Gaz naturel: L’Algérie gagne du terrain en Europe

Dans l’exportation de gaz naturel, l’Algérie gagne du terrain en Europe, selon l’agence italienne NOVA qui indique une hausse spectaculaire de 50% des importations italiennes en 2025.
Dans le nouvel échiquier énergétique qui redessine les cartes de l’approvisionnement européen, l’Algérie s’impose de plus en plus comme un acteur incontournable et un partenaire stratégique de premier plan. Longtemps considérée comme un fournisseur régional, l’Algérie s’affirme désormais comme l’un des piliers de la sécurité énergétique du continent, particulièrement pour deux pays du sud de l’Europe, en l’occurrence l’Italie et l’Espagne, qui ont renforcé leurs liens avec Alger dans un contexte marqué par la recomposition des flux énergétiques mondiaux.
L’Algérie, 1e fournisseur en gaz naturel de l’Espagne
Selon l’agence italienne Nova, l’Italie a enregistré en 2025 une hausse spectaculaire de plus de 50% de ses importations de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance d’Algérie, traduisant ainsi la vitalité d’une coopération qui s’adapte aux nouvelles réalités du marché. Si les volumes acheminés par le gazoduc Transmed ont légèrement reculé, passant à 20,1 milliards de m³ contre 21,2 milliards m³ en 2024, l’Algérie demeure tout de même le fournisseur important du pays, couvrant à elle seule près d’un tiers des besoins italiens en gaz.
L’évolution du mix énergétique italien reflète le souci d’équilibrer deux canaux d’approvisionnement, à savoir les flux par pipeline, plus stables mais moins flexibles, et le GNL, qui offre une agilité précieuse face aux fluctuations des prix et de la demande sur les marchés internationaux. Cette stratégie s’est traduite par une intensification notable des livraisons maritimes. Selon l’agence italienne toujours, l’Algérie a exporté vers l’Italie 47 cargaisons de GNL en 2025, soit 16 de plus que l’année précédente, représentant environ 21% des importations totales du pays en gaz naturel liquéfié. Pour Rome qui cherche à diversifier ses sources tout en réduisant sa dépendance vis-à-vis du gaz russe, la collaboration énergétique avec l’Algérie prend une dimension stratégique.
Le rôle de la compagnie nationale Sonatrach, qui adapte sa politique d’exportation aux opportunités de marché, a permis de consolider la position de notre pays comme partenaire prioritaire d’ENI et des opérateurs italiens. De l’autre côté de la Méditerranée, l’Espagne fait figure d’autre partenaire privilégié. Selon les données publiées par la société Enagás, l’Algérie a fourni environ 35% du total des importations espagnoles de GNL en 2025, se maintenant pour la 3e année consécutive au rang de 1e fournisseur de l’Espagne, loin devant les États Unis. Ce leadership s’est renforcé alors même que les livraisons de gaz russe vers l’Espagne ont chuté de 44%, confirmant la recomposition des circuits d’approvisionnement en Europe.

Une alternative fiable
Le dynamisme de la demande espagnole, en hausse de 7,4% pour atteindre 372 térawattheures, résulte en partie d’une reprise économique soutenue et d’une forte progression de la production d’électricité issue du gaz, qui a bondi de plus de 33% sur l’année. Dans ce contexte, les terminaux de regazéification espagnols, au nombre de six, ont servi de véritable hub méditerranéen pour la redistribution du GNL vers d’autres marchés européens.
L’Algérie, première source d’approvisionnement, renforce donc non seulement la sécurité énergétique de l’Espagne mais, par extension, celle de toute l’Union européenne. En parallèle, Madrid joue un rôle déterminant dans la réexportation du GNL et dans le ravitaillement des navires, activité en progression de 62% en 2025, qui consolide sa place de plateforme énergétique régionale. Cette interdépendance fonde une relation gagnant-gagnant. Pour les pays du sud de l’Europe, l’Algérie représente une alternative fiable, géographiquement proche et économiquement compétitive dans un environnement post-crise énergétique dominé par la quête de stabilité.
Vers une production de 200 milliards m³ de gaz/an
Pour l’Algérie, ces partenariats constituent sans doute un levier de développement et de diversification. En s’appuyant sur des infrastructures solides, dont les gazoducs Transmed et Medgaz, les terminaux de liquéfaction d’Arzew ou de Skikda, mais aussi sur de nouveaux investissements programmés par Sonatrach, l’Algérie vise à doubler sa production pour atteindre les 200 milliards de m³ de gaz par an au cours des prochaines années.
En fait, cette vision s’ancre dans une stratégie durable qui va bien au-delà des seuls enjeux commerciaux. Elle traduit la volonté de l’Algérie d’ancrer sa position dans le paysage énergétique européen, tout en répondant à la montée de la demande intérieure et aux impératifs de transition énergétique mondiale.
L’ouverture annoncée vers de nouveaux marchés, notamment l’Allemagne, montre bien cette ambition d’élargir les débouchés sans rompre les liens historiques qui l’unissent à l’Espagne et à l’Italie. Sa proximité géographique, sa capacité de production et la complémentarité des infrastructures font de l’Algérie un partenaire central dans le dispositif énergétique de l’Europe du sud, appelée plus que jamais à compter sur ses voisins du sud pour garantir la sécurité et la prévisibilité de son approvisionnement.
Lyes Mechti
