Un réalisateur veut ressusciter le cinéma Libyen 

Un réalisateur tente de relancer le cinéma libyen en tournant ses films dans son studio à Tripoli malgré l’absence de salles et les obstacles sociaux.

Mouayed Zabtia tourne la plupart des scènes de son film dans le studio qu’il a construit dans sa propre maison à Tripoli. En Libye où le cinéma a quasiment disparu, c’est le seul moyen pour ce réalisateur d’exercer son art.

Tripoli, jadis capitale du cinéma libyen

Avant l’arrivée de Mouammar Kadhafi au pouvoir, en 1969, Tripoli comptait plus de 20 salles de cinéma. «Aujourd’hui, nous n’en avons plus aucune et il faut aller à l’étranger pour voir des films au cinéma», déplore Zabtia.

Comme beaucoup, Mouayed Zabtia, 47 ans, pensait qu’après la chute de Kadhafi, le cinéma renaîtrait. Mais l’instabilité qui a suivi a douché ses espoirs. «Le problème, c’est le désintérêt de tous les gouvernements depuis 2011», dit-il.

Une passion née dès l’enfance

Lui qui, dès l’enfance, rêvait de devenir cinéaste et qui garde le souvenir vivace des cassettes VHS louées dans un magasin de quartier fonde sa société de production en 2001.En attendant des jours meilleurs, il se consacre d’abord à des genres «plus lucratifs»: vidéos de mariages, spots publicitaires ou séries télévisées.

Aujourd’hui, dans la lumière tamisée de son studio, il supervise tout, de l’éclairage au son, en passant par les costumes, tandis qu’une petite équipe s’affaire pour le tournage de «1986» inspiré de faits réels.

Le cinéma libyen face aux obstacles actuels

Son premier long métrage replonge dans la Libye des années 1980 et dépeint une jeune génération assoiffée de liberté. De nos jours, décrit-il, ce n’est plus la censure officielle qui empêche le développement d’un cinéma libyen mais toute une série de difficultés. Même si les autorités ont essayé, ces dernières années, de relancer le 7e art avec des festivals et la création, en 2021, de l’Institut libyen du cinéma.

Zabtia explique avoir financé lui-même son film tourné à 80% en studio car «filmer à l’extérieur en Libye est très éprouvant». «Il faut de grandes équipes, l’aide de la police pour surveiller les décors. Les gens ne sont pas habitués à voir ce genre de caméras dans la rue», dit-il. Et la censure peut émaner de diverses «franges de la société».

Talents féminins et risques numériques

Ainsi mettre des femmes en scène s’avère compliqué, alors qu’il est «impossible de raconter une histoire ou parler de la société sans femmes», insiste-t-il. «Nous avons beaucoup de talents féminins cachés qui craignent de se mettre en avant», note-t-il. Et «une simple campagne sur les réseaux sociaux suffit pour vous retrouver en difficulté».

Zabtia estime que le salut pourrait venir de plateformes aux moyens colossaux, comme Netflix et Amazon Prime Video. Si à l’étranger elles sont parfois accusées de nuire aux salles de cinéma en privilégiant des sorties directes en streaming, le réalisateur estime qu’elles pourraient contribuer à «faire rayonner les productions libyennes à l’échelle mondiale».

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