Les théâtres régionaux à la rescousse

Face aux difficultés financières, les théâtres régionaux et festivals viennent à la rescousse pour soutenir comédiens et spectacles.
La diffusion des pièces est l’un des problèmes que rencontre le théâtre, dans notre pays. Il ne suffit pas d’en produire. Encore faut-il que celles-ci soient vues et présentées au public.
Yahia Benamar, metteur en scène de la pièce «Djoudhour», produite par le Théâtre régional d’Adrar, rappelle que «la culture n’a pas de prix et, presque partout dans le monde, l’Etat intervient pour soutenir celle-ci». Selon lui, «les théâtres régionaux unissent leurs efforts en prenant en charge les frais de séjour (restauration, hébergement) des troupes qu’ils accueillent. Autrement, il sera difficile de faire jouer une pièce du TRC de Constantine à Oran ou comme récemment «El Miftah» du Théâtre régional de Bejaïa à Saïda ou Paradox du théâtre d’El Eulma à Annaba. C’est mission impossible».
Ainsi, ayant pu «vendre» au Théâtre régional d’Adrar son projet qui a abouti à la création de «Djoudhour», cette dernière a pu être programmée dans diverses villes, dans le cadre des échanges entre théâtres régionaux. «Après Tizi Ouzou, elle sera à l’affiche à Khemis Miliana, Annaba et Sétif, avant une tournée à l’ouest du pays», dit-il. Érigés en Epic, les théâtres éprouvent des difficultés à faire face aux frais de gestion. Une simple pièce à monter coûte en moyenne, selon un responsable d’un théâtre, 400 millions de centimes. En comptant sur la billetterie, il est très difficile de rentabiliser un spectacle.Le soutien de l’Etat est, par conséquent, indispensable en matière de diffusion. «Les théâtres régionaux doivent pouvoir acheter des spectacles aux compagnies et associations, mais est-ce possible avec leur budget ?», s’interroge notre interlocuteur.
Si l’on vient des wilayas du Sud, les frais de transport sont si élevés que même un théâtre public ne peut assurer la diffusion d’une pièce.
Auteur et metteur en scène, Lyes Mokrab reconnaît que «la diffusion est un vrai problème». Il en veut pour preuve une comédie musicale inspirée de la vie d’un célèbre poète qu’il a conçue et mise en scène. «Si Mohand» n’a été jouée, après la générale donnée au Théâtre régional de Tizi Ouzou qui en était le producteur, qu’une vingtaine de fois. Même constat pour «lwalibudrar» produite par l’association ibturen de Larbaa Nathirathen dont il est un membre actif.
Un théâtre amazigh en attente de soutien
Après la générale, elle a été à l’affiche lors du dernier Festival du théâtre amazigh à Batna, et depuis rien. Au-delà du problème spécifique au théâtre d’expression amazigh qui ne peut pas être programmé partout, il faut, soutient-il, «impliquer davantage les collectivités locales, notamment les APC totalement absentes dans le domaine culturel». «Semaines culturelles, échanges entre communes ont disparu et il est très difficile, constate-t-il, de trouver des entreprises qui apportent une aide aux troupes». Il plaide pour un théâtre de proximité car une association ne dispose pas de moyens pour aller jouer partout. Notre interlocuteur évoque enfin un autre problème s’agissant de la pièce sur Si Mohand. «Beaucoup de comédiens qui ont tenu des rôles sont partis et il est difficile de reprendre tout à zéro», se désole-t-il.
Redouane Boudjadi, responsable de la programmation et de la communication au Théâtre régional de Skikda, évoque, pour sa part, les difficultés financières des théâtres dont le montant de la subvention a baissé ces dernières années. «Quand elle passe de 5 milliards à 2,8 milliards, cela suffit à peine à couvrir les salaires des travailleurs et il reste peu pour produire», explique-t-il.
La diffusion et le public, défis majeurs
S’agissant de la diffusion, il relève que les maisons et Palais de la culture, structures de la jeunesse et offices communaux, confrontés aux mêmes difficultés financières, n’achètent pas de spectacles et cela limite la diffusion. Sauf pour le port et Sonatrach dont les œuvres sociales s’agissant des pièces pour enfants», précise-t-il. «Sonatrach possède 9 crèches avec qui nous travaillons dans le cadre de conventions», affirme-t-il. «Sinon, il faut compter sur les festivals et les échanges entre théâtres régionaux pour que notre dernière pièce «Mim Noun» soit vue.
A l’en croire, «il faut former un nouveau public car une sorte de rupture s’est installée, comme l’attestent de nombreux spectacles qui, souvent, se déroulent dans des salles vides. «Le manque de diffusion est un aspect parmi d’autres de la crise que vit notre théâtre», estime, toutefois, Abdelhamid Rabia qui a passé toute sa carrière de comédien au TNA.
Samira Belabed