», confie une citoyenne, visiblement émue. Un autre participant ajoute :«On pense souvent que le diabète, ça n’arrive qu’au autres. Aujourd’hui, j’ai compris l’importance du dépistage et de l’alimentation».
Cap sur l’éducation nutritionnelle
Au-delà du dépistage, l’accent a été fortement mis sur l’éducation nutritionnelle, pilier essentiel de la prise en charge du diabète. Des conseils simples, concrets et adaptés au quotidien ont été partagés avec les participants. Parmi eux, la question du pain a suscité de nombreux échanges. La mie de pain, en particulier celle du pain blanc raffiné, est à limiter, car elle entraîne une élévation rapide de la glycémie en raison de son index glycémique élevé. Toutefois, les spécialistes ont tenu à rappeler que le pain n’est pas interdit aux personnes diabétiques. Il convient plutôt de privilégier les pains complets, au seigle, qui permettent une absorption plus lente des sucres. La maîtrise des portions reste essentielle, avec une recommandation d’environ 50 g par repas, idéalement consommés avec peu de matière grasse afin de ralentir la digestion et limiter les pics glycémiques.
Ces conseils ont trouvé un écho auprès du public. «On nous explique les choses simplement, sans nous culpabiliser. Je repars avec des habitudes faciles à appliquer chez moi», témoigne un père de famille. L’huile d’olive a également occupé une place centrale dans les recommandations alimentaires. Les intervenants ont souligné ses nombreux bienfaits pour les personnes diabétiques, grâce à sa richesse en graisses mono-insaturées et en polyphénols, notamment l’oléuropéine.
Ces composants contribuent à stabiliser la glycémie, à améliorer la sensibilité à l’insuline et à réduire le risque de complications cardiovasculaires. Intégrée dans un régime méditerranéen, l’huile d’olive aide également à contrôler le poids et à améliorer le métabolisme du glucose, jouant ainsi un rôle préventif contre le diabète de type 2. Les professionnels recommandent de privilégier l’huile d’olive extra-vierge afin de bénéficier pleinement de ses vertus. «Je consommais de l’huile d’olive sans vraiment connaître ses bienfaits. Aujourd’hui, je comprends pourquoi elle est si importante pour notre santé», confie une participante, satisfaite des explications reçues. Pour Karim Messous, spécialiste en nutrition et diététique et conseiller en éducation thérapeutique du patient diabétique, ce type d’initiative est essentiel. «Le diabète et l’hypertension sont des maladies silencieuses. Beaucoup de personnes vivent avec sans le savoir. En allant directement à leur rencontre, nous favorisons le dépistage précoce, mais surtout l’éducation. De petits ajustements alimentaires, associés à une activité physique régulière et à un suivi médical adapté, peuvent réellement changer la trajectoire de la maladie», explique-t-il. En amont de cette action de sensibilisation, des ateliers pédagogiques ont été animés autour d’un sujet du quotidien, à savoir le pain.
À travers une comparaison concrète entre plusieurs variétés largement consommées (pain noir, pain complet, pain d’orge ou encore pain amélioré), les participants ont pu constater une réalité souvent méconnue. Tous les pains contiennent du sucre, mais à des degrés et avec des effets différents sur l’organisme. Les professionnels de la santé présents ont rappelé que le choix du pain est déterminant pour les personnes diabétiques. Selon Messous, la kesra présente une teneur en glucides et un apport calorique près de 2 fois plus élevés que le matlouh (khobz tajine), ce qui impose une consommation raisonnée, en particulier pour les personnes atteintes de diabète.
Le pain grillé, souvent perçu comme plus léger, demeure plus riche en glucides que le pain de boulangerie classique et doit, de ce fait, être consommé avec modération. Il en va de même pour la biscotte qui, même sans sucre ajouté, contient davantage de glucides que le pain traditionnel de boulangerie. À l’approche du mois de Ramadhan, Karim Messous insiste sur la nécessité, avant d’entamer le jeûne, de consulter le médecin traitant afin d’obtenir son accord. Cette étape est essentielle pour adapter le traitement, notamment les ajustements de l’insuline ou des médicaments oraux, et assurer une surveillance rigoureuse de la glycémie durant toute la période de jeûne.
Cette démarche de proximité, largement saluée par les participants, s’inscrit dans une volonté durable de prévention, d’accompagnement et de responsabilisation des citoyens face à leur santé. L’initiative ne s’arrête pas à Alger Centre. Selon les organisateurs, la campagne se poursuivra prochainement à Aïn Taya, avant de faire étape à Blida, afin d’élargir son impact et de renforcer, à travers différentes régions, la culture du dépistage et de la prévention. Une mobilisation discrète mais essentielle, qui rappelle que la lutte contre le diabète commence souvent par un geste simple : s’informer, se faire dépister, consulter son médecin et adopter de meilleures habitudes de vie.
Samira Sidhoum