Industrie mécanique: Succès massif des engins algériens

En industrie mécanique, un succès massif des engins algériens est relevé lors de la 33e Foire de la production algérienne qui clôturera le 27 décembre courant.
Au Palais des expositions des Pins Maritimes, en pleine Foire de la production algérienne (33e FPA)qui bat son plein aux derniers jours de l’évènement, le succès des producteurs nationaux se vérifie dans tous les secteurs, mais surtout dans l’agroalimentaire, l’électroménager et la mécanique.
Des innovations industrielles made in Algeria
Les stands des marques alimentaires débordent de divers produits industriels et artisanaux, attirant une foule de consommateurs en quête de qualité et de nouveautés. Les espaces dédiés à l’électroménager regorgent eux aussi d’appareils innovants et performants, captivant un public à la recherche de solutions modernes pour leurs foyers. Mais dans ce bouillonnement, c’est plutôt l’espace occupé par les fabricants mécaniques que les visiteurs affluent le plus, séduits par les innovations industrielles made in Algeria.
Installée sur une vaste superficie dédiée aux engins lourds, une 15ne de camions rutilants, du fabricant algérien Tirsam, trônent sous les projecteurs, encerclés par une foule dense d’artisans, de transporteurs et de curieux. L’ambiance est électrique. Des files d’attente se forment devant les mini-trucks, où des hommes palpent les plateaux, testent les cabines et bombardent les commerciaux de questions sur les charges utiles. «Ce n’est pas comme certains ‘’Herbile” asiatiques qui lâchent au bout de 20.000 km», lance un quadragénaire de Bouira, les yeux rivés sur un modèle 3,5 tonnes.
15 types de camions Tirsam fabriqués à Batna
Des enfants courent entre les roues géantes, tandis que des groupes discutent prix à voix haute, calepins en main. La musique d’ambiance pulse en boucle, entrecoupée d’annonces au micro vantant les «promos fin d’année». Partout, des brochures s’empilent, arrachées en quelques minutes, et les commerciaux, casquettes Tirsam vissées sur la tête, enchaînent les démos, moteurs vrombissants.
Redha Miza, représentant commercial du groupe, slalome entre la presse et les prospects, micro en main. «Nous sommes venus, comme vous pouvez le voir, avec l’équipement de Tirsam fabriqué dans nos usines situées dans la zone industrielle de Kechida, à Batna», explique-t-il d’une voix assurée, mêlant arabe dialectal et termes techniques. Il pointe du doigt la gamme étalée: «Cette fois, nous mettons l’accent sur les camions, qui font actuellement l’actualité en Algérie, tant dans le secteur public que privé. Nous exposons plus de 15 types de camions Tirsam, depuis les petits mini-trucks jusqu’aux modèles plus lourds».
Des réductions pour attirer des clients
Les mini-trucks en simple cabine à 185 millions de centimes (1,85 million DA) attirent surtout les petits commerçants, la double cabine pour 5 passagers, à 225 millions, séduit les artisans. «Moteur 1,5 litre, 115 chevaux, plateau de 3,35 m en simple cabine pour 1.300 kg de charge, ou 4,2 m en double pour 1.100 kg », détaille Miza, notant que ces bêtes «se distinguent des modèles habituels pour le citoyen algérien». À côté, les 6-8 tonnes et les 12 tonnes en deux versions côtoient les tracteurs routiers Cat 2 et Cat 6, masses imposantes qui font de l’ombre aux chariots élévateurs Clark en promo. L’engouement ne se dément pas.
Depuis le lancement des ventes lors de la dernière foire de l’IATF, le groupe Tirsam écoule entre 50 et 80 camions par jour, livraisons quotidiennes lancées dès le 11 novembre dernier. «Ils roulent déjà sur les routes nationales», insiste Miza, fier des premiers retours. La foule approuve: un transporteur d’Oran confie avoir commandé deux 6 tonnes sur la plateforme en ligne qui a créé la ruée.
