4 heures de randonnée au cœur du Djurdjura

4 heures de randonnée au cœur du Djurdjura, nous ont permis de découvrir la station climatique de Tikjda dans la wilaya de Bouira en Algérie.
Ils étaient plus d’une quarantaine, ce samedi matin, à répondre à l’appel de la montagne. Des familles, des enfants, des jeunes filles et garçons, unis par une même envie: respirer, s’évader et partager. Direction Tikjda, joyau naturel du Djurdjura et site emblématique du tourisme de montagne en Algérie, pour une randonnée organisée par Akamcom Travel, une agence de voyage habituée à ce genre de circuits axés sur la découverte, la convivialité et la valorisation des espaces naturels.
De notre envoyée spéciale à Bouira: Samira Sidhoum
Il est 7h30 précise lorsque le bus quitte le parking situé en face de la Cour d’Alger. À bord, l’excitation est palpable. Les familles, accompagnées de leurs enfants, ont voulu profiter de cette sortie avant le retour des classes. Les jeunes particulièrement, boisson énergisante en main, trépignent d’impatience.
Loin du stress urbain au contact de la nature
Certains sont des habitués de ce genre de sortie, d’autres redécouvrent le site, tandis que pour quelques participants, c’est le baptême du feu, la première expérience de randonnée en montagne. Parmi les voyageurs, Rahim, Bilal, Djalil, Khaled, Mahdi, Sid Ahmed, « Kawkawa », Ahmed, Moha et bien d’autres, lycéens venus des Sources, d’El Harrach et d’El Achour et d’autres banlieues de la capitale.
Ils sont d’abord heureux de voyager dans un bus moderne et confortable, puis de vivre une sortie collective, toujours perçue comme une «bonne chose». Pour ces jeunes qui n’ont cessé d’immortaliser ces moments par la prise de photos, cette immersion en pleine nature constitue aussi une initiation au tourisme de montagne, loin du stress urbain et au contact direct des paysages du Djurdjura.
La sortie est également marquée par un fort engouement de voyageurs étrangers. Outre des ressortissants indiens venus accompagnés de leurs épouses et de leurs enfants, on croise aussi des randonneurs chinois, égyptiens, anglais et français, tous attirés par la richesse naturelle de Tikjda. Ensemble, ils parcourent les sentiers, échangent avec les participants algériens, posent des questions sur la région et immortalisent les paysages.

Tourisme interculturel en montagne
Cette diversité de nationalités confère à la randonnée une véritable dimension de tourisme interculturel où la montagne devient un espace de rencontres, de dialogue et de découvertes mutuelles. Pour accompagner le groupe, Hala et Soheib, deux jeunes guides dynamiques, sont à l’écoute des voyageurs. Ils les orientent, expliquent le programme et veillent au bon déroulement de la sortie.
L’animation à bord du bus est assurée avec brio: musique pour tous les goûts, des titres modernes aux chansons anciennes, en passant par des morceaux pour enfants et même des rythmes indous, particulièrement appréciés par les familles étrangères qui n’hésitent pas à danser. La musique, dit-on, adoucit les mœurs et parvient à captiver même les plus conservateurs. Malgré l’enchaînement régulier des sorties, les guides ne laissent transparaître ni fatigue ni manque de sommeil.
Sur place, ils improvisent un moment original et convivial. Le personnage d’une vieille dame, vêtu d’un haïk traditionnel, se met à danser sur une musique algéroise, déclenchant rires et applaudissements parmi les randonneurs de toutes nationalités.

Des choses à revoir
Une fois arrivés à Tikjda, la randonnée débute. Elle durera plus de quatre heures, ponctuées d’arrêts de repos, de moments d’échange et de jeux improvisés, notamment des jets de neige qui ravissent petits et grands. La nourriture, achetée en ville avant l’arrivée sur le site, est partagée dans un esprit de convivialité, fidèle à l’ADN des sorties de groupe. Si l’expérience est globalement réussie, plusieurs insuffisances structurelles viennent, toutefois, ternir cette belle journée.
Outre le télésiège en panne, qui prive les visiteurs d’une attraction phare du site, les randonneurs font face à une absence quasi totale de toilettes fonctionnelles. Une situation inconfortable, particulièrement pour les familles et les enfants. Selon plusieurs témoignages, même certains commerçants, dont les sanitaires ont été à maintes reprises saccagés et détériorés, préfèrent désormais déclarer que leurs toilettes sont «en panne», afin d’éviter de revivre les mêmes scénarios de dégradation.
À cela s’ajoutent les déchets jonchant le sol, qui portent atteinte à la beauté du paysage et rappellent l’urgence de promouvoir un comportement citoyen et respectueux de l’environnement. Les skieurs habitués, quant à eux, repartent quelque peu déçus, faute d’un enneigement suffisant pour pratiquer leur sport favori. Malgré ces désagréments, la sortie demeure une réussite humaine et interculturelle.
Une journée où la montagne a tenu son rôle: offrir une bouffée d’oxygène, favoriser les échanges entre cultures et rappeler, en filigrane, que le développement du tourisme de montagne passe aussi par des infrastructures adaptées et une responsabilité collective. À Tikjda, la nature rassemble, mais elle appelle aussi à être respectée et mieux accompagnée.
S. S.