Bejaïa se rappelle de Cherif Aggoune

Bejaïa se rappelle de Cherif Aggoune, à travers une cérémonie hommage célébrant son parcours, son œuvre pionnière en cinéma amazigh et son héritage artistique.

L’atelier d’initiation technique aux métiers du cinéma de la Maison de la culture de la wilaya de Bejaïa porte, désormais, le nom du défunt réalisateur Chérif Aggoune.

Une cérémonie a été organisée, à cet effet, jeudi dernier, en présence de ceux qui l’ont connu, côtoyé et travaillé avec lui ou simplement apprécié ses œuvres. Avec la bénédiction du directeur de la Maison de la culture, Makhlouf Khoukhi, l’initiative a été prise par Hakim Abdelfetah, responsable de l’atelier, qui rappela que «Chérif Aggoune, décèdé le 17 décembre 2019, était un grand  réalisateur qui a fait le premier film en langue tamazight, «Thagara Lejnun» (la fin des djins). Le court-métrage de 22 mn en 35mm couleur fut réalisé en 1990 et a été au programme du grand festival de Clermont-Ferrand et d’autres.

“Mémoire et transmission”, un hommage durable

«Nous avons voulu lui rendre hommage à travers un événement cinématographique, Ciné parcours, qu’on souhaite annuel pour  rendre à chaque fois hommage à une personnalité. Sous l’intitulé «Mémoire et transmission», parce qu’on va partager l’héritage de Cherif Aggoune, parler de lui», a-t-il ajouté.

Beaucoup de jeunes et animateurs de ciné-clubs sont venus d’un peu partout des universités du pays, pour un forum spécial, des projections-débats, en présence des réalisateurs et comédiens, et des conférences.

Un espace d’initiation et de transmission cinématographique

A propos de l’atelier, il est ouvert à ceux qui s’intéressent aux métiers du cinéma pour recevoir une initiation. Ce n’est pas une formation diplômante. Il y a des masterclass où des  réalisateurs, des acteurs, photographes et des ingénieurs du son sont invités.

A l’apprentissage, la transmission s’ajoute une  exposition permanente de portraits d’hommes et femmes du cinéma algérien, des affiches de films, d’anciens appareils cinématographiques. Des témoignages, des bribes de souvenirs ont été livrés à l’assistance par ceux qui ont connu le défunt mettant l’accent sur son côté humaniste, sa modestie, sa rigueur dans le travail et sa passion pour son métier, mais aussi des anecdotes, des bons mots comme «Tizi Wood», pour qualifier un festival du cinéma qui se tenait à Tizi Ouzou.

Souvenirs, témoignages et projection de “Taggara Lejnun”

La professeure Latifa Lafer se dit encore stupéfiée des connaissances théoriques en cinéma de Cherif Aggoune et de sa fabuleuse mémoire. Mohamed Yargui se rappelle que le défunt était proche de la jeunesse et qu’il ne tenait jamais le rôle du prof face à l’élève, expliquant qu’il était noué à ses racines dont il tirait toute son inspiration.

Le neveu du disparu a souligné sa simplicité, son idéalisme, regrettant qu’il soit parti trop tôt. La fille du défunt et son frère ont aussi fait des interventions depuis l’étranger. L’assistance a ensuite eu droit à la projection de  «Taggara lejnun» qualifié de premier film professionnel en langue amazigh.

Un film entre mémoire d’enfance et lutte de libération

L’histoire se passe en 1954 dans un village tel que s’en rappelle un enfant : un père qui émigre en promettant de revenir, la nostalgie de la maman, l’école coranique et ses coups de triques, le retour des champs des bêtes le soir venu, etc. Le film dépeint en quelques tableaux l’ambiance de la vie quotidienne de paysans vaquant à leurs tâches champêtre et domestique dans un mode de vie et de confort des plus rustiques. Mais dans sa narration en voix off, l’enfant raconte surtout les frayeurs qui l’habitent à cause des histoires de djinns que colportent les adultes.

Des esprits malfaisants, disaient-ils, hantent le cimetière et la forêt proche, et qui ont le pouvoir de prendre la forme qu’ils veulent. Les ombres qui faisaient peur aux enfants étaient, en fait, des maquisards. Les adultes avaient inventé cette histoire de djinn pour mystifier les enfants, afin qu’ils ne dévoilent pas innocemment la présence des moudjahidine.

Pour rappel, après une licence de physique à l’Université d’Alger, Aggoune part en France poursuivre des études dans cette spécialité mais il s’en détourne pour des études de cinéma à l’Ecole supérieure d’études cinématographiques (ESEC) de Paris. De retour à Alger, il intègre, en 1981, la Télévision en tant que premier assistant réalisateur. En 2013, il réalise «L’héroïne», son premier long métrage.

Ouali M.

 

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