Les promotions fin d’année attisent le feu, avec 30 millions de centimes de remise sur les tracteurs agricoles, une offres valables jusqu’au 31 décembre. «Comme chaque année, nous offrons des réductions importantes à nos clients fidèles pour les inciter à s’équiper chez Tirsam», glisse le commercial, avant d’ajouter: «Cette année, les réductions sont très attractives sur les chariots élévateurs Clark».
30% de pièces algériennes via la sous-traitance
Des prospects négocient âprement, téléphones collés à l’oreille pour valider des crédits auprès de banques partenaires. Un jeune entrepreneur de Blida, parmi les premiers acheteurs en novembre dernier, témoigne: «À 3,9 millions DA tout compris pour le camion 3,5 tonnes, c’est imbattable face aux imports. Et adapté aux nids-de-poule algériens».
Le groupe algérien Tirsam, fondé en 2008 dans la zone de Kechida à Batna, n’est pas un novice. Le constructeur est passé des remorques et tracteurs à l’assemblage de camions mi-lourds en 2025. Il mise sur un mix d’intégration locale (28-40% pour les utilitaires, jusqu’à 75% sur les semi-remorques) et de pièces importées, moteurs chinois ou européens via fournisseurs indiens comme Bull Machines. Son usine de 300.000 m2, avec plus de 500 employés, intègre 28-40% de pièces locales sur les utilitaires. Tirsam ambitionne de produire 65 000 camions par an dès 2026 et compte lancer le montage local d’autobus de 15 à 100 places dès février, équipés de moteurs Euro 3.
L’entreprise cible 30% de pièces algériennes via la sous-traitance et déploie un réseau national de SAV de plus en plus vaste. Ces initiatives devraient contribuer à la souveraineté industrielle et à réduire les importations. Dans les allées, les discussions dépassent vite la simple comparaison de fiches techniques. Beaucoup de visiteurs voient dans ces camions une réponse concrète à des années de pénurie de véhicules utilitaires, de prix volatils et de dépendance aux importations.
Une stratégie B2B discrète devenue virale via le e-commerce
Les transporteurs évoquent les délais interminables pour obtenir un véhicule étranger auprès des concessionnaires, les surcoûts liés au change et la difficulté à trouver des pièces de rechange fiables. Face à eux, les commerciaux insistent sur la disponibilité quasi immédiate des modèles assemblés à Batna, sur la proximité des ateliers de maintenance et sur la présence de pièces en stock, autant d’arguments qui rassurent des professionnels habitués à immobiliser leurs engins pendant des semaines.
Les responsables de la marque mettent également en avant l’effet d’entraînement sur le tissu industriel local, à savoir les sous-traitants en métallurgie, plasturgie, pneumatiques ou maintenance qui profitent déjà de la montée en cadence, créant des emplois dans la wilaya et ses régions limitrophes. Pour de nombreux visiteurs, ces camions représentent ainsi plus qu’un simple outil de travail. Ils deviennent le symbole d’un «retour de l’usine» dans l’économie nationale, d’un savoir-faire qui se reconstruit et d’une fierté retrouvée à voir un produit estampillé «fabriqué en Algérie» tenir tête aux géants asiatiques et européens sur leur propre terrain.
Le buzz actuel de la marque? Une stratégie B2B discrète devenue virale via le e-commerce, dans un marché assoiffé d’utilitaires locaux face à la pénurie d’imports. A la foire, les camions dominent les conversations: «Ce qui attire le plus l’attention, ce sont les camions», résume Miza. La demande explose, «forte pour ces camions et pour tout l’équipement Tirsam». InchALLAH, promet-il, «nous ferons de notre mieux pour satisfaire tous nos clients». En attendant, le stand pulse, reflet d’une relance industrielle où Batna défie Pékin et l’Europe sur le terrain algérien.
Lyes Mechti