Ellipse et éclipses

Ellipse et éclipses. C’est toujours bon et souvent instructif de (re)voir d’anciens films algériens.
L’écran, grand ou petit, est, à sa manière, un traité de sociologie car le cinéma est toujours le reflet d’une époque. Plus que la lecture qui n’a pas son caractère populaire.
Un peu comme le procédé de l’ellipse qui consiste pour un scénariste à se passer d’éléments du récit pour aller droit au but par de simples images et des réparties ont la faculté de capter l’air du temps et révéler une époque. Des œuvres comme «le Cuirassé Potemkine» ou «la Bataille d’Alger» accompagnent la roue de l’histoire.
La jeunesse et les réalités sociales à l’écran
Pouvoir et magie du cinéma, une simple scène peut marquer les mémoires. Peu d’Algériens méconnaissent «Yaali mout Waqaf» (Ali, meurs debout). «Omar Gatalatou» de Merzak Allouache fait connaître la vie d’une frange de la jeunesse dans l’Algérie des années 1970 et d’autres films évoquent l’exode rural, la condition des femmes ou des travailleurs.
Le cinéma peut, certes, faire rire et pleurer mais il interroge et tend au spectateur un miroir où les sociologues du cinéma (ça existe !) lisent les réalités d’une société. Le septième art est un indicateur social et politique.
Étoiles filantes du 7 art algérien
On retrouve aussi des visages qui, telles des étoiles filantes, ont brillé avant de disparaître. Samia, qui occupait nuits et jours les pensées d’Omar Gatlatou (Boualem Benani), ne s’est jamais retrouvée ensuite devant une caméra.
Plus tard, des comédiennes qui ont séduit comme dans «Une femme pour mon fils», son propre roman qu’Ali Ghanem adapta au cinéma, et dans «Hymne à l’espoir», un film musical où Abderrahmane Djalti incarna un jeune lover l’héroïne s’est éclipsée. Et qu’est devenue celle qui dans «Deux femmes» de Amar Tribèche était la seconde femme de Ariouet déjà marié à Bahia Rachedi ?
Du succès à l’oubli
Pressions et regards inquisiteurs ont vite cisaillé des talents prometteurs. Après un départ tonitruant, Djamila Amzal, qui tint le rôle de Aazi dans «La colline oubliée» de Bouguermouh vit en Italie, au pays de Scolla Fellini, mais loin du cinéma.
En 1982, deux films ont eu du succès. Mohamed Salah Hafidi et Samia Begga tenaient les premiers rôles dans «Le mariage de Moussa», de Tayeb Mefti, et de «Une femme pour mon fils» qui traitent de la réinsertion des émigrés. Ni l’un ni l’autre ne feront carrière.
Hafidi, établi aux Pays-Bas, reparaîtra, plus tard, dans deux films d’un cinéaste hollandais, et Begga, hormis une participation dans un film collectif où elle incarne le rôle d’une jeune fille violée par un soldat français, disparaît définitivement des écrans. On peut être comme Kateb Yacine, l’auteur d’un livre qui comme «Nedjma la lumineuse» fait oublier tous les autres. On peut aussi voir son nom comme Zinet lié à uniquement «Tahya Ya Didou». N’appelait-on pas Rouiched Hassan Terro et Mustapha El Anka «Daïm Allah», une parole qu’il avait prononcée ?
R.Hammoudi