Lizette Villa, cinéaste cubaine à Horizons
«Il n’y a pas d’âge pour créer»

Lizette Villa, cinéaste cubaine, estime qu’ «il n’y a pas d’âge pour créer».
Née dans le quartier populaire d’El Cerro, à La Havane, Lizette Villa est une documentariste et conseillère musicale cubaine engagée pour la paix et la diversité. Forte d’une carrière audiovisuelle récompensée par plus de 50 prix, elle réalise des documentaires centrés sur la marginalisation, les discriminations et la souffrance humaine. Elle met son talent au service des publics les plus vulnérables. Rencontrée lors du Festival du cinéma d’Alger, la cinéaste revient sur ses positions et sa manière d’aborder le 7e art.
Entretien réalisé par Souha Bahamid
Votre cinéma est souvent décrit comme un cinéma de résistance et de courage. Vous êtes également cinéaste, productrice et militante féministe. Comment tout cela s’articule dans votre parcours ?
J’ai commencé comme assistante musicale. Puis j’ai compris que j’avais des histoires à raconter et que je ne pouvais pas laisser uniquement les hommes parler à notre place. J’ai ressenti cela comme un droit et comme un devoir. Dans mon dernier film, je donne la parole à des femmes invisibilisées par leurs appartenances religieuses, elles prient pour leurs familles et pour la patrie, alors que les institutions restent dirigées par des hommes. Je ne demande pas l’égalité, je demande la justice.
Les femmes restent minoritaires dans le monde du cinéma. Comment expliquez-vous cette réalité ?
Ce n’est pas propre à Cuba, c’est une situation mondiale. Le problème est profond mais la réponse est simple, il faut en finir avec le machisme et le patriarcat qui sont deux choses différentes. Tant qu’ils persistent, les femmes resteront marginalisées. Tout est aujourd’hui stéréotypé, les générations, les parcours, jusqu’aux vies elles-mêmes. Or la subjectivité est immense, illimitée, infinie, et le cinéma doit la préserver.
Que souhaitez-vous transmettre aujourd’hui à la nouvelle génération et quels sont vos projets actuels ?
Je refuse un cinéma figé et dépersonnalisé. Ce que je veux transmettre, ce sont des émotions, une vérité. Les gens savent quand on dit la vérité, malgré la pollution des réseaux «antisociaux». J’ai 77 ans, mais je me sens jeune, et il n’y a pas d’âge pour créer, surtout lorsqu’on travaille sur la justice et les droits humains. Je termine actuellement un projet intitulé «Peignons l’économie cubaine en violet», car malgré les lois existantes, l’économie n’atteint toujours pas les femmes. C’est l’une des plus grandes inégalités encore présentes, aujourd’hui, partout dans le monde.
Votre cinéma est souvent qualifié de «cinéma de l’écoute». Vous reconnaissez-vous dans cette définition ?
Oui, mais j’ajouterais que c’est aussi un cinéma de rébellion. Un cinéma engagé qui refuse les formes figées et les modèles imposés.
Parlez-nous de votre projet Paloma (La maison des colombes).
Depuis plus de dix ans, je me consacre au «ProyectoPalomas», une organisation socioculturelle que j’ai fondée, afin de promouvoir une culture de paix, de respect et de diversité. À travers ses initiatives, le projet organise des rencontres citoyennes qui visent à encourager le dialogue et à favoriser le changement social. Palomas est aussi un espace de formation cinématographique. Chaque année, 10 étudiantes sont sélectionnées et encadrées par une équipe professionnelle. Les jeunes y apprennent le cinéma sur le terrain, dans une dynamique de transmission et de partage. Le projet n’est pas réservé uniquement aux femmes, il est ouvert à tous.
SouhaB.