«Confidences du pavillon bleu» de Fatima Abdelali

Mots arrachés à la douleur

Présenté à Alger, «Confidences du pavillon bleu» est un premier roman sensible où Fatima Abdelali donne voix aux femmes, à la maladie et à la mémoire.

Le premier roman de Fatima Abdelali, publié par les éditions L’Odyssée (Tizi Ouzou), a été présenté, samedi dernier, à la librairie Ijtihad, à Alger.

La rencontre a révélé une œuvre qui explore avec sensibilité la mémoire, la maladie et la parole de femmes dans un récit inspiré de vécus et transfiguré par l’écriture pour atteindre une portée universelle.

À travers une écriture sobre, dépouillée de tout artifice inutile, l’auteure invite le lecteur à pénétrer un lieu chargé de symboles : le pavillon bleu, service hospitalier dédié aux maladies auto-immunes. Dans cet espace clos se croisent des destins de femmes aux corps fragilisés et paroles longtemps contenues.

Genèse d’une parole arrachée au silence

La rencontre, modérée par Malika Bournane Boilattabi, a permis de revenir sur la genèse du texte et sa portée humaine. L’auteure y explore la mémoire individuelle et collective, les silences imposés et les confidences arrachées à la douleur, donnant voix à celles que la maladie relègue souvent à l’invisibilité.

Présent, l’écrivain Lazhari Labter a livré une lecture critique du livre. Selon lui, «le texte est sans prétention littéraire mais d’une sincérité rare. C’est un récit centré sur une tranche de vie, celle de Maïna, personnage principal et alter ego littéraire de l’auteure». Maïna  partage, sans pathos ni complaisance, les souffrances physique et psychologique endurées au cours de longs mois d’hospitalisation.

Empreint d’humanisme et de bienveillance, le récit révèle progressivement la forte personnalité de Maïna : enseignante universitaire, artiste et poétesse à ses heures perdues, elle affronte  brutalement l’épreuve de la maladie que seuls connaissent «les grands malades», selon l’expression employée lors de la rencontre. Mais loin de sombrer dans le désespoir ou de se replier sur elle-même, Maïna choisit la résistance. Elle décide d’affronter la maladie avec lucidité et courage, de lutter contre ce système immunitaire qui, au lieu de la protéger, semble se retourner contre elle.

Le pavillon bleu, un monde à part

Après de longs mois d’attente et d’angoisse, Maïna est admise au service femmes du pavillon bleu, dans un grand hôpital d’Alger. Elle y découvre un monde à part, un véritable «no man’s land avec ses règles et ses lois établies». Un univers fait de routines diurne et nocturne, de protocoles médicaux, de gestes répétés, de manies et d’habitudes, mais aussi d’échange, de solidarité et de confidences. L’auteure dresse avec une grande délicatesse une galerie de portraits de femmes malades, jeunes ou âgées, aux histoires singulières, parfois tragiques, toujours bouleversantes. Ces portraits tracés sans voyeurisme renforcent la force émotionnelle du récit.

2 années après son admission au pavillon, Maïna quitte l’hôpital. Malgré un traitement à vie qu’elle devra, désormais, suivre, elle retrouve la «vraie vie» avec une conscience aiguë de la valeur des choses simples. Le texte s’attarde sur les «petits riens» qui prennent soudain une dimension essentielle : le goût de l’eau, la possibilité d’avaler sans crainte, de prendre un bain, d’éplucher un oignon. Ces gestes anodins deviennent des victoires quotidiennes, même si l’ombre de la maladie et du traitement permanent continue de hanter son retour au monde réel.

Le récit est émaillé de poèmes et de contes qui s’y insèrent naturellement, prolongent la parole narrative par une respiration poétique. Cette hybridation des formes confère à l’ouvrage une tonalité singulière et renforce sa dimension introspective. Il apparaît  comme un livre nécessaire qui donne une voix à des femmes souvent privées de parole et rappelle, avec pudeur, la fragilité et la force de la condition humaine.

Née en 1951, à Laghouat, Fatima Abdelali a débuté sa carrière dans l’Éducation nationale, avant de rejoindre l’Université M’hamed Bougara de Boumerdès en tant que chargée de cours et présidente du Conseil scientifique.

Titulaire d’un magistère en linguistique appliquée, elle se consacre, depuis sa retraite, en 2010, à l’écriture et à l’art, en construisant une œuvre marquée par l’expérience, la réflexion et la sensibilité.

Walid Souahi                                                                               

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