Les agriculteurs entament les labours dans de bonnes conditions

Les agriculteurs entament les labours dans de bonnes conditions, après une pluviosité exceptionnelle.

De nombreux agriculteurs ont pu labourer plus tôt et lancer les premiers semis dans de bonnes conditions.

«La pluie est arrivée tôt cette année et en abondance»

Malgré les défis climatiques et les dégâts causés par les inondations, cette saison pourrait marquer un tournant pour l’agriculture. «Les pluies précoces offrent un répit bienvenu aux sols, stimulent la filière céréalière et permettent d’entamer la campagne dans de meilleures conditions», souligne le président de la chambre d’Agriculture de la wilaya d’Alger, Ibrahim Djeribia. Selon lui, ces pluies relancent l’espoir d’une saison meilleure, après plusieurs années durant lesquelles les précipitations s’étaient fait attendre, parfois jusqu’en plein mois de janvier. La pluie est arrivée tôt cette année et en abondance.

Pour la région d’Alger, près de 200 mm ont été enregistrés entre septembre et les premiers jours de décembre. Dans le détail, il précise que «57,2 mm en octobre, 75,4 mm en novembre et 33,8 mm au début de ce mois de décembre». Cette précocité change indéniablement la donne, surtout « pour la filière céréalière qui dépend étroitement du calendrier climatique », explique encore Djeribia. Les pluies précoces ont déjà un effet concret sur le terrain. De nombreux agriculteurs ont pu labourer plus tôt et lancer les premiers semis dans de bonnes conditions.

«La remontée de l’humidité dans les sols facilite le travail mécanique»

«La remontée de l’humidité dans les sols facilite le travail mécanique et réduit les risques d’échec lors de la germination», souligne l’expert. L’année dernière, rappelle-t-il, «ces opérations avaient été retardées par le manque d’eau, obligeant les producteurs à attendre des semaines avant de pouvoir commencer la campagne». Toutefois, les conditions sont jugées nettement meilleures cette année. Pour l’expert, cette pluviosité n’est pas un simple épisode météorologique. Elle marque une transition inéluctable vers un climat plus instable, alternant sécheresses prolongées et épisodes de pluies intenses.

«Nous traversons une période critique. Les extrêmes climatiques sont devenus la norme», affirme-t-il, rappelant que l’Algérie, située au cœur de la circulation atmosphérique nord-africaine, subit désormais des variations brutales, tels que absence totale de précipitations ou inondations soudaines, sans zone intermédiaire. «Cette réalité impose une adaptation rapide», recommande notre interlocuteur.

Na pas rester tributaire des aléas climatiques

Djeribia insiste sur un point essentiel : la définition scientifique des dates de semis. Selon lui, le pays ne peut plus se permettre de travailler selon les méthodes obsolètes, sans s’appuyer sur les données météorologiques, la recherche agronomique et les particularités régionales. «Il faut semer au bon moment. Les cultures ne peuvent plus rester prisonnières d’un calendrier figé alors que le climat change sous nos yeux», soutient-il. Il estime également que la cartographie agricole utilisée depuis des décennies doit être revue en profondeur. L’érosion, le vieillissement des sols, le déplacement progressif des zones humides et l’appauvrissement de certaines terres nécessitent, selon lui, «une mise à jour complète». Une telle révision permettrait, énonce-t-il, «d’adapter les variétés de semences, de mieux orienter les agriculteurs et de renforcer la sécurité alimentaire».

Cette perspective rejoint d’ailleurs les axes de la future révolution agraire annoncée par les pouvoirs publics. Cependant, tous les secteurs n’ont pas bénéficié de ces précipitations. Dans les villes, les inondations ont révélé la vulnérabilité des infrastructures et la persistance des problèmes de drainage. Le contraste entre les besoins agricoles et les dégâts urbains illustre la complexité d’un pays soumis à des pluies soudaines et irrégulières. L’eau, indispensable à la production, se transforme parfois en menace lorsqu’elle n’est pas canalisée ni stockée. Cette contradiction rappelle l’urgence de développer davantage de systèmes de retenue, de bassins de collecte et de solutions de réutilisation des eaux pluviales.

L’impérative modernisation du secteur agricole

L’enjeu dépasse, par ailleurs, la seule saison agricole. Il s’agit, selon Djeribia, «de repenser l’ensemble du modèle productif». Il cite l’exemple des forages qui atteignaient 50 mètres de profondeur il y a quelques années et qui doivent aujourd’hui descendre à plus de 100 mètres pour atteindre les nappes. Cette évolution, indéniablement liée au changement climatique et à la pression sur les ressources hydriques, impose de moderniser les techniques d’irrigation et d’accélérer l’adoption des modes de culture protégés. L’hydroponie, l’aquaponie ou encore les serres verticales figurent parmi les solutions qu’il juge incontournables pour les années à venir. En outre, il met en lumière l’importance du partenariat entre l’université, la recherche et les professionnels constituent un autre levier.

Précisant que les jeunes diplômés, porteurs de projets, se tournent de plus en plus vers les technologies agricoles intelligentes. Leur capacité à intégrer les données climatiques, à utiliser des capteurs et à optimiser les ressources représente un atout important pour l’avenir du secteur. «Plusieurs programmes d’accompagnement et d’attribution de terres sont d’ailleurs en préparation et devraient être annoncés prochainement», fait-il savoir. Les pluies diluviennes qui ont arrosé le pays durant la semaine écoulée ont certes, bouleversé le quotidien de nombreuses wilayas, provoquant inondations, perturbations du trafic et dégâts matériels. Toutefois, elles restaurent l’équilibre hydrique des sols. Elles rappellent aussi que l’adaptation n’est plus une option mais une nécessité. Le climat change, inexorablement. Et l’agriculture algérienne devra, elle aussi, changer pour suivre ce rythme imposé par la nature.

Samira Azzegag

